La coupable ? C’est forcément Taubira !

Après l’attentat à Charlie Hebdo, le directeur de Valeurs actuelles, Yves de Kerdrel, a encore eu une vision... 

Après l’attentat à Charlie Hebdo, le directeur de Valeurs actuelles, Yves de Kerdrel, a encore eu une vision...

 

Avec le tact, la finesse d’esprit et la hauteur de vue que confèrent une bonne éducation, le vicomte Yves de Kerdrel, directeur de l’hebdomadaire  Valeurs actuelles, a livré son sentiment sur le massacre commis ce mercredi 7 janvier à Charlie Hebdo (12 morts, plusieurs blessés). Alors que des millions d’individus se recueillaient à travers le monde, voici ce qu’a écrit Yves de Kerdrel sur son compte Twitter, dans un message plein de compassion et d’altruisme, jeudi 8 dans l’après-midi : « La seule personne qui ne s’est pas exprimée sur le drame que nous vivons est Taubira, dont la politique pénale met la France en danger ». Propos remarquable à plus d’un titre, et sur lequel il faut s’arrêter.

 

Ayant fait de solides études, journaliste professionnel et patron d’une rédaction, Yves de Kerdrel semble, curieusement, ne pas s’être aperçu que la ministre de la justice s’était exprimée publiquement avant lui, et à plusieurs reprises, sur cet attentat, que ce soit sur Twitter, dans Le Parisien, ou sur les antennes de France Info.

Avant qu’Yves de Kerdrel lance son message, Christiane Taubira avait également visité, ce jeudi, la section antiterroriste du parquet de Paris. En passant, la ministre avait tenu à venir réconforter les journalistes de l’Association de la presse judiciaire, dont le dessinateur Tignous, tué mercredi, état membre. Mais pourquoi, quand on se dit journaliste à Valeurs actuelles, s’embarrasser avec la véracité des faits ?

Pour Yves de Kerdrel, visiblement, l’essentiel se situe ailleurs. C’est ce que montre la deuxième partie de sa phrase : la politique pénale de Christiane Taubira mettrait, selon lui, la France « en danger ». On en déduit que les terroristes sont dans la nature par la faute de la ministre de la justice, qui n’est pourtant ni juge, ni policier. Avec le raisonnement de Kerdrel, on devrait donc reprocher aux anciens gardes des Sceaux RPR Albin Chalandon et Jacques Toubon les attentats qui ont ensanglanté Paris en 1986 et en 1995.

Enchaînant semaine après semaine des Unes apocalyptiques et anxiogènes sur le péril rom ou l’islamisation de la France, le patron de Valeurs actuelles a, notamment, accusé Christiane Taubira de vider les prisons. Qu’importe si, dans les faits, les geôles françaises sont toujours aussi surpeuplées sous Hollande que sous Sarkozy (67.105 détenus pour 57.854 places au 1er décembre 2014). On ne va pas chipoter avec des détails. Oublions aussi les spécialistes qui expliquent que les conditions de détention indignes font de la prison une école du crime, et qu’elles favorisent la radicalisation des extrémistes. Tout cela n’est pas important, mon brave ! Et tant pis, si l’arsenal législatif de l’antiterrorisme à la française a été constamment et régulièrement renforcé depuis trois décennies, la dernière fois en septembre dernier. Broutilles.

Pourquoi perdre son temps à élaborer un raisonnement charpenté, logique et argumenté ? Dans le monde d’Yves de Kerdrel et de Valeurs actuelle, cette France des châteaux, des limousines et de l’optimisation fiscale, on sait bien où se situent les vrais dangers qui menacent la France éternelle. Sans les bonnes manières du vicomte, l’hebdomadaire pourrait lancer bien d’autres débats encore. Est-on, par exemple, certain d‘avoir brûlé suffisamment de sorcières au Moyen-Age, à cause de l’angélisme de quelques esprits faibles? Le bilan des croisades n’aurait-il pas pu être plus conséquent, sans le laxisme déplorable de certaines épées? N’aurait-on pas fait preuve de mollesse lors de la Saint-Barthélemy, par les effets de la bien-pensance et du politiquement correct ? Autant en rire plutôt que d’en pleurer.

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