Michel de Pracontal
Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
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Billet de blog 28 nov. 2015

Samedi-sciences (191) : chez les pigeons voyageurs, c’est le plus rapide qui conduit

 Lorsque des pigeons voyageurs volent en groupe, ce sont les plus rapides qui guident le vol collectif, même s’ils ne sont pas les meilleurs navigateurs. Telle est la conclusion inattendue d’une étude dirigée par Benjamin Pettit, zoologue à l’université d’Oxford, au Royaume-Uni.

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Journaliste scientifique, j'ai travaillé à Science et Vie, à L'Evénement du Jeudi, et au Nouvel Observateur (de 1990 à 2009). Je suis aussi auteur de plusieurs livres dont le dernier, Kaluchua, vient de paraître au Seuil. Sur twitter: @MicheldePrac.
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Dans un groupe de pigeons voyageurs en vol, les meneurs sont les plus rapides © Zsuza Akos

Lorsque des pigeons voyageurs volent en groupe, ce sont les plus rapides qui guident le vol collectif, même s’ils ne sont pas les meilleurs navigateurs. Telle est la conclusion inattendue d’une étude dirigée par Benjamin Pettit, zoologue à l’université d’Oxford, au Royaume-Uni.

L’on aurait pu croire que les pigeons qui mènent le groupe sont ceux qui ont le meilleur sens de l’orientation. Mais, dans cette recherche publiée par Current Biology (article en accès libre), Pettit et ses collègues démontrent que la vitesse individuelle est la variable la plus importante pour déterminer quels oiseaux guident leurs congénères. L’étude montre aussi que, dans un deuxième temps, les meneurs deviennent de bons navigateurs car ils apprennent plus vite que le reste de la troupe à trouver le bon itinéraire.

Pour parvenir à cette conclusion, Benjamin Pettit et trois autres chercheurs - Zsuzsa Akos, Tamas Vicsek et Dora Biro - ont suivi quatre groupes de dix pigeons sur trois itinéraires différents. Les oiseaux ont été munis de GPS miniature permettant d’enregistrer puis de comparer précisément les plans de vol. Sur chacun des trois sites, les chercheurs ont commencé par relâcher les pigeons un par un, afin de voir quelle était la précision de l’itinéraire choisi par chaque individu. Ensuite, chacun des quatre groupes de dix pigeons a effectué une série de quatre vols collectifs. Enfin, les pigeons ont effectué un deuxième vol en solo.

Chaque pigeon a donc effectué six vols à partir de chacun des trois sites, deux en solo et quatre collectifs, soit en tout dix-huit vols. Ce dispositif permet de comparer les performances individuelles des pigeons, et de savoir, pour chaque oiseau, quelle relation apparaît entre ses qualités de navigateur et sa position dans le groupe auquel il appartient.

Les chercheurs ont testé l’hypothèse selon laquelle les meneurs seraient ceux qui ont le meilleur sens de l’orientation. Dans ce cas, ils auraient dû observer, dans chacun des quatre groupes, que les pigeons qui guidaient le vol collectif étaient ceux qui avaient choisi le meilleur trajet dans le premier vol en solo. Mais ce n’est pas ce qu’ils ont constaté. Ceux qui mènent le groupe ne sont pas les meilleurs navigateurs, ce sont tout simplement les individus les plus rapides ! Certains meneurs ont choisi, en solo, un itinéraire peu direct et se sont quand même retrouvés en tête de leur groupe. Cette conclusion est étayée statistiquement sur l’ensemble de 48 vols collectifs que totalisent les quatre groupes de dix pigeons sur les trois sites (pour chaque groupe, quatre vols par site).

Par conséquent c’est la rapidité d’un individu qui détermine sa qualité de meneur, même s’il n’est pas un excellent navigateur. Cela ne paraît pas très rationnel mais se comprend assez bien en termes de comportement : les oiseaux les plus rapides se portent en tête et de ce fait ils influencent davantage les changements de direction du groupe, ceux qui sont derrière ayant plutôt tendance à suivre qu’à tenter d’infléchir la direction collective. Ce phénomène a été observé précédemment sur des bancs de poisson. 

Mais les chercheurs constatent un deuxième phénomène fort intéressant : les oiseaux qui ont joué un rôle de meneur améliorent, ce faisant, leurs qualités de navigateurs ; dans leur deuxième vol en solo, après les vols collectifs, ils améliorent leur itinéraire et leur apprentissage est en moyenne plus rapide que celui de leurs congénères. En résumé, les meneurs sont les oiseaux les plus rapides et ces meneurs plus rapides apprennent aussi plus vite que les autres.

Pour expliquer ce rôle de la rapidité, Pettit et ses collègues avancent trois explications, qui ne s’excluent pas mutuellement. La première est que la tendance à mener ou à suivre affecte l’apprentissage. Ceux qui suivent peuvent avoir appris plus lentement parce qu’ils s’en remettaient à leurs congénères plutôt que de se concentrer sur les indices visuels et autres permettant de se repérer. Ou peut-être simplement parce que le seul fait de rester au contact du groupe absorbait la plus grande partie de leur énergie.

Deuxième explication : il se peut que les pigeons qui volent plus vite apprennent aussi plus vite. Une troisième possibilité est qu’un autre facteur tel que la motivation affecte à la fois la vitesse, l’aptitude à mener le groupe et la capacité d’apprentissage. Quelle que soit l’explication, cette recherche montre que le sens de la navigation des pigeons voyageurs n’est pas une aptitude toute faite, mais dépend des qualités individuelles et de et de l’expérience vécue de chaque oiseau.

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