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Billet de blog 7 juillet 2015

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SIDA, les africaines victimes de la circoncision

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ARTICLE LIE : La circoncision contre le sida, entre mensonge, sexisme et apartheid

            La mise en œuvre de la circoncision de masse en Afrique aboutira à l'effet inverse : propager l'épidémie par négligence de l'usage du préservatif, pour deux raisons :

1/ Les circoncis sont réticents à l'usage du préservatif

            D'une part les circoncis – en particulier les jeunes sujets – se croient suffisamment protégés (1, 2, 3). La rumeur s'est répandue en Afrique : "La circoncision, c'est le meilleur préservatif, le meilleur vaccin !" D'autre part et surtout, en portant atteinte à la sensibilité du gland (4), la circoncision rend l'utilisation du préservatif, déjà peu agréable aux entiers, carrément rébarbative, si bien que ces messieurs refusent les demandes de leur partenaire en ce sens, même si c'est une prostituée contaminée qui le leur dit (5) ! La conséquence est une transmission rapide du virus. L'extension de l'épidémie en Afrique et aux USA (6) – où la majorité de la population est circoncise – semble montrer qu'à long terme, la circoncision a l'effet inverse du but recherché. Le fait est qu'avec un taux de contamination du double de celui de l'Europe, les USA sont le pays développé où l'épidémie s'est le plus propagée, et que l'Afrique est le continent le plus touché.

2/ La pire conséquence de la circoncision : elle rend les femmes plus sujettes à la contamination

            La deuxième raison est l'aggravation de la transmissibilité du HIV aux femmes – et aux enfants des femmes enceintes – due à l'abrasion du vagin provoquée par l'absence du prépuce.

            Trois enquêtes (7, 8, 9) ont révélé que ce dernier limite les frottements irritants contre le vagin, pour cinq raisons : [1] les entiers n'ont besoin que de trois minutes pour parvenir à l'orgasme et peuvent prolonger cette durée au besoin, [2] ils recherchent les sensations fines procurées par l'exquise sensibilité érogène et tactile du prépuce (celle du gland est purement érogène), par des mouvements d'amplitude modérée, dans un acte moins gymnastique, plus lent, doux et tendre, [3] n'étant plus une muqueuse, le gland circoncis, devenu une peau calleuse, dix fois plus épaisse (10) a perdu sa délicatesse et son moelleux, [4] le prépuce coulisse sur la hampe si bien que les frictions contre le vagin sont réduites, [5] par sa mobilité et ses replis, il joue un rôle semblable à celui des segments d'un piston et limite l'évacuation des sécrétions vaginales par la couronne du gland. Ainsi, l'enquête de Frisch (9), qui a porté sur un grand nombre de sujets, a révélé que les partenaires des circoncis ont d'une part des difficultés plus fréquentes pour parvenir à l'orgasme, d'autres part des douleurs quatre fois plus fréquentes lors du coït (12% contre 3%).

            A l'inverse, Hammond (11) signale chez les circoncis "une extraordinaire stimulation nécessaire à l'orgasme" et l'enquête de Frisch (9) fait état de difficultés orgastiques plus fréquentes chez les circoncis. Pour compenser leur perte de sensibilité, les circoncis ont besoin d'une grande amplitude de mouvement induisant, certes, le massage profond du gland recherché mais aussi rudes frottements pour la muqueuse vaginale.

            Le comble sont les monstrueuses pratique de l'excision et, par dessus le marché, du "dry sex", inventé par les circoncis pour obtenir une satisfaction plus rapide. En supprimant la lubrification naturelle, ces pratiques raccourcissent la durée de leurs laborieux efforts pour parvenir à l'orgasme. C'est aux dépens de leurs compagnes, traitées comme de purs objets. Imposé aux femmes, le dry sex (12) exclut bien évidemment l'usage du préservatif déjà limité par la circoncision. Cela irrite au maximum le vagin, provoquant souvent des douleurs. Mais, comme révélé par une gynécologue (13), dans le couple excisée-circoncis, certains de ces messieurs protestent lorsque leur partenaire excisée souhaite utiliser le lubrifiant prescrit.

            Résultat : la circoncision aggrave la transmissibilité du SIDA aux femmes et les africaines sont plus susceptibles que les hommes d'être contaminées par le VIH. Les rapports 2004 et 2006 d'ONUSIDA (14) ont révélé la contamination de 13 femmes pour 10 hommesen Afrique. En Afrique subsaharienne, les femmes représentent 59% des personnes contaminées et 75% des séropositifs de 15 à 24 ans. Mais l'Afrique subsaharienne est la terre du "dry sex". En démontrant que le risque de contracter le HIV est de 55% plus élevé pour les femmes de circoncis séropositifs dans les deux années suivant la circoncision de leur compagnon (cette dernière, inutile, est effectuée pour que ces messieurs ne soient pas "discriminés" !), deux enquêtes (15, 16) apportent la preuve des affirmations précédentes, rédigées en 2007 après la publication de l'enquête du docteur Auvert. Si le risque est diminué de 50% à 60% pour les hommes mais augmenté d'autant pour les femmes, alors les éventuels fœtus, non-inclus dans la statistique, devraient faire la décision contre la circoncision.

(1) UN office for the coordination of humanitarian affairs. Swaziland : circumcision gives men an excuse not to use condoms. IRIN 31 July 2008.

http://www.irinnews.org/Report.aspx?ReportID=79557

(2) Kalichman S, Eaton L, Pinkerton S. Circumcision for HIV prevention: failure to fully account for behavioral risk compensation. PloS Med 2007 ; 4 (3) : e138.

http://medicine.plosjournals.org/perlserv/?request=get-document&doi=10.1371%2Fjournal.pmed.0040138

(3) Myers A, Myers J. Male circumcision, the new hope? S Afr Med J 2007 ; 97(5): 338-341.

(4) Sorrells M., Snyder J., Reiss M., Eden C., Milos M., Wilcox N., Van Howe R. Fine-touch pressure thresholds in the adult penis. BJU international 2007 ; 99 (4), 864-869.

http://www.cirp.org/library/anatomy/sorrells_2007/

(5) http://www.thestandard.co.zw/2013/11/10/circumcised-men-indulge-risky-sexual-behaviour/

(6) United States has highest STD rate. http://www.mercola.com/2004/mar/10/std_rates.htm

(7) O'Hara J., O'Hara K. The effect of male circumcision on the sexual enjoyment of the female partner. BJU international 1999; 83 (suppl. 1) : 79-84.

http://cirp.org/library/anatomy/ohara

(8) Bensley G., Boyle G. Effects of male circumcision on female arousal and orgasm. N Z med J 2003; 116 (1181): 595-6.

(9) Frisch M, Lindholm M, Grønbæk M. Male circumcision and sexual function in men and women: a survey-based, cross-sectional study in Denmark,Int J Epidemiol, 2011, 1-15.

(10) Foley J. The unkindest cut of all. Fact magazine 1966 ; 3 (4) : 2-9.

(11) Hammond T. A preliminary poll of men circumcised in infancy or childhood. BJU 1999 (83) suppl. 1: 85–92.

(12) Beksinska M, Rees H., Kleinschmidt I., Rees HV, The practice and prevalence of dry sex among men and women in South Africa: a risk factor for sexually transmitted infections?Sex Transm Infect. 1999, 75(3): 178-80. http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10448396

(13) Piet E. Séminaire I.N.E.D. Paris, 10 décembre 2009.

(14) http://data.unaids.org/pub/EpiReport/2006/2006_EpiUpdate_Fr.pdf

(15)Serwadda D. Wawer M. et al. A population based approach to understanding a very clever virus: a brief history of HIV research and services in the Rakai health sciences program, Uganda.15th Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, Boston, MA, 3-6 February 2008. Abstract 33LB.

http://www.icgi.org/2008/02/wives-more-likely-to-contract-hiv-from-circumcised-husbands/

(16) Wawer M., Makumbi F., Kigozi G., Serwadda D., Watya S., Nalugoda F. and others. Circumcision in HIV-infected men and its effect on HIV transmission to female partners in Rakai, Uganda: a randomised controlled trial. Lancet 2009 (374-9685) : 229-237.

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