La drogue, c'est mal

Entrée en vigueur le 1er septembre, une amende forfaitaire cible les fumeurs de pétard. Elle vous met le joint à 150 euros. Pas besoin d'avoir fumé la moquette pour comprendre. Le pouvoir se sert du cannabis pour rouler des mécaniques.

Imaginez : vous êtes tranquillement installé en terrasse à déguster une bière bien fraîche quand la maréchaussée vous tombe sur le paletot.

- Hé hop ! Amende forfaitaire délictuelle ! Ça vous fera 150 euros si vous payez dans les quinze jours, sinon 200 !

Que l’on sache, l’alcool est une drogue, tout comme le tabac. Légale, certes, mais qui provoque des dizaines de milliers de morts chaque année. Alors que le cannabis n’en occasionne aucune directement. Pourquoi, dès lors, ne cibler que ce produit consommé régulièrement par plus d’un million et demi de Français ?

En vigueur depuis le 1er septembre, l’AFD constitue une amende forfaitaire pour tout consommateur de stupéfiant. De quel droit imposer cette atteinte aux libertés individuelles ? C’est simple : il s’agit d’une affaire politique. Le pouvoir se sert du cannabis pour rouler des mécaniques. Regardez comme on est fort, on tape sur les fumeurs de joints.

Voilà à quoi servent les drogues illégales : à réjouir certains politiques. Impuissants dans tant d’autres domaines, ils trouvent là matière à détourner l’attention. Et qu’importe les milliards d’euros dépensés en pure perte dans la répression ! On agite le chiffon rouge.

La prohibition est un échec depuis cinquante ans, les niveaux de consommation en France sont parmi les plus élevés en Europe, qu’importe ! On ne change pas une politique qui échoue, pire, on la conforte.

Le tout sous l’égide d’un garde des Sceaux qui, s’il n’a pas élaboré ce dispositif, le fait appliquer. On savait l’avocat Eric Dupond-Moretti, dans sa vie d’avant, particulièrement attaché aux libertés individuelles. Que pense le ministre de la Justice de l’AFD ? On ne l’entend pas.

Celui qui pérore, c’est son collègue de l’Intérieur. Sarkozy aux petits pieds, Gérald Darmanin fait le malin. Il joue à la « guerre à la drogue ». Ce qui dérape forcément en guerre aux « drogués », en stigmatisation négative pour la santé publique. Ça ne vous rappelle rien ? Nixon, dans les années 70, Reagan, dans les années 80, faisaient pareil. Nixon voulait discréditer la contre-culture. On diabolise le cannabis pour des objectifs politiques.

Le pouvoir se trompe. Il croit renforcer son autorité, il ne fait que conforter son laxisme. Il prétend lutter contre les nuisances que subissent certains quartiers du fait du deal, les violences, les règlements de compte. Mais les initiateurs de ces dérives ne sont ni les dealers ni les acheteurs: ce sont ceux qui au pouvoir imposent ce système néfaste. La prohibition crée le deal et le favorise. La prohibition, c'est le laxisme.

Instaurer un système de vente régulé permettrait au contraire le retour à une forme d’ordre. De plus en plus de pays le comprennent. Il n’y a plus en Europe que sept pays qui pratiquent l’interdiction pénale de la consommation de cannabis. La France, elle, renforce son obscurantisme, suivant un calcul politique de basse vue. Alors oui, on peut rouler des mécaniques sur la dope; nous ne sommes pas dupes.

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