Terrorisme et circoncision

I – Les enfants terrorisés

             La plupart des sociétés condamnent, à divers degrés, la sexualité juvénile : autosexualité et sexualité prémaritale. Seules quelques-unes, de façon à l'empêcher, vont jusqu'à la mutilation sexuelle.

            Celle-ci est née dans les classes dominantes (assez riches pour pratiquer la polygamie) de civilisations primitives, pour éviter l'inceste par la mise en place d'une terreur inconsciente : l'angoisse de castration. Dans le clan familial, en effet, l'inceste était une forte tentation : les grands fils côtoyaient les jeunes épouses de leur père, mêlées aux jeunes filles des plus vieilles. Tout-puissants, les pères imposèrent facilement la circoncision de leurs fils, cruelle mais simple mise en garde (menace de castration totale en cas de transgression). Dans plusieurs sociétés, les vieilles épouses obtinrent l'excision des filles, révoltante destruction. L'argument commercial : une fille déflorée est impossible à marier, étouffa toutes velléités de résistance. Une innommable alliance d'adultes jaloux s'est établie entre les mères et les pères, réduisant les enfants à un quasi esclavage. Les sociétés les plus vertueuses échappèrent à ce contagieux fléau. Dans les autres les parents, incapables de faire régner l'ordre, eurent recours à l'équilibre de la terreur. Par la suite, sorciers et chefs religieux inventèrent des mythes "fondateurs" pour donner une base "morale" à la chose.

            Ces coutumes sont maintenant solidement implantées. Elles sont devenues une seconde nature, extrêmement difficile à éradiquer. Même lorsque la polygamie, par la force des choses, tend à disparaître, comme l’autosexualité est un tabou fortement refoulé, personne ne voit ou ne veut voir de raison de mettre fin à ces coutumes millénaires, prétendues culturelles.

            La théorie freudienne de la circoncision-soumission : un substitut symbolique d'une castration anciennement pratiquée par le père primitif, est purement phantasmatique, projective et optimiste. Les mutilations sexuelles ne sont pas un progrès mais une monstrueuse régression dans l'histoire de l'humanité. Originellement garde-fou morbide contre l'inceste, elles ne sont certes pas une soumission acceptée. Elles sont, par pure violence et/ou par mensonge, une humiliation destructrice, vite pardonnée à des adultes irresponsables par des enfants confiants et aimants.

            Les mutilations sexuelles ne sont pas la seule forme du terrorisme adulte contre l'enfant : coups, claques, fessées, menaces de castration, humiliations de l'autoritarisme gratuit, répression (interdiction ou mépris) de la sexualité infantile et prémaritale provoquent autant de traumatismes perturbant la santé et les relations humaines. Puisque cela enseigne aux enfants la raison du plus fort, les résultats sont dramatiques.


II – Les enfants terroristes 

            La compulsion à exciser ou circoncire, observée par la psychiatrie chez les victimes des mutilations sexuelles, est conséquence du phénomène. Ainsi de la condition d'obtention de la main de sa fille formulée à David par le roi Saül : une centaine de prépuces d'ennemis (1 Sam, 18 : 25-27). Dans l'histoire, la circoncision fut fréquemment un supplice (Anglais prisonniers des Mogols, Allemands prisonniers des Héréros en Namibie, Serbes circoncis par des musulmans pendant la guerre en ex-Yougoslavie, etc.). En décembre 2000, huit cent chrétiens des Moluques ont subi une "islamisation" forcée avec mutilations sexuelles des deux sexes. Le 11 septembre 2001, une "islamisation" symbolique de bâtiments américains[1] accompagne le massacre de ceux qui y travaillaient. Vu de dessus, le Pentagone figure le trou du sexe féminin. Il fut ponctuellement démoli, à la façon d'une excision. Quant aux phalliques tours du World trade center, elles ont été frappées à l'endroit du prépuce. On peut penser que ces monstrueux attentats furent, inconsciemment, une révolte contre les mutilations sexuelles des jeunes ; les terroristes suicidaires protestaient inconsciemment, à corps et à cris, contre ces crimes contre l'humanité portant atteinte à l'intégrité et à la dignité de l'enfant à un âge où il est tout particulièrement vulnérable. Au Kenya, début 2008, les Luos circoncisent les Kikuyus en pleine rue par vengeance politique.

            Pour ne rien dire des génocides dont la très grande majorité sont commis en présence de la circoncision d'un côté ou de l'autre[2], les attentats de 2001 ne sont qu'un exemple des violences générées par les mutilations sexuelles ; le taux record de criminalité aux USA, l'extravagante démesure d'Hiroshima et de Nagasaki, l'acharnement contre le Vietnam, les incessantes guerres et massacres en Afrique et au Moyen-Orient, et aujourd'hui les attentats islamistes, sont symptomatiques de l'aveugle soif de revanche des enfants devenus grands, de leur mégalomanie paranoïaque. Le taux élevé du viol dans les pays circonciseurs est dû à une vengeance inconsciente contre les mères qui ont laissé mutiler leurs garçons. De superbes missiles, des avions vrombissants, d'impressionnants porte-avions, de fascinantes bombes, des mitrailleuses toutes neuves et bien huilées viennent remplacer, en "hard core", les fragiles prépuces jetés aux chiens.

             Compulsion paranoïaque et phobies expliquent le tempérament guerrier des peuples de sexuellement mutilés, et de leurs voisins, quelquefois poussé jusqu'au terrorisme et à la piraterie, porté aux pires extrêmes lorsqu'il est exercé "au nom de Dieu". Favorisant la soumission à l'ordre établi et l'hyper agressivité pour le défendre, la circoncision donne un ressort extrêmement puissant à des guerres tribales éternellement renouvelées.

 

Corollaire

             Les mutilations sexuelles sont une tentative de soumission de la personne humaine. Seuls les révolté(e)s échappent à cette soumission, au prix de la torture à vie d'une souffrance psychologique permanente. Rien n'est donc plus "fasciste" que l'extermination des clitoris et des prépuces et les mutilations sexuelles sont l'expression de l'idéologie la plus réactionnaire qui soit ; en condamnant la sexualité infantile, elles instaurent une "loi" qui parle contre le plaisir et la vie, celle de la raison du plus fort.

 

ARTICLES LIES:

- "Génocide, guerre, peine de mort, excision et circoncision"

https://www.academia.edu/4068859/G%C3%A9nocide_guerre_peine_de_mort_excision_et_circoncision_mis_%C3%A0_jour_27.04.2015_

 - "Pourquoi les génocides ?"

https://www.academia.edu/3891669/Pourquoi_les_g%C3%A9nocides_g%C3%A9nocide_et_circoncision_une_th%C3%A9orie_psychanalytique_du_g%C3%A9nocide_mis_%C3%A0_jour_04.02.2014_

 - "Entre barbarie et exclusion, la circoncision rituelle, comble d'un racisme masqué derrière religion, tradition, culture et folklore, catalyseur de fanatisme, terrorisme, génocide et féminicide"

https://www.academia.edu/3892296/Entre_barbarie_et_exclusion_la_circoncision_rituelle_comble_dun_racisme_masqu%C3%A9_derri%C3%A8re_religion_tradition_culture_et_folklore_catalyseur_de_fanatisme_terrorisme_g%C3%A9nocide_et_f%C3%A9minicide_mis_%C3%A0_jour_02.05.15_

 

Sigismond (Michel Hervé Bertaux-Navoiseau)oldsigismund@hotmail.com

Chercheur indépendant en psychanalyse, ancien élève du Département psychanalyse de l'Université de Paris VIII, auteur de " Mutilations sexuelles masculines et féminines, le pus grand crime contre l'humanité ", disponible gratuitement sur :

https://independent.academia.edu/MichelHerv%C3%A9BertauxNavoiseau

 


[1] http://www.regardconscient.net/archives/0201terromut.html

[2]https://www.academia.edu/3891669/Pourquoi_les_g%C3%A9nocides_g%C3%A9nocide_et_circoncision_une_th%C3%A9orie_psychanalytique_du_g%C3%A9nocide_mis_%C3%A0_jour_04.02.2014_

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