C’est une mention de quelques lignes, sur un document en 24 points de la Direction des services judiciaires (DSJ) du ministère de la justice, remis jeudi aux responsables de l’Association de la presse judiciaire. Voici ce qui est prévu pour le futur et pharaonique tribunal de grande instance de Paris, qui doit ouvrir en 2017 aux Batignolles : « Interdiction de communiquer et de filmer depuis les salles d’audience. Le programme prévoit d’ailleurs un brouillage des salles d’audience ».

 

L’aréopage de magistrats, hauts fonctionnaires et architectes chargé de concevoir le tribunal le plus coûteux et le plus moderne de notre histoire (Mediapart y a déjà consacré plusieurs articles ici, et encore ) a donc estimé que les avocats et les journalistes (sans parler des justiciables et du public) ne devaient pas disposer de moyens de communication sur leur lieu de travail. Officieusement, la Chancellerie invoque de mystérieuses raisons de « sûreté et de sécurité »...

Or il se trouve que pour les professionnels, communiquer n’est pas un privilège mais une obligation. Chaque jour, pendant de longues heures d’audience, avocats et journalistes utilisent leur smartphone en mode silencieux, cela pour pouvoir répondre aux mails et aux SMS qu’ils reçoivent, rechercher un article ou une référence sur Internet. Il suffit pour cela d’une connexion (3G ou 4G), cela ne dérange personne, et la plupart des magistrats n’y trouvent rien à redire. Surtout, c’est également ce qui permet aux journalistes de transmettre leurs articles, et de rendre compte de l’audience via le liveblogging ou le live-tweet (prises de vue et enregistrements restant soumis à des autorisations exceptionnelles).

Mais encore faut-il pouvoir entendre ce qui se dit et voir ce qui se joue dans la salle d’audience. Dans la plupart des palais de justice, un petit box est prévu pour accueillir la presse, et lui permettre de travailler dans de bonnes conditions. Informer, c’est aussi garantir que la justice est rendue au nom de peuple français. Eh bien cela n’est pas prévu aux Batignolles, pour de prétendues questions de coûts et de conception architecturale.

Dans la plupart des futures salles d’audience, aux Batignolles, les journalistes seront relégués à une bonne quinzaine de mètres de l’estrade où siègent les magistrats. Tant pis pour l’information des citoyens.

Faute d’avoir réussi à revenir sur le ruineux partenariat public-privé (PPP) signé juste avant la présidentielle de 2012, et qui engage l’Etat à la hauteur effrayante de 2,4 milliards d’euros, Christiane Taubira peut encore faire modifier ces quelques détails ridicules du projet des Batignolles qui empêcheraient avocats et journalistes de travailler. C’est ce que demande l’Association de la presse judiciaire (dont fait partie l’auteur de ces lignes). La ministre de la justice le voudra-t-elle ?

 

 

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