8 manifestants innocents condamnés à Rennes

Loi Travail. Rennes, Vendredi 22 avril 2016, la machine judiciaire réprime.

9 manifestants étaient jugés après leur interpellation lors des manifestations des 31 mars et 9 avril.  Ceux du 31 mars ont passé 48  heures en garde à vue ! 8 étaient accusés de participation à attroupement armé et jet de projectiles sur les forces de l'ordre, un neuvième était poursuivi pour injures et rébellion alors qu'il filmait la manifestation du 9 avril. 

Nous avons assisté de 14h à 1 heure du matin le lendemain à un simulacre de procès et de justice. Chaque accusation reposait sur le temoignage d'un policier qui affirmait avoir vu le prévenu lancer des projectiles. De preuves réelles, de photos ou de video à l'appui, point, malgré les cameras de surveillance de la ville qui ont cadré la manifestation dans sa totalité, malgré les films en continu de la police, malgré l'hélicoptère qui n'a cessé de survoler les manifestants pendant des heures.

Au terme du passage à la barre de chaque accusé, il est apparu qu'aucun n´ était coupable des accusations retenues.

 

Le juge principal s'est comporté comme un procureur balayant tous les témoignages et preuves à décharge. L'avocat des policiers qui se sont portés partie civile a eu ce mot extraordinaire : "ce n'est pas parce que personne n'a vu monsieur X lancer des projectiles qu'il ne l'a pas fait" ! Cet aveu du manque de preuve et par là du faux temoignage du policier n'a eu aucun effet sur le juge ou le procureur. Ce dernier s'est particulièrement distingué en requérant des peines de prison ferme pour deux prévenus qui avaient déjà du sursis dans d'autres affaires et pour un camarade syndiqué à SUD SANTE Sociaux qui " vu son âge (61 ans) aurait dû faire preuve de sagesse" ! (Sic). Pour tous les autres il a requis du sursis. Faisant preuve d'imagination, il a aussi remis au goût du jour, une peine tombée en désuétude : le bannissement. Pendant 2 ans  du centre historique de Rennes pour 8 prévenus et 5 ans du territoire d'Ile et Vilaine pour une étudiante de nationalite Suisse, sans aucun doute circonstance aggravante pour le procureur. Il faut préciser que la mairie de Rennes a décidé la création d'une zone à défendre dans sa ville : le centre historique qui ne doit pas voir passer un seul manifestant, une sorte de ZAD pour les riches... Ce qui à chaque manifestation provoque des tensions.

Après  1 heure de délibéré, 6 mn 30 par accusé repas compris, les juges ont rendu leur verdict.

Six condamnations  à 6 mois avec sursis et 210 heures de TIG 

Une condamnation à 2 mois fermes et 4 mois avec sursis pour un inculpé (syndiqué CGT PSA) qui ne voulait pas faire de TIG puisqu'il estimait ne pas être coupable et que son travail à l'usine est d'un Intéret General.

1 condamnation à 3 mois avec sursis et 105 heures de TIG : le jeune interpellé parce qu'il filmait la manifestation et son arrestation.

Auxquelles s'ajoutent des amendes et indemnités et une une interdiction totalement surréaliste de port d'arme pendant 2 ou 5 ans.

Une relaxe pour le seul inculpé qui n'avait pas de témoignage de policier contre lui.

Il y a une certaine ironie ou une perversité à condamner à du travail gratuit des gens qui luttent contre la loi travail.

La lourdeur des peines, au regard de faits reprochés non étayés par la moindre preuve, a une fonction éminemment politique. Ouest France, le journal monopolistique du grand ouest a pu titrer avec soulagement : " Les manifestants violents ont été condamnés !" Car peu importe, pour les juges ou ce journal qui clame d'autant plus haut et fort sa neutralité  qu'il ne la respecte pas, que les accusés soient réellement coupables ou pas. Tout manifestant qui prolonge le défilé officiel risque de se voir gazer et interpeler. "Rentrez chez vous bonne gens". C'est d'ailleurs ce que n'a cessé de répéter le juge aux inculpés pendant le procès : "pourquoi n'avez vous pas tourné les talons après les tirs de grenades lacrymogènes ?" Car c'est bien ce qui inquiète le pouvoir qui ne comprend pas que les très nombreux manifestants, jeunes et adultes, syndiqués ou non, continuent à faire face aux forces de l'ordre malgré les tirs de centaines de grenades lacrymogènes, les tirs de flash ball, les lancers de grenades assourdissantes. Toutes choses ahurissantes que nous n'avions jamais expérimenté dans ce type de conflit social. Cette détermination inquiète le pouvoir. Il est symptomatique que les peines requises ou effectives touchent des syndicalistes.

La préfecture ne cesse de communiquer sur les risques de débordement et de violences à chaque manifestation. Propos repris ce jeudi 28 avril en première page dans la presse monopolistique locale. Les forces de l'ordre n'ont eu de cesse à chaque manifestation de tenter de couper en deux le cortège, d'un côté les jeunes , de l'autre les syndicalistes. Cette stratégie a échoué.

Il s'agit bien de dissuader les gens d'aller manifester en les menaçant de représailles ou en leur faisant peur.

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