"Tu ne circonciras pas.", le sens caché du Deuxième Commandement

Article publié par Agoravox. La trouvaille qui l’a motivé fut publiée par le British Med. J (1) & a fait l'objet, en 2008, d’une conférence au 8ᵉ Symposium de NOCIRC. 12 ans après, une nouvelle découverte la confirma (cf. III). Les manuscrits de Qumrân et la Septante apportent à la falsification intellectuelle que nous dénonçons la preuve de la falsification matérielle de Deutéronome 5 : 9.

Version orale sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=fdLbE5oAvb4

Le professeur Römer a commenté cette trouvaille en 2010 :

“Vous avez raison d’affirmer que Gen 17 présente une autre vision de la circoncision que Gen 15 ou le Deutéronome. Les rédacteurs ‘laïques’ étaient apparemment moins intéressés par cette pratique, voire opposés à celle-ci. L’expression ‘circoncision du cœur’ pourrait même contenir une position polémique contre la ‘circoncision de la chair.’”[2]

Les manuscrits de Qumrân lui apportent une confirmation éclatante.

 

I - Grande preuve de l’identité d’Abraham et d'Akhenaton,

le Deuxième Commandement

reprend mot pout mot la révolution d’Akhenaton :

monothéisme, interdiction des idoles, des images et des mutilations sexuelles

“Les mutilations sexuelles féminines et masculines, le plus grand crime contre l'humanité.” - “Ca, c'est bien vrai !” Alain de Mijolla (psychanalyste)

“Si Moïse fut un égyptien, s’il transmit sa religion aux Juifs, ce fut celle d’Akhenaton, la religion d’Aton.” Sigmund Freud[3]

Faisons le point sur la révolution d’Akhenaton. Pour l’égyptologie, elle consistait dans le monothéisme du soleil et l’interdiction des idoles et les images. Mais sa plus grande révolution fut celle de son nom de couronnement : Néferkhéperouré : La création de Rê est parfaite”, idée confirmée par cet extrait du Grand hymne à Aton :

“Les êtres de la terre se forment sous ta main comme tu les as voulus.”

Ces deux affirmations indiquent le troisième volet de la révolution atonienne : l’abolition des mutilations sexuelles. Nous allons voir que Moïse reprend intégralement cette révolution dans le Deuxième Commandement.

Moïse était un saint homme. Profondément religieux comme Akhenaton, il grava les idées de ce dernier dans la pierre des Dix Commandements. Comme Akhenaton, il était pacifiste ; il préféra marcher quarante ans dans le désert plutôt que d’envahir la Palestine et écrivit :

Tu aimeras aussi l'étranger, parce vous avez été étrangers au pays d'Egypte.”  Deutéronome 10 : 19

“La durée de notre voyage… avait été de 38 ans. A cette époque, toute la génération guerrière avait disparu…” Deutéronome 2 : 14

“Celui qui a les génitoires écrasées ou mutilées ne sera point admis dans l’assemblée du Seigneur.” Deutéronome 23 : 2

C'était la génération des circoncis polythéistes. Ces versets montrent que Moïse haïssait particulièrement la circoncision à cause de ses conséquences psychosociologiques. Instruit par le coup d'état contre Akhenaton relaté en Genèse 17 et par l'adoration du veau d'or, il n'accorde aucune confiance aux circoncis et leur refuse le droit de participer aux assemblées.

La non-violence d'Akhenaton s’étendait à l’éducation. Élevé par une fille d’Akhenaton dans la religion abolitionniste des mutilations sexuelles de son père, Moïse a échappé à la circoncision. Une rumeur court, fondée sur quelques versets apocryphes des Livres de l’Exode et du Lévitique, selon laquelle la circoncision ferait partie de la Loi de Moïse. Les évangiles, le livre des Mormons, Freud dans les deux premiers chapitres de Moïse et le monothéisme, et Roudinesco (Libération du 30 avril 1993 et préface au livre de Carlo Bonomi, complice donc (Sulla soglia della psychoanalisi, Freud i la follia infantile), la colportent. Mais le contraire est un fait historique (cf. Josué 5 : 2-9). Le souvenir de la circoncision forcée de son fils (cf. chapitre VII) fut vivement présent dans l’esprit de l’auteur des Dix Commandements. Ce fut un père humilié, blessé dans la chair de sa chair et dans sa dignité, qui rédigea la première déclaration historique des devoirs et droits de la personne humaine, à valeur universelle, base de l’éthique élémentaire et des systèmes juridiques de toutes les démocraties. La Quatrième Alliance respecte le corps humain : “Ne commets point d’homicide.” Nous allons voir que Deuxième Commandement (cf. Exode 20 : 3-6) abolit la soumission de la personne humaine par la terreur de celui imposé à Abraham. Ce Commandement est la preuve archéologique et biblique que Moïse fut un fidèle d'Akhenaton. Comme lui, en effet, il commence par interdire le polythéisme et son culte des idoles et images :

“Tu n’auras point d’autre Dieu que moi. Tu ne te feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel ou en bas sur la terre, ou dans les eaux au-dessous de la terre...” 20 : 3-4

 

amon-min-1

Le dieu Amon-Min (Musée du Louvre)

 Ce précepte s’étend à l’idolâtrie du phallus et à son complément : les mutilations sexuelles. Expression d'un culte du phallus masculin assorti de la destruction du phallus féminin, elles modifient, “en bas sur la terre”, “l’image” du corps humain.

Le verset 5 va beaucoup plus loin :

“Tu ne te prosterneras point devant elles, tu ne les adoreras point ; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui poursuis le crime des pères sur (contre) les enfants jusqu'à la troisième et quatrième générations (ascendantes)...”

D’une part, la formule “le crime des pères” indique qu’il s’agit d’un crime coutumier, d’autre part, la conjonction “car” est capitale ; elle implique que ce crime viole l'interdit de la fabrication d’idoles et images. Dans la culture égyptienne que les Hébreux venaient de quitter, “le crime des pères sur les enfants” qui modifie l'image de “ce qui est en bas sur la terre” et dont Dieu s'affirme jaloux ne peut être que les mutilations sexuelles. Pensant qu’il ne pouvait y avoir de doute sur son sens, Moïse a employé cette périphrase pour mettre l'accent sur le fait que les mutilations sexuelles sont un crime. Le Dieu de Moïse n’est pas seulement jaloux des autres Dieux et de leurs représentations, il l’est aussi de toute altération du corps humain. Il interdit le sacrifice humain perpétré sur le corps des enfants, sanglant hommage au polythéisme, aux divinités archaïques, telluriques, de fertilité et de procréation.

Le Livre du Deutéronome, qui ne prescrit pas la circoncision, confirme :

“Tout ce que je vous prescris, observez-le exactement, sans y rien ajouter…” 13 : 1

Mais les religieux s’appuient sur Exode 34 dont le caractère apocryphe est évident puisqu'il réécrit le verset 20 : 5 en le dénaturant (cf. III) pour l'interpréter comme s'il disait : “… qui poursuis sur les enfants” soit “le crime du père soit les crimes des pères et condamnait donc la criminalité banale. C’est absurde :

Premièrement, parce si la phrase avait ce sens, elle aurait une de ces deux formulations,

Deuxièmement, ainsi interprétée, la jalousie de ce Dieu serait bien limitée ; elle devrait s’étendre aux crimes des mères, frères et sœurs, et les crimes des enfants devraient rejaillir sur les parents et grands-parents,

Troisièmement, le Sixième Commandement (“Ne commets point d’homicide.”) condamne déjà la criminalité ordinaire,

Quatrièmement, on ne punit pas les enfants des criminels. Il serait aberrant qu’un commandement divin instaure une responsabilité familiale ; cela donnerait au terme jaloux le sens immodéré de soupçonneux jusqu’à l’injustice. Seuls des conservateurs paranoïaques ont pu concevoir une pareille idée contre laquelle le prophète Ézéchiel s’est insurgé :

“… le fils ne portera pas la faute du père, ni le père la faute du fils,

18 : 20

Cinquièmement, les rabbins ignorent le verset 20 : 22, tout proche :

“Si… tu m’ériges un autel de pierre, ne le bâtis pas en pierres de taille car en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes.”

Le fer profanerait la pierre mais pas le corps humain ? ! Moïse nous dit de façon imagée que l'excision du prépuce est une profanation, un blasphème contre l'œuvre du créateur. Dénuder le gland est une barbarie des égyptiens.

Sixièmement, la contradiction entre les deux versions hébreues classiques du Deuxième Commandement (Exode 20 : 5 et Deutéronome 5 : 9) et leur traduction posent un problème résolu par les manuscrits de la mer Morte et la Septante.

Dans les textes hébreux, il existe une petite mais importante différence qui est gommée dans les traductions. Examinons le corps de phrase discutable dans le texte du rabbinat (sefarim.fr) :

- Exode 20 : 5 : עֲו‍ֹן אָבֹת עַל בָּנִים עַל שִׁלֵּשִׁים וְעַל רִבֵּעִים

…le crime (עֲוֹן) des pères (אָבֹת) sur (עַל) les enfants (בָּנִים) sur (עַל) la troisième génération (שִׁלֵּשִׁים) et sur (וְעַל) (וְ signifie “et”) la quatrième génération (רִבֵּעִים)

- Deutéronome 5 : 9 : עֲו‍ֹן אָבוֹת עַל בָּנִים וְעַל שִׁלֵּשִׁים וְעַל רִבֵּעִים

… le crime (עֲו‍ֹן) des pères (אָבֹת) sur (עַל) les enfants (בָּנִים) et sur (וְעַל) la troisième génération (שִׁלֵּשִׁים) et sur (וְעַל) la quatrième génération (רִבֵּעִים)…

La différence réside dans le terme “et” ajouté, dans le Livre du Deutéronome, entre “enfants” et “troisième génération”.

D’une part une modification du texte du Deuxième Commandement a quelque chose d’aberrant, d’autre part cet ajout apocryphe est une falsification bien maladroite.

En effet, il est fait silence sur la deuxième génération, ce qui suppose que les enfants sont la deuxième et les pères la première. C’est absurde ; les enfants sont la première génération dans toutes les langues. Consciente de cette absurdité, la traduction du rabbinat français biffe les termes “sur les enfants”. Elle ne respecte pas le texte sacré.

Ensuite et surtout, ce “et”fait croire que le crime est poursuivi indéfiniment sur les générations descendantes. Il interdit de considérer que “le crime des pères sur les enfants” est une périphrase désignant les mutilations sexuelles. Il pourrait avoir été ajouté lors de la découverte du manuscrit dans le temple de Salomon au retour de Babylone, alors qu’il fallait remettre la circoncision en vigueur (elle avait été abandonnée pour faire croire que les Juifs n’avaient rien à voir avec les Egyptiens, comme les autres populations de Palestine).

Les manuscrits de la mer morte et la Bible de Ptolémée (La Septante) confirment notre propos. La version de Deutéronome 5 : 9 du manuscrit 4Q41 col. III (cf. Berthelot K. La bibliothèque de Qumrân. Paris : Editions du cerf ; 2014. Vol. 3a, p. 140-41.) et la Septante reproduisent purement et simplement Exode 20 : 5 sans ajouter de “et” entre “enfants” et “sur la troisième génération”. Il devient difficile de ne pas penser que la version classique a été falsifiée dans le sens des partisans de la circoncision.

Enfin, plusieurs invraisemblances de l’interprétation orthodoxe donnent à penser qu’elle est inexacte :

- le Deuxième Commandement vient juste après le premier parce qu’il l’illustre ; une criminalité pédo-sexuelle de masse offense Dieu de façon particulièrement répréhensible. Stigmatisant les mutilations sexuelles comme crimes contre la création, il les punit de façon imprescriptible, recherchant les coupables dans toutes les générations encore en vie. La troisième et la quatrième sont tout simplement les grands-pères et les arrière-grands-pères. On ne voit pas pourquoi un Dieu courroucé contre la criminalité ordinaire au point de punir les descendants s’arrêterait précisément à la quatrième génération. Mais dans l’autre sens, la punition s’arrête naturellement aux arrière-grands-pères. Pour réprimer le plus grand et le plus banalisé des crimes contre l’humanité, le législateur de génie a inventé la notion d’imprescriptibilité, trois millénaires avant Nuremberg,

- Dieu ne peut être jaloux que de sa propre création; l’homme ne peut la modifier sans usurper sa place. “Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi.” implique “Tu ne t’érigeras pas en Dieu en altérant ma création.”,

- Dieu ne fait pas de discrimination entre les sexes ; il est impossible qu’il ait exclu les femmes en exigeant un signe d’alliance des seuls hommes,

- Abraham a aussi circoncis Ismaël et la circoncision ne donne pas plus de droit sur Canaan aux Juifs qu’aux Arabes,

- enfin, en abolissant les mutilations sexuelles, Moïse sonne le glas de la terrible sanction de l’absence de circoncision : l’exclusion des intacts. Une appartenance fondée sur un signe particulier avait institué chez les “élus” la discrimination et la ségrégation. La “circoncision du cœur” les remplace.

Ce faisceau d’erreurs, de négligences et de mensonges concordants masque la bonne interprétation pour dissimuler la condamnation des mutilations sexuelles par Moïse. Le Deuxième Commandement aurait dû être : “Tu ne circonciras pas.”, sa falsification intellectuelle aurait été impossible. La périphrase : “le crime des pères sur les enfants” a permis aux partisans – et victimes – de la circoncision de le dénaturer par une interprétation sacrilège. Pour rétablir la circoncision, ses partisans ont tiré le texte dans un contresens invraisemblable. Ils ont introduit un improbable double sens pour cacher que ce crime était les mutilations sexuelles. Mais lorsqu’il dicte ses Commandements, l’Éternel ne s’amuse pas à des doubles sens. D’autant plus qu’ici au Sinaï, le contexte historique est l’abandon des mutilations sexuelles pendant quarante ans. Mais si les adeptes de la circoncision osèrent falsifier le sens du Deuxième Commandement pour les garçons, ils renoncèrent à la monstrueuse et souvent mortelle excision des filles hébreues.

“Dieu” a changé d’avis entre l’Alliance avec Abraham et celle avec Moïse. Ce ne fut pas le même Dieu. La Quatrième Alliance abolit la loi imposée à Abraham parce que la loi ne peut pas parler contre la vie. D’une part le prépuce est la propriété de la personne humaine et l’enfant est une personne humaine, d’autre part c’est un organe sexuel et la circoncision est une mutilation, pour trois raisons : la peau est un organe, le prépuce n'est pas une peau morte, ce n'est pas un inutile repli de peau mais un organe protecteur à double-face : peau à l'extérieur, muqueuse à l'intérieur. Sans cette lèvre particulièrement érogène, la muqueuse du gland se kératinise, devient une peau et perd de sa sensibilité. L’amour se fait muqueuse contre muqueuse, pour le plus grand plaisir des deux partenaires (les épouses de circoncis se plaignent souvent de l'irritation provoquée par un gland calleux). Contre l’Alliance par la soumission de Genèse 17, le libérateur des Hébreux instaura l’Alliance entre égaux du grand judaïsme, authentique et universel, qui abolit les mutilations sexuelles. Le Décalogue est la première déclaration historique des devoirs et droits de l’homme. Les Deuxième et Sixième Commandements décrètent le premier de ces droits, inaliénable et sacré : le droit au corps.

Le fait que le Deuxième Commandement transcrit les réformes d’Akhenaton est la grande révélation de La naissance du judaïsme, entre exégèse et archéologie (Amazon.fr - La naissance du judaïsme, entre exégèse et égyptologie - Bertaux-Navoiseau, Michel Hervé – Livres). Les deux pharaons se sont insurgés contre l’alliance des pères et des grands-pères contre les enfants. Nous mettons fin au mythe de l'inscription de la circoncision dans la Loi de Moïse. Selon Freud et quelques autres, il aurait été assassiné, vraisemblablement parce qu’il ne voulait pas envahir la Palestine. Moïse, Jésus, Rabin, les fanatiques Juifs assassinent leurs leaders pacifistes.

II - Le Livre du Deutéronome interdit la circoncision

Quantité de livres de la Bible font silence sur la circoncision. Les termes “Circoncis”, “circoncire” et “circoncision” ne figurent pas dans les livres suivants de la Torah : le Livre des Nombres, le Livre du Deutéronome, dans la grande majorité des livres des prophètes : Rois, Osée, Joël, Amos, Obadia, Jonas, Michée, Nahoum, Habacuc, Cephania, Haggaï, Zacharie, Malachie, et dans les hagiographies : les Psaumes, Les Proverbes, Job, Le Cantique des Cantiques, Ruth, Les Lamentations, L’Ecclésiaste, Esther, Daniel, Ezra, Néhémie. Le plus remarquable est le Livre du Deutéronome ; l’exégèse moderne estime qu’à la différence des autres livres de la Torah, Moïse dirigea sa rédaction avec une grande unité de style1. Écrit à l’intention des prêtres, il fait un inventaire détaillé des règles religieuses à respecter. Mais la Jewish encyclopedia2 remarque : “La circoncision en tant qu'acte physique n'est enjointe nulle part dans tout le livre.” Alors qu’elle est considérée comme la mitzvah (règle) centrale du judaïsme, le Livre du Deutéronome l’interdit :

“Tout ce que je vous prescris, observez-le exactement, sans rien y ajouter…” 13 : 1

Moïse précise d’ailleurs :

“Et maintenant, ô Israël, ce que l’Éternel, ton Dieu, te demande uniquement, c’est de révérer l’Éternel, ton Dieu, de suivre en tout ses voies, de l’aimer, de le servir de tout ton cœur et de toute ton âme, en observant les préceptes et les lois du Seigneur que je t’impose aujourd’hui, pour devenir heureux.” 10 : 12-13

Il parle ensuite à treize reprises (4 : 5, 4 : 8, 4 : 14, 4 : 45, 5 : 7, 5 : 31, 6 : 1, 6 : 20, 7 : 11, 7 : 12, 8 : 11, 11 : 1) des “lois et des règles…” (4 : 1) qu’il préconise mais la circoncision n’y figure pas. Elle n’apparaît pas non plus dans les règles des versets 12 : 1 à 27 : 26. De plus, il exclut les signes physiques distinctifs ; de nature spirituelle, l’élection du peuple juif et sa consécration à la divinité lui interdisent de se singulariser par des signes extérieurs grossiers :

“Vous êtes les enfants de l’Éternel, votre Dieu : ne vous tailladez point le corps, ne vous rasez pas entre les yeux en l’honneur d’un mort. Car tu es un peuple consacré à l’Éternel, ton Dieu, et c’est toi qu’il a choisi, l’Éternel, pour lui être un peuple spécial entre tous les peuples répandus sur la terre.” 14 : 1

“Ne tailladez point votre chair à cause d'un mort et ne vous imprimez point de tatouage : je suis l'Éternel.” Lévitique 19 : 28

Contrairement à d’autres livres de la Torah, ces règles minutieuses ne parlent pas d’exclure les “non circoncis” du temple et du repas de Pâques.

Typique du mysticisme d’Akhenaton, approuvée par Jérémie (10 : 24-25), la circoncision du cœur est une prise de position éthique opposée à la prétendue moralisation(*) par la circoncision de la chair :

“Circoncisez donc votre cœur, ne raidissez plus votre nuque.” 10 : 16

Moïse souligne un symptôme obsessionnel, signe de détresse émotionnelle, et considère cette “circoncision” comme une grâce de Dieu :

“Et l’Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et celui de ta postérité pour que tu aimes l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, et assures ton existence.” 30 : 6(**)

Référence à l’Alliance avec Abraham, la mention de la postérité est significative du remplacement de la circoncision du corps par celle du cœur. L'Éternel opère celle-ci, non l'homme.

Deutéronome 23 : 2 est le plus limpide verset contre la circoncision de toute la Bible :

“Celui qui a les génitoires écrasées ou mutilées ne sera point admis dans l’assemblée du Seigneur.”

En excluant les circoncis, Moïse prend le contrepied du Dieu de Genèse 17.

Les Hébreux étaient catégoriquement opposés à la circoncision. Le Livre du Deutéronome l’interdit.

III- Apocryphe, le chapitre 34 du Livre de l’Exode

falsifie le Deuxième Commandement d’Exode 20 : 5)

Les adversaires de la circoncision ne désarmant pas, ses partisans recoururent à un stratagème. Le chapitre 34 du Livre de l’Exode donne un exemple rare de la Bible commentant et modifiant l’un de ses versets. Il réécrit et commente longuement le verset 5 du chapitre 20 comme s'il faisait problème. Les versets 6-7 reprennent le Deuxième Commandement en le dénaturant par des nouveautés, un changement dans l’ordre et la logique des idées, des substitutions, des suppressions et des contradictions :

“… ADONAI est l’Être éternel, tout puissant, clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité ; il conserve sa faveur à la millième génération ; il supporte le crime, la rébellion, la faute, mais il ne les absout point ; il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu’à la troisième et quatrième descendance.”

- Première altération, nous avons vu que le Deuxième Commandement se compose de deux parties avec un lien de cause à effet qui fait de la seconde : “le crime des pères”, une violation de la règle instituée par la première : l’interdit de la fabrication d’images. Exode 34 ignore cette relation pour se contenter de gloser improprement sur la seconde partie, sans toujours préciser pourquoi le “méfait” – cette fois-ci – des pères devrait rejaillir sur les enfants.

- Deuxième altération, l’idée aberrante d’un Dieu qui “supporte le crime” est absente de Genèse 20 : 5.

- Troisième altération, l’image du Dieu seulement décrit comme jaloux en Exode 20 est totalement nouvelle et bien contradictoire ; il semble que, dans leur souci d’imposer leur interprétation, les rédacteurs d’Exode 34 se sont empêtrés dans leur commentaire ; il serait aberrant qu’un Dieu “clément, miséricordieux, tardif à la colère, plein de bienveillance et d’équité… (poursuive) le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants”. Ce serait lourdement injuste, comme l’a souligné Ézéchiel.

- Quatrième altération, l’idée de jalousie est supprimée. Perspicaces, pour ne pas inquiéter le lecteur, les rédacteurs religieux la reprennent sept versets plus loin mais en la limitant, comme nous allons voir.

- Cinquième altération, le verset 7 dénature le verset 20 : 5 en trois endroits :

“… il supporte le crime, la rébellion, la faute, mais il ne les absout point ; il poursuit le méfait des pères sur les enfants, sur les petits-enfants, jusqu’à la troisième et quatrième descendance.”

. La notion de “méfait des pères”, dont la liste est énumérée : “le crime, la rébellion, la faute”, est substituée à celle de “crime des pères”. Élargissant et minimisant l’idée de crime, elle écarte l’idée d’un crime particulier, évidente en Exode 20 : 5. Il s’agit d’exclure la bonne interprétation. Avatars de la trimillénaire polémique, plusieurs traducteurs se soumettent aveuglément à Exode 34 ; plusieurs éditions bilingues hébreu-français ou hébreu-anglais traduisent עֲוֹן par faute ou iniquité au lieu de crime pour Exode 20 : 5 comme pour Deutéronome 5 : 9. Le Dieu de Moïse n’est pas inique : à chacun ses fautes.

. Exode 20 : 5 ne mentionnait pas les petits-enfants et parlait de “générations” et non de “descendance”.

. Les enfants, petits-enfants, arrière et arrière-arrière-petits-enfants sont poursuivis au lieu des grands-pères et arrière-grands-pères. Cette aberration éthique et juridique institue une responsabilité familiale, héréditaire mais pas à perpétuité ? !

Tout cela interdit de considérer que le Deuxième Commandement interdit les mutilations sexuelles. Faisant semblant de paraphraser le texte initial pour impressionner l’adversai-re et tromper les faibles d’esprit, Exode 34 tranche d’une façon insistante et répétitive en faveur de l’interprétation orthodoxe.

- Sixième altération, le verset 14 réintroduit l’idée d’un Dieu jaloux :

“… tu ne dois point te courber devant une divinité étrangère, parce que l’Éternel a nom JALOUX…”

C’est au sens de jaloux des autres Dieux, sans le deuxième motif de cette jalousie : celui de l’altération de la création par “le crime des pères sur les enfants”.

Cela boucle la boucle ; tout ce qui, dans Exode 20 : 3-6, pouvait contredire l’interprétation orthodoxe est soit intellectuellement soit matériellement falsifié. Cela prouve que l’interprétation vraie (“Le stylet trompeur des scribes en a fait un mensonge !” Jérémie 8 : 8) prévalait avant la mort de Moïse. Les versets 6, 7 et 14 du chapitre 34 du Livre de l'Exode sont un commentaire apocryphe du verset 20 : 5 du même livre, destiné à accréditer la fausse interprétation. Paradigme de la falsification du Deuxième Commandement opérée par les partisans de la circoncision, Exode 34 est une preuve éclatante de la justesse de notre interprétation d’Exode 20 : 5.

La multiplication des réécritures du Deuxième Commandement témoigne de la vivacité de l’opposition entre adversaires et partisans de la circoncision. Elle montre que la première rédaction embarrassait fortement ces derniers et atteste de la résistance que leur remise en vigueur de la circoncision a rencontrée. D’ailleurs, comme l’indique la déclaration suivante de Saint Pierre, il semble que certaines familles continuèrent à respecter l’interdiction de la circoncision par Moïse :

“…d’anciens pharisiens devenus croyants intervinrent pour dire qu’il fallait circoncire les païens et leur enjoindre d’observer la loi de Moïse… Pierre se leva et dit : ‘… Pourquoi donc cherchez-vous à éprouver Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n’avons pu porter ?’” Actes XV, 5-10

Conclusion

L’interprétation judaïque du Deuxième Commandement est une falsification destinée à perpétuer la circoncision égyptienne à l’encontre de la religion hébraïque.

 

 


[1] Sigi Sigismond. The 2nd commandment forbids circumcision. A rapid response to “Is infant male circumcision an abuse of the rights of the child? Yes”. 12.12.2007. BMJ, 2007; 335: 1180.

http://www.bmj.com/rapid-response/2011/11/01/2nd-commandment-forbids-circumcision

[2] Römer T. Correspondance à l’auteur. 2010.

[3] Freud S. L’homme Moïse et la religion monothéiste. Paris : Gallimard ; 1986, p. 3.

(*) Moïse fut aussi le fondateur d’un des tout premiers systèmes juridictionnels à trois degrés (Exode 18 : 19-26). Cependant, les limites du leader charismatique qui d’un côté rassemblait son peuple pour lui réciter des poèmes, de l’autre n’hésitait pas à commettre le génocide des peuples qu’il rencontrait sur sa route, sont évidentes. En particulier, une loi formulée à la deuxième personne est celle d’un dictateur qui, s’affirmant Dieu, se réserve le droit de la violer.

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