Abraham et la circoncision, l'énigme des deux Alliances (Gen 15 et Gen 17)

            Notre découverte que le Deuxième Commandement interdit la circoncision nous a valu l'appui du Professeur Thomas Römer, titulaire de la chaire "Milieux bibliques" du Collège de France :

"Vous avez raison d'affirmer que Gen 17 présente une autre vision de la circoncision que Gen 15 ou le Deutéronome. Les rédacteurs "laïques" étaient apparemment moins intéressés par cette pratique voire même opposés à celle-ci. L'expression "circoncision du cœur" pourrait même contenir une position polémique contre la "circoncision de la chair.[1]

            Mis sur la voie par l'éminent exégète qui a démontré que la Bible était un livre d'histoire avant de devenir un livre religieux et instruits par les découvertes relatées dans "Les secrets de l'Exode"[2], [3], que nous renforçons, nous avons pu expliquer les importantes différences entre l'Alliance de Genèse 15 et celle de Genèse 17.

 

1/ Première différence : alors que Genèse 17 impose la circoncision, Genèse 15 n'en dit pas un mot

            Nous allons voir que Genèse 15 relate l'abolition de la circoncision par le jeune Abram. C'est pourquoi, en Genèse 17, elle lui fut imposée, non par dieu mais, selon la découverte des frères Sabbah, par un tyran.

 

2/ Deuxième différence : Genèse 17 impose la circoncision à la naissance

            L'exigence de la circoncision à la naissance de Genèse 17 (deuxième grande différence avec Genèse 15) fut le seul moyen de remettre en vigueur une pratique dont les adultes ne voulaient pas pour eux-mêmes. Ils durent la subir, à Gilgal (Josué, 5 : 2-9), après la mort de Moïse.

 

3/ Troisième différence : Genèse 15 promet à Abram toute l'Egypte, Genèse 17 le bannit au pays de Canaan

            Les égyptologues Messod et Roger Sabbah ont découvert que les premiers Juifs furent une secte égyptienne localisée dans la ville d'Akhetaton (Tell el Amarna), où le jeune Abram (le pharaon Akhenaton ou Aménophis IV) fonda un monothéisme. De plus, nous allons voir qu'il abolit les mutilations sexuelles (excision et circoncision). Une pareille hérésie fut insupportable au reste du pays et, après sa mort, les dissidents et leur chef Moïse furent bannis dans une ancienne colonie à reconquérir : la Palestine. Les frères Sabbah ont montré que le "Dieu" de Genèse 17 était le régent (ou vizir) Ay (Adonaï, le Joseph de la Bible), devenu pharaon (un Dieu vivant) après la mort d'Akhenaton. Plus tard, devenu Ramsès 1er (Ra-Mesou) à la mort d'Ay, Moïse reprit le flambeau du monothéisme et fut un adversaire de la circoncision bannie de l'Alliance au Sinaï. Selon les frères Sabbah, Akhenaton-Abraham est né au palais royal de Thèbes, la capitale de l'Egypte, et non à Ur. C'est dans les prisons de Babylone que, pour obtenir leur libération en faisant croire aux Assyriens qu'ils étaient originaires d'Assyrie, les Hébreux ont inventé ce mensonge. Mais revenons aux origines, au chapitre 15 de la Genèse :

"Je suis l'Éternel, qui t'ai sorti d'Our-Kasdim, pour te faire donation(*) de ce pays. "Il répondit "Dieu-Eternel, comment saurai-je que j'en hérite?" Il dit "Prépare-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, 

une tourterelle et un jeune pigeon." Abram prit tous ces animaux, divisa 

chacun d'eux par le milieu et mit chaque moitié en regard de l'autre, mais 

il ne divisa point les oiseaux. Les oiseaux de proie s'abattirent sur les corps 

Abram les mit en fuite." (Gen 15,7-11, traduction du rabbinat, Editions Colbo)

Ce passage s'interprète à la lumière des rituels judaïques qui énoncent symboliquement la loi 

jusque dans les menus des repas de fêtes. Il raconte de façon imagée, indéchiffrable par les 

Assyriens, la toute première "alliance" entre le jeune Abram et son père le pharaon, Seigneur et maître du pays. Lmise à part des oiseaux semble mystérieuse ; pourquoi Abram ne les coupe-t-il pas comme les autres animaux ? Mais tout simplement parce qu'il n'y a nul besoin de "couper" des êtres qui, à la différence des mammifères, n'ont pas de prépuce. Si bien que le partage des autres animaux symbolise la circoncision et que ce sacrifice animal se substitue au sacrifice humain des mutilations sexuelles (il est vraisemblable qu'en Egypte, les deux sexes subissaient la mutilation). En conséquence, ce verset de la Bible abolit les mutilations sexuelles (excision et circoncision) dans la ville concédée par le père à son filsEn prenant soin que les cadavres restent exposés à la vue du peuple, Abram exprime son 

horreur de la barbarie des mutilations sexuelles. Donnant une image olfactive de la répulsion que lui inspirent ces coutumes primitives, il témoigne de l'importance qu'il accorde au respect de l'intégrité du corps humain.

            Cette première Alliance (entre Aménophis III et son fils) porte sur toute la terre égyptienne promise au fils par le père :

"Ce jour-là, l'Eternel conclut avec Abram un pacte, en disant "J'ai octroyé à ta race ce territoire -depuis le torrent d'Egypte jusqu'au grand fleuve, le fleuve Euphrate(Gen 15 :18)

et même sur la grande Egypte incluant l'Assyrie, cela est en parfait accord avec la thèse des "Secrets de l'Exode" qu'Abram était le fils du pharaon Aménophis III. Mais rien sur le pays de Canaan et il n'est question ni de rallonger le nom d'Abram ni de lui raccourcir le pénis ou ceux des nouveau-nés.

 

Cependant, l'Alliance de Genèse 17 fait allusion à cette première alliance :

"Je maintiendrai mon alliance avec toi,"(17:2),

L'Alliance de Genèse 15 est ainsi de façon certaine la toute première Alliance entre l' "Eternel" (la lignée des pharaons) et Abram. Mais à l'évidence, les termes de l'Alliance et les personnes ne sont plus les mêmes ; Abram a vieilli et il n'a plus affaire à son père mais au régent qui a pris le pouvoir.

 

            En effet, selon les frères Sabbah, très religieux, Abram n'était pas intéressé à diriger l'Egypte. Ilaissa le pouvoir au Régent Ay qui devint le "Seigneur" et "Dieu" du pays où il maintint les mutilations sexuelles et le polythéisme.

            Mais l'hérésie d'Abram provoquait des troubles. En Genèse17, ne supportant pas une hérésie monothéiste sur le sol égyptien, Ay bannit Abram au pays de Canaan et lui impose la circoncision. Il cède sur la dramatique excision des filles mais remet en vigueur la circoncision, à la naissance pour éviter toute résistance. Abraham et ses fidèles n'obéirent pas à l'ordre de bannissement mais résistèrent et maintinrent 

le monothéisme à Akhetaton pendant le reste de sa vieauprix du conflit qui sera résolu

 par l'Exode. Le peuple résista à la circoncision des bébés les frères Sabbah affirment 

que ce fut la dixième plaie (p. 393) car, dans des conditions dhygiène douteuse, elle provoquait de nombreux décès. Nous mettons donc fin à la fable dune circoncision par obligation divine. Aucun Dieu nest venu remettre en question lidentité humaine, sa propre création. Seul un tyran pu imaginer pareille abomination.

 

            Jointe à celle concernant le Deuxième Commandement, cette découverte relativise fortement la circoncision comme l'un des fondamentaux du judaïsme, lequel s'est distingué de la religion primitive par le monothéisme bien sûr, mais aussi par l'abandon des mutilations sexuelles. Ljudaïsme originel, authentique, est né en réaction aux mutilations sexuellesréaction qui duré jusquà la mort de Moïse.

 

            Attribuer à Dieu plutôt qu'à un tyran l'ordre de castrer les enfants de leur organe autosexuel est le plus monstrueux mensonge de l'histoire de l'humanité. Cette falsification de la Bible fut très postérieure aux événements qu'elle relate. Prêter la circoncision et le don de la terre de Canaan à un Dieu immatériel plutôt qu'au Pharaon eut un but politique : donner un fondement indiscutable à la présence des Juifs en Palestine.

 

 

ARTICLESLIES

- "Les trois Alliances et la circoncision, une polémique trimillénaire ; la Bible falsifiée, revisitée par l'exégèse moderne (Genèse 15, Genèse 17, Exode 4 : 24-26 et le Deutéronome)"

 

- "Les secrets de l'Exode", un livre de Messod et Roger Sabbah présenté par J-M Tasset

 


[1] Römer T. Correspondance à l'auteur. 2010.

[2] Sabbah M. et R. Les secrets de l'Exode. Paris Jean-Cyrille Godefroy 2000.

[3] cf. la première page du Figaro du 20 septembre 2000.

(*) plutôt que "donner en possession", selon des rabbins américains qui apportent ainsi 

un nouvel argument à la thèse de Messod et Roger Sabbah qu'Abram était le fils du pharaon Aménophis  III. Le sacrifice symbolise l'obligation 

alimentaire que le pharaon demande à son fils en échange de la donation de la ville d'Akhetaton.

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