Féminisme et mutilations sexuelles

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"Feminism ain’t about women,

that’s not who it is for;

it’s about a shift in consciousness

that will bring an end to war." Peete Seeger ("Which side are you on?")

 

"Cette blessure

"Qu'on voudrait coudre au milieu du désir,

"Comme une couture sur le plaisir

"Qu'on voudrait voir se fermer à jamais,

"Comme une porte ouverte sur la mort." Léo Ferré

 

"Et les requins mutilèrent...les femmes et les enfants d'abord !"

 

"Le prépuce est l'élément féminin du mâle."

William Van Lewis, cité par Georges Wald son professeur à Harvard et prix Nobel de médecine

 

Le clitoris étant le phallus féminin, toute excision qui y porte atteinte, ce qui est pratiquement toujours le cas, est un massacre destiné à interdire le plaisir aux femmes et réduire leur sexualité à la reproduction ; l’extrémité du clitoris, l’équivalent du gland (pas tout à fait comme nous le verrons), est supprimée ou gravement endommagée. La liste est longue de ses conséquences répertoriées par l’OMS, souvent gravissimes.

Complications immédiates :

5 à 15% de décès dus au choc physique ou psychique,

extrême douleur susceptible de provoquer arrêt cardiaque et mort,

risque élevé d'hémorragie,

risque élevé d'infections (tétanos notamment) et fièvre,

cicatrisation difficile.

Graves complications à long terme :

20% de décès et très fréquentes horribles complications à l’accouchement (accouchement difficile, déchirures particulières, hémorragie, césarienne, nécessité de réanimer le nourrisson, etc.),

Lésions des tissus et organes adjacents : fistules, prolapsus, cicatrices chéloïdes, kystes,

Nécessité d'opérations chirurgicales ultérieures. Par exemple lorsque la mutilation aboutit à la fermeture ou au rétrécissement de l’orifice vaginal (type 3), il faudra procéder à une réouverture pour permettre à la femme d’avoir des rapports sexuels et d’accoucher (désinfibulation). Ainsi, l’orifice vaginal est parfois refermé à plusieurs reprises, y compris après un accouchement, ce qui accroît et multiplie les risques immédiats et à long terme;

dysménorrhée,

stérilité,

dommages vaginaux,

dommages urétraux, vésicaux (incontinence, obstruction aiguë ou chronique des voies urinaires, cystites à répétition, pyélonéphrite, insuffisance rénale, douleurs à la miction, formation de calculs urinaires),

dommages intestinaux (incontinence, "femmes qui puent"), douleurs abdominales,

infections pelviennes et vaginales,

ulcérations génitales,

troubles de la sexualité (destruction d'un organe érectile, douleur pelvienne chronique, dyspareunie dans 56% des cas selon le docteur Foldès), frigidité (dans les deux tiers des cas),

risque plus élevé de contracter les IST.

Les dommages psychologiques : angoisse, stress post-traumatique, dépression et tentatives de suicide, faible estime de soi, etc., sont également importants.

(sources : OMS, Gynécologues sans frontières, American academy of pediatrics).

L'excision n'est jamais médicalement nécessaire, ce qui est très rare pour la circoncision (moins de 1% des hommes[1]). Les dommages physiologiques de la circoncision sont rarement[2] comparables à ceux de l'excision.

 

         Le motif fondamental des mutilations sexuelles est, pour les dirigeants la soumission du peuple, pour les parents celle des enfants, par la terreur inspirée aussi bien par une atroce torture que par une implicite menace d’éviration et de mort. Imaginer que, dans ces crimes, les mères seraient dupes des pères, relève de la naïveté ou de l'hypocrisie. Les mutilations sexuelles sont avant tout un instrument de la guerre des générations et secondairement seulement de celle des sexes. Ignorant cela, la plupart  des féministes se voilent la face de façon sexiste. Elles ne réalisent pas que, comme l'ont montré par les rabbins réformistes allemands, la circoncision est une pratique d'exclusion des femmes. La féministe américaine Miriam Pollack l’a amplement développé[3] ; juive orthodoxe mais opposée à la circoncision, elle a magistralement démontré que a circoncision est sexiste et phallocrate. Les féministes européennes devraient lui emboiter pas le pas pour se dresser contre les deux pratiques conjointement. Mis à part le traumatisme physique, l'excision et la circoncision visent à dominer garçons et filles par un redoutable traumatisme psychologique. Ce dernier a pour but l'inculcation d'une moralité contre nature ; elle se prétend plus pure, chaste, vertueuse mais discrimine les autres ethnies par l'hyper-racisme de supériorité morale fondée sur une différence physique chirurgicalement imposée aux enfants. Ce puritanisme est asséné à l’enfant au moyen d'un redoutable chantage affectif : "Si tu fais cela (autosexualité), si tu refuses la "circoncision", tu n'es plus mon enfant !" Il s'agit d'une menace de perte de l'amour, d'exclusion et donc de mort. Les mutilations sexuelles entravent l’autosexualité par la terreur, dans le but d'instrumentaliser l'individu et sa vie sexuelle. Les adultes en subissent le contrecoup sans s'en rendre compte.

         Ignorer cela, c'est passer à côté de l'essentiel du phénomène d'aliénation par le traumatisme infantile. Cette analyse rassemble les sexes contre l'emprise perverse, la domination physico-idéologique instaurée par les exploiteurs des deux sexes. Il ne faudrait pas confondre l'ennemi principal : les classes dominantes, femmes hommes confondus, avec "les hommes" tout aussi victimes que les femmes. Comme le bizutage, les mutilations sexuelles sont destinées à conforter le pouvoir des plus âgés sur les plus jeunes. Le bizutage est maintenant interdit par la loi. Il est aberrant que la circoncision ne le soit pas encore. L'homme et le garçon ont autant droit à leur prépuce que la femme et la fille à leur clitoris.

         Sans s'encombrer de ces considérations éthiques aujourd’hui largement développées[4], [5], les féministes misandres, le plus souvent occidentales, ne combattent pas l'excision du prépuce au motif que "c'est l’affaire des hommes". Elles ferment les yeux, de façon anti-stratégique, sur le fait que l'excision n'existe que dans les cultures circonciseuses. Leur attitude est grossièrement hypocrite puisque les mères sont complices du crime. Mais elle est surtout ignorante du fait culturel. D’une part le masculinisme circonciseur est complice, voire responsable de l’excision, d’autre part la langue elle-même assimile les deux mutilations : l'arabe (khetan) et plusieurs langues africaines emploient le même terme pour désigner excision et circoncision. Depuis des millénaires, les mythes africains font état de la symétrie des organes féminin et masculin spécifiques de l’autosexualité. Leurs exciseurs veulent en "purifier" l'individu, pour deux raisons fantasmatiques : ils procureraient trop de plaisir, ce qui inciterait à la débauche, ils ressemblent à ceux de l'autre sexe. Mais la raison profonde de l'excision est de garantir la fidélité et la paternité. La deuxième raison est celle de la moralité dévoyée dont nous avons parlé ci-dessus. Elle préfère atténuer le plaisir chez l’homme et le supprimer chez la femme plutôt que d’inciter l’individu à maîtriser ses pulsions. L’attitude féministe est également ignorante de la biologie. Concernant la fonction sexuelle, les deux organes doivent être rapprochés[6]. La très grande fréquence de l'absence, chez les circoncis, des "mini-orgasmes anéjaculatoires en série"[7] le prouve. Ces orgasmes ressemblent fortement aux orgasmes clitoridiens. Mini-pénis féminin, mini-vagin masculin, le clitoris et le prépuce sont les organes spécifiques du plaisir personnel. Certaines ethnies acceptent le fait, d'autres mutilent les garçons, certaines mutilent aussi les filles. Mais les sexistes sont également victimes du tabou qui désigne par des termes dépréciatifs la sexualité des enfants, si bien qu'elles amalgament les mineures et les femmes. Mais les mutilations sexuelles doivent être envisagées dans une vision dynamique, transgénérationnelle, et non statique, ce qui permet de faire peser la culpabilité non sur l'autre sexe mais sur l'ancêtre primitif qui, il y a des milliers d'années, les a inventées pour assurer sa possession sur son harem. Toutes et tous ont été victimes de parents violents, responsables de la violence des adultes que leurs enfants deviennent. "On ne naît pas femme/homme, on le devient."[8]. Le fait que, pour les deux sexes, la mutilation sexuelle donne droit au mariage montre bien qu'avant la mutilation, la jeune personne est considérée comme mineure. Car, comme la circoncision, l'excision frappe les mineures, les petites filles qui, pas plus que leurs frères, n'ont droit à la parole. Ces féministes méconnaissent le fait que la question est de savoir si l'autorité doit s'exercer par la violence éducative ordinaire du couteau, des fessées, des claques et autres humiliations, ou autrement. Leur optique de genre[9] [10], leur démarche idéaliste et maternaliste, leur haine des exciseuses plutôt que de l'excision, sont inappropriées. Si les hommes circoncis avec la complicité de leur mère sont de lointains complices de l'opération, contrairement à la rumeur diffusée par ces féministes, ce ne sont pas eux qui la financent ; le coût est faible et ce sont les femmes qui payent. Attribuer aux seuls hommes la responsabilité des mutilations sexuelles est donc irréaliste, sexiste et surtout inopérant. Les mutilations sexuelles sont particulièrement sévères dans l’ablation de l'organe érectile et de la vulve de la femme, pour ne rien dire des désastres à long terme fréquemment subis par les organes voisins. Mais ce fait est d'ordre purement physiologique. Il ne permet pas d'occulter les dimensions psychologiques et juridiques du phénomène. Les mutilations sexuelles des deux sexes sont un crime contre l'humanité.

         Dans les sociétés où la femme est une marchandise, l'excision ravale la sexualité féminine à la fonction de substitut du prépuce. Elle est ainsi le complément ultime, logique, de la circoncision. En effet, dans les cultures polygames, ces ablations, menaces d’éviration ou de mort, visent ou visaient d'un côté à imposer virginité et fidélité en réduisant les ardeurs des jeunes femmes par l'infirmité et la terreur, de l'autre, toujours par la terreur, à dissuader les fils de rivaliser avec leurs pères vis à vis des jeunes épouses. Inconsciemment, la circoncision menace tout autant la petite fille que le petit garçon. Les mutilations sexuelles sont ainsi l'un des instruments de la perversion de la relation femme-homme dans les sociétés patriarco-matriarcales (traitement de la femme comme une servante plutôt que comme une égale, réclusion à la maison ou sous la robe, souci obsessionnel de la pureté, négation du droit à l'éducation et au travail, vente comme marchandise, mariage forcé, interdiction du mariage avec les étrangers, répudiation, absence de droit au divorce, polygamie, impunité du viol, lapidation des adultères, crimes d' "honneur", obésité forcée, élongation des lèvres buccales ou vulvaires, du cou, repassage des seins, etc.). L'une des pires répressions de l'autonomie et de la sexualité de l’individu, elles traumatisent, terrorisent et culpabilisent l'enfant et l'adulte. Mais en prétendant à l’exclusivité de la mutilation sexuelle– c'est tentant dans le combat contre les mâles dominateurs – nombre de féministes occidentales pervertissent la problématique. Elles en font une affaire d'adultes alors que la mutilation est justement censée marquer le passage à l'âge adulte. Reposant sur une optique statique plutôt que dynamique et transgénérationnelle, cette interprétation fausse le sens profond de violences qui sont exercées sur les mineurs des deux sexes. Il faut dire et répéter qu'avant d'être féminines ou masculines, les mutilations sexuelles frappent les mineurs. Si elles visent la sexualité adulte autant que la sexualité infantile, elles s'exercent le plus souvent dans l'enfance ou la jeunesse. Il suffit pour s'en convaincre de constater qu'en Afrique, devant la réaction des autorités qui interdisent la mutilation féminine, ces dernières frappent de plus en plus jeunes les petites filles qui commencent à se défendre, avec l'appui de la police dans certains pays. Elles frappent même les bébés (avant 5 ans dans la majorité des cas selon l'UNICEF), parfois à la naissance, à l'hôpital, ce qui, dans certains cas (Indonésie), rend la mutilation pire que la mutilation traditionnelle.

         Ensuite, la circoncision des garçons, même lorsque elle est seule pratiquée, est une évidente menace d’éviration pour les enfants des deux sexes. Celles qui, avec l'effarante bénédiction de l'Académie de médecine, affirment :

"Je suis hostile à la circoncision, mais il n'y a pas un retranchement de l'organe avec perte de la fonction… "[11],

ignorent que le prépuce est un organe éminemment fonctionnel, pour trois raisons : la peau est un organe et le prépuce n’est pas une peau morte, c’est la lèvre protectrice de la muqueuse et de l’érogénéité du gland, c’est une zone érogène majeure. Elles vont jusqu'à dire :

"L'excision est une mutilation tout comme le serait la castration du gland… "

C'est inexact puisque d'une part l’ablation du gland interdit l'éjaculation et donc la reproduction[12], et que d'autre part il n'y a pas de restauration du gland. N'interdisant pas la reproduction, l'excision laisse intact le pouvoir de la femme. C'est une grande différence entre les deux mutilations.

         Les féministes devraient surtout admettre l'évidence psychologique que, comme semble le montrer la mutation génétique induisant une propension élevée au cancer du sein et des ovaires qui affecte une minorité de femmes juives ashkénazes, la circoncision menace lourdement les filles aussi, avec l'entier traumatisme afférent.

 

L'excision, "ce crime de mâles"[13]

         L'interprétation féministe attribue aux hommes la responsabilité d'un crime le plus souvent perpétré par les femmes et dont ces dernières sont d’ardentes avocates. En réalité, femmes et hommes sont complices quant aux mobiles : dominer la personne humaine en imposant la raison du plus fort par la terreur et en interdisant et culpabilisant le plaisir, à commencer par la sexualité infantile et juvénile.

         Dans leur aveuglement, ces féministes accusent les opposants aux mutilations sexuelles qui refusent de se focaliser sur les distinctions de genre sans, bien évidemment, dénier la gravité patente des dommages provoqués par l'excision, d' "amalgamer de façon suspecte" excision et circoncision. Elles n'hésitent pas à affirmer gratuitement que les deux mutilations n'auraient rien de commun, que la circoncision ne serait pas une mutilation et même qu'elle serait réalisée "pour le bien de l'enfant"[14]. Introduisant une discrimination sexiste dans le droit fondamental au corps et à la liberté religieuse, elles ignorent de surcroît d'une part le fait que le prépuce n'est pas seulement la lèvre du gland mais aussi un organe sexuel autant et même plus richement innervé que le clitoris et son rigoureux symétrique dans son rôle d'organe "féminin" de l’autosexualité, d'autre part la gravité des accidents de la mutilation masculine. De plus, d'une part elles font de l'excision une pure expression de la domination masculine comme si les exciseuses n'en étaient pas les agentes, d'autre part elles oublient que la circoncision est aussi une expression de la domination maternelle et une secrète vengeance contre les hommes. A les suivre, Awa Gréou serait une martyre de la domination masculine. Mais elles ont applaudi à sa condamnation à sept ans de prison ferme par la cour d'assises de Paris.

         L'attitude féministe tire sa puissance de séduction des terribles ravages provoqués par l'excision. Elle s'appuie aussi fortement sur la force de l'amour pour la mère dont elle utilise et préserve à la fois la pure et sainte image en la déchargeant de toute responsabilité. Dans le but inconscient de laisser cette image intacte, la thèse fémino-sexiste fait porter sur "les hommes" la responsabilité du crime des adultes.

         Mais elles amalgament avec raison les différentes sortes de mutilations sexuelles féminines : infibulation, excision du clitoris, de son capuchon, des grandes et petites lèvres ainsi que, comme insistait la militante africaine Khady Koïta, la mutilation par simple piqûre, soi-disant symbolique mais traumatisante et portant atteinte à la dignité humaine :

"Et quelques uns pensent qu'il faut garder le symbolique en effectuant une petite incision afin de faire couler un peu de sang, tout cela pour ce fameux respect des cultures. Mais nous voudrions dire aux médecins du monde entier que nous, les femmes, nous sommes contre tout acte de médicalisation, sous quelque forme que ce soit, qu'un médecin doit soigner, guérir, réparer, sauver une vie et non détruire, et surtout pas mutiler au nom du respect de coutumes ou de traditions néfastes à la santé."[15]

Complétant les termes de Khady, Ayaan Hirsi Ali, autre combattante renommée contre l'excision, compare cette piqûre symbolique à la circoncision :

"Strictement parlant, une incision du clitoris est moins dramatique que la circoncision masculine."[16]

C'est évident et les pédiatres de l'American academy of pediatrics ont bien mérité le tollé qu'ils ont provoqué aux Etats-Unis lorsque, en 2010, leur Comité a proposé cette piqûre dans le but d'éviter l'excision sur le sol américain. Bravo donc pour l'amalgame pleinement justifié de Khady ! D'abord parce que hiérarchiser l'horreur en classifiant les types de mutilation par ordre de gravité est improductif, ensuite, parce que n'importe quelle atteinte physique de la part des adultes provoque un traumatisme psychologique. Ce traumatisme est dû à l'humiliation de l'enfant forcé de subir une blessure au sexe et à la déchéance de l'adulte dans son rôle d'autorité capable d'enseigner la morale par la seule conviction de sa parole. Cette déchéance et cette humiliation sont vécues comme une trahison. Ignorer la mutilation de la partie féminine du sexe de l'homme n'est pas suspect mais coupable – sur fonds de misandrie – de déni de la réalité des dommages psychologiques et physiques de l'excision masculine. On exclurait le prétendu symbolique pour les femmes mais on le conserverait pour les hommes ? ! Honte à celles et ceux qui s'insurgent pour une goutte de sang des petites filles en oubliant les hémorragies et infections parfois mortelles des petits garçons[17] ! Il semble aussi que l'excision du capuchon du clitoris est moins douloureuse que la circoncision[18]. Si la déclaration de Madame Koita barre la route à l'excision, elle la barre aussi à la circoncision.

         Si l'excision est particulièrement sexiste de la part des pères, maris et frères complices, ce n'est pas à cause de son but identique à celui de la circoncision : la domination des jeunes par mise sous terreur inconsciente, mais à cause de son odieuse inconscience des ravages qu'elle provoque. Ceux-ci sont aujourd'hui minimisés par l'excision "propre", pratiquée à grande échelle sous anesthésie dans les hôpitaux africains et indonésiens. Car on en arrive au stade où les répressifs réducteurs de la sexualité bien vite dite infantile tentent de faire passer l'excision pour une opération purement cosmétique, symétrique de celle du prépuce, sans tenir compte de la perte d'un organe érectile considéré comme contraire aux bonnes mœurs. Cependant, le génie chirurgical parvient aujourd'hui à restaurer le clitoris dont les terminaisons nerveuses subsistent, enfouies sous la cicatrice. Leur mise à jour permet d'arrêter la douleur et de récupérer quelque usage de l'organe éradiqué. Mais aucune chirurgie ne rendra jamais aux circoncis leur prépuce.

         En résumé, les féministes sexistes commettent deux erreurs : une du côté des agents : masquer le conflit des générations derrière la guerre des sexes en accusant "les hommes", ce qui innocente les femmes et les classes dominantes, une du côté des victimes : discriminer leurs propres fils en refusant de les protéger, comme s'ils étaient des adversaires. Tout cela masque le véritable but des mutilations sexuelles et autres atteintes au corps humain : dominer la population, plus particulièrement la jeunesse et les femmes, pour l'exploiter. Ceux qui luttent sans arrière-pensées contre toute forme d'atteinte à l'intégrité physique, la dignité et l'autonomie de la personne humaine en son âge le plus vulnérable ne s'attardent pas à des comparaisons contre-productives. Comme Marilyn Milos aime à le dire, "Il est impossible de distinguer les hurlements des enfants qui passent sous le couteau."

         Une féministe anonyme met les choses au point sur un forum africain :

"Les femmes occidentales récupèrent la lutte des femmes africaines contre l'excision et en font une pratique discriminatoire des hommes africains à l'égard de leurs femmes. C'est contre cette politique de division que se sont soulevées les femmes noires en protestant contre le "maternalisme des femmes blanches" et en créant leur propre concept de lutte qui prend en compte d'abord les femmes dans ce qui constitue leur essence même et leur complémentarité d'avec les hommes. C'est "Africana Womanism", inventé par une africaine-américaine, qui est différent du concept du féminisme européen qui a une posture de combat et d'opposition entre les hommes et les femmes…

Oui l'excision est néfaste pour la santé de nos femmes. Il faut l'éradiquer. Nous nous efforçons de le faire aussi vite que possible mais dans l'esprit de préserver la paix et la cohésion sociales et non dans l'esprit d'opposition entre hommes et femmes en insinuant qu'elle est une pratique discriminatoire envers nos femmes. Là où elle apparaît ainsi, c'est à cause de l'apport extérieur de la religion islamique qui accorde une place subordonnée à la femme."[19]

La grande raison pour laquelle les africaines ne sont pas, comme les occidentales, sexistes à propos de l'excision, est qu'elles éprouvent toutes dans leur mental, et parfois dans leur propre chair, que leurs hommes et leurs enfants sont eux-mêmes mutilés.

         Ce qui précède reste discret sur le racisme de "La case de l'Oncle Tom" des féministes occidentales. Ce dernier éclate dans leur détermination farouche à faire condamner les exciseuses qui, en Europe, gagnent leur vie par ce moyen. Les tribunaux français et Maître Linda Weil-Curiel, spécialiste de la défense des victimes de l'excision, semblent oublier deux principes fondamentaux du droit pénal : "Il n'y a pas de crime ou délit commis sans intention de le commettre." (article 121-3 du code pénal) et : "N'est pas pénalement responsable la personne qui a agi sous l'empire d'une force ou d'une contrainte à laquelle elle n'a pu résister." (article 122-2), qui interdisent tout peine pénale pour les mutilations sexuelles. Il est scandaleux que des personnes appartenant à des cultures qui n'ont pas les mêmes valeurs que les nôtres soient condamnées illégalement. Seuls des dommages et intérêts civils élevés doivent décourager les mutilateurs.

         Rosemary Romberg-Weiner, féministe américaine militante contre la circoncision, tient un discours similaire à celui des féministes africaines, et elle n'est pas la seule[20] :

"On s'est beaucoup étendu sur le féminisme. La reconnaissance des droits des hommes gagne aussi du terrain. Mais le moment est venu de dépasser cela. Dans une arène où un genre est braqué contre l'autre, aucune bataille ne sera gagnée. Nous devons plutôt reconnaître que nous sommes tous des humains ensemble sur cette planète. Nous devons nous battre pour la libération humaine. Permettre l'intégrité et la complétude des corps de nos propres enfants, reconnaître et guérir nos propres blessures n'est qu'une étape sur cette route."[21]

 

         Pour conclure, de même qu'est ignoble l'hypocrisie des pères qui dénient toute responsabilité dans l'excision de leurs filles : "C'est l'affaire des femmes.", de même les mamans qui, comme les "Chiennes de garde", affirment que la circoncision serait une affaire d'hommes pour refuser de s'insurger contre, éludent autant leur responsabilité maternelle que le lien de cause à effet entre la circoncision et l'excision. Cette attitude est aveuglément contre-productive alors que les hommes sont susceptibles de lutter plus efficacement que les femmes contre l'excision.

 

CLITORIS ET PRÉPUCE

par Susan Peer

Une vue féminine sur la façon d'éduquer les autres au sujet de la mutilation sexuelle masculine

Un point de vue féminin

Si je parle à des femmes de la circoncision et qu'elles ont l'air de ne pas comprendre, je me fais personnelle. Quelquefois, je raconte une histoire (cela marche probablement mieux entre femmes). Je leur dis :

Imagine que tu es admise à l'hôpital pour une chirurgie mineure. Au réveil de l'anesthésie, tu t'aperçois que tes lèvres internes et le capuchon de ton clitoris ont été enlevés.

Lorsque tu rencontres le docteur, il t'explique que ces tissus ont été enlevés parce qu'ils étaient "inutiles", non nécessaires au fonctionnement sexuel.

Il poursuit en disant que tu seras plus à l'aise et que tu auras moins d'odeurs, qu'il y aura moins de chances d'infection et qu'il ressent que tu auras "meilleure" apparence, plus esthétique.

Il dit que lorsqu'il a exposé tous les "risques" et "bénéfices" à ta famille, ils ont approuvé, par écrit.

Comment te sentirais-tu ?

Et maintenant, imagine que tu n'étais pas endormie mais que tu résistais mais qu'ils l'ont fait quand même.

Si elles ne comprennent pas tout de suite, elles comprennent plus tard, lorsqu'elles sont seules.

Susan Peer

Parents of Intact Sons. Information about the advantages of keeping your sons intact and support group for parents of intact boys.

Susan Peer, RR 1, Box 1324- A, East Stroudsburg, PA 18301. Tel: 717-223-1337.

 

[1] http://www.photius.com/rankings/circumcised_men_country_ranks.html

[2] http://ulwaluko.co.za/Photos.html

[3] Pollack M. Circoncision : identité, genre et pouvoir. Traduction de "Circoncision : identité, genre et pouvoir", de Miriam Pollack | Michel Hervé Bertaux-Navoiseau - Academia.edu

[4] Earp B. Female genital mutilation (FGM) and male circumcision: Should there be a separate ethical discourse?

[5] Carmack A. Female genital mutilation,” “circumcision,” “gender-conforming surgery”: why the double standard? http://adriennecarmack.com/female-genital-mutilation-circumcision-gender-conforming-surgery-why-the-double-standard/

[6] Bertaux-Navoiseau M. Lèvre érogène et protectrice d'érogénéité, le prépuce est un organe sexuel ; son ablation est une mutilation.

[7] Bertaux-Navoiseau M. Un sondage préliminaire : 81% des circoncis ignorent les mini-orgasmes anéjaculatoires en série, 91% des intacts en jouissent

[8] Beauvoir S. Le deuxième sexe.

[9] Pollack M. Circoncision : identité, genre et pouvoir. Traduction de "Circoncision : identité, genre et pouvoir", de Miriam Pollack.

[10] Zoske J. Male circumcision : a gender perspective. Journal of men's studies, 1998 6 (2), 189-208.

[11] Weil-Curiel L. Colloque "Mutilations sexuelles féminines. Un autre crime contre l'humanité." (Académie nationale de médecine). Aspects judiciaires : l'excision et la loi. Supplément au Bulletin de l'Académie nationale de médecine 2004, 188 (6), 114.

[12] Money J. Components of eroticism in man. II. The orgasm and genital somesthesia. J nevr mental dis 1961 (132): 290.

[13] Veil S. Préface du supplément à Bull. Acad. Nat Méd, 2004, 188, n° 6, 10 juin 2004.

[14] Veil S. Lettre du 20 décembre 2006 à l'auteur. In Bertaux-Navoiseau M. Simone Veil lamentable, communautariste et sexiste sur la circoncision.

[15] Koïta K. Contexte historique et socio-culturel des violences infligées aux femmes. Supplément au Bulletin de l'Académie nationale de médecine 2004, 188 (6), séance du 10 juin 2004 : colloque "Les mutilations sexuelles féminines, un autre crime contre l'humanité. Connaître, prévenir, agir", p. 73-78.

[16] http://thelibertarianrepublic.com/think-male-circumcision-worse-incision-girl-aayan-hirsi-ali/

[17] http://ulwaluko.co.za/Photos.html

[18] https://elles176.wordpress.com/2018/06/22/female-genital-mutilation-survivors-elles-share-their-stories/

 

[19] http://www.grioo.com/forum/viewtopic.php?p=45371 (message 129, 25.3.4)

[20] Steinfeld R. Male circumcision is a feminist issue too. (77) Male Circumcision is a Feminist Issue Too | Rebecca Steinfeld - Academia.edu.

[21] Romberg R. Male Circumcision as a Feminist Issue.

http://www.noharmm.org/feminist.htm.

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