Cette fois, le rock est bien mort

La panthéonisation de Lemmy Kilmister, leader disparu du groupe Motörhead, entérine le décès du rock en tant que contre-culture.

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Certes, c’est la trêve des confiseurs, et l’actualité est calme. Mais il faut bien dire que les hommages rendus avec révérence, tout au long de ce mercredi 29 décembre, par la plupart des grands médias à feu Lemmy Kilmister, chanteur et bassiste du groupe Motörhead, laissent un goût étrange. Voilà un type au look de biker crado, qui a passé sa vie à faire du boucan, à écluser des verres, gober de drôles de pilules, tomber les filles et tendre un majeur noueux aux photographes (selon la légende), et qui se voit soudainement encensé jusque dans Mediapart et Le Figaro. Comme si L’Huma se mettait à louer la tolérance du gang Le Pen, ou que Politis chantait la générosité de Sarkozy.

Pauvre Lemmy. C’était bien la peine de collectionner les croix de fer et les chapeaux sudistes pour faire peur aux bourgeois. Statufié, célébré, panthéonisé, notre métalleux à rouflaquettes et grosses bagouzes se voit dépouillé de ce qui était, à l’origine, l’essence même du rock : un besoin confus de révolte, une envie de désordre, un rêve de liberté, un refus des conventions.

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On se doutait bien que le rock était mort depuis longtemps en tant que contre-culture, depuis que la pub s’était emparée des enregistrements puissants de Deep Purple et de Led Zeppelin, et le cinéma des existences fulgurantes de Jimi Hendrix et de Jim Morrison. Le punk puis le grunge ont bien ranimé la flamme pendant un temps, mais Johnny Rotten (ex-Sex Pistols) fait aujourd’hui du hors-bord en Californie, et Courtney Love (la veuve de Kurt Cobain) est devenue une people comme les autres. Pire, ce sont aujourd’hui des professions libérales et des chefs d'entreprise qui roulent en Harley Davidson et écoutent « Born to be wild » (Steppenwolf). Le rock est bien mort, on vous dit.

 

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