La circoncision hygiénique, mythe ou réalité ?

La circoncision hygiénique, mythe ou réalité ?

 

"Il n'existe aucune preuve convaincante que la circoncision soit "utile ou nécessaire en termes de prévention ou d'hygiène."

Royal Dutch medical association (KNMG)

"On ne fait pas cent opérations chirurgicales pour prévenir un "seul cas..." Dean Edell

 

Introduction

Statistiquement contradictoires, les résultats prophylactiques de la circoncision sont très controversés (infections par remontées urétrales, cancer, MST, SIDA). Cette controverse n'a d’ailleurs lieu qu'aux Etats-Unis. En Europe, seules trois sociétés médicales nationales (Royaume-Uni, Hollande, Conseil national du SIDA français) se sont penchées sur la question ; ce fut pour condamner la circoncision. Concernant le SIDA, l'avantage de la circoncision est très débattu et seulement prôné pour les populations à pratiques hautement risquées (Afrique du Sud). Quoi qu'il en soit, on doit rappeler que la déontologie médicale n’autorise les amputations pour motif préventif que dans les cas rarissimes de probabilité élevée (cancer du sein chez les juives ashkénazes affectées d’une mutation génétique) et en aucun cas sur les enfants. La circoncision pour motifs religieux ou traditionnels rencontre donc une forte opposition éthique et légale (Conventions internationales). Elle soulève à juste titre l'indignation des défenseurs des droits de l'enfant. 

Les infections des nourrissons par remontée urétrale

            Winberg et ses collègues suédois[1], (*) ont renversé le principal argument des tenants de la circoncision : les nouveau-nés étant naturellement immunisés contre les colibacilles familiaux, les infections infantiles par remontée urétrale par ailleurs faciles à soigner ne se produisent pas lorsque l'intimité du couple mère-enfant est respectée. En effet, ces infections adviennent surtout lorsque l'enfant, séparé de sa mère, est exposé à la contagion nosocomiale. Les recommandations de Leboyer trouvent ici un écho inattendu.

Les infections post-circoncision

            Concernant les infections post-opératoires, l'épidémie de staphylocoque doré résistant à la méticilline (SDRM) est terriblement mortelle[2], plus que le HIV qui ne frappe pas les enfants. Elle frappe deux fois plus[3], [4] les nouveau-nés circoncis. Le taux de mortalité par le SDRM aux USA est de 6,3 pour 100 000 contre 4,4 pour le HIV[5]. En prônant la circoncision contre le SIDA, les hypocrites ennemis de la sexualité infantile ne tiennent aucun compte de cette mortalité, pire que celle qu'ils prétendent prévenir.

M.S.T.

            Quoi qu'il en soit, contrairement à la rumeur, la circoncision semble globalement sans incidence sur les M.S.T.6, 14, 15, 18, 21, 22,[6], [7], [8], [9], [10], [11], [12] et l'alibi prophylactique ne tient pas. Selon l'enquête de Laumann22, menée sur 1 511 sujets, les circoncis courent un risque nettement plus élevé pour deux MST ; ils sont 25 fois plus exposés aux chlamydiae et 2 fois plus à l'herpès. Pour ces deux mêmes maladies cependant, l'enquête de Cook108 sur 2 776 sujets donne un résultat neutre. Elle indique aussi une certaine protection des circoncis contre la syphilis et la gonorrhée mais ils sont davantage sujets aux verrues génitales. Une enquête109 menée pendant deux ans sur 2 655 sujets tirés au hasard conclut que la circoncision est sans incidence sur la gonorrhée, les chlamydiae et les trichomonas. La quatrième importante étude statistique menée sur un échantillon aléatoire22, montre une remarquable indifférence des MST au statut de circoncision mais elle n'a pas concerné le SIDA. Compte tenu de ces résultats parfois contradictoires, il semble que vis-à-vis des MST autres que le SIDA et l'herpès, qui est surtout une maladie du stress, la circoncision est neutre. Cependant, lutter contre les infections est aujourd'hui facile.

            Les enquêtes concordent pour affirmer que les circoncis sont relativement protégés pour le SIDA mais Talbott[13] a montré que la prostitution, et non le prépuce, est le grand vecteur de la pandémie en Afrique. L'effrayante étendue de l'épidémie de SIDA dans ce continent a cependant, une fois de plus, entraîné la culpabilisation d'un prépuce décidément bouc émissaire favori de la phobie puritaine. Faute d'intégrer les facteurs éthiques et comportementaux, les enquêtes statistiques[14],[15], [16] qui ont montré une importante diminution du risque grâce à la circoncision (60% sur 14 mois, 50% sur 15 mois), quelque fascinants que puissent être ces résultats, sont susceptibles d'être gravement trompeuses. Le prix élevé de la perte du prépuce du grand nombre n'est pas justifié par des conclusions hâtives110, 111 et Annexe VI. Si l'on ajoute la vulnérabilité génétique[17] et celle provoquée par le schistosoma mansoni[18], on est bien forcé de relativiser le rôle du prépuce. Car l'exemple du Japon (premier consommateur mondial de préservatifs) où les MST, et notamment le SIDA, sont rares, prouve au monde entier que rien ne remplace la véritable hygiène ou le préservatif. Le prépuce est beaucoup plus facile à nettoyer que les ongles ou les dents et on n'arrache pas ces dernières pour prévenir les caries. Par contre, comme confirmé par l'enquête menée par les autorités du Kenya[19], la répugnance des circoncis à l'utilisation du préservatif20 – due à la moindre sensibilité de leur gland – est certainement la grande cause de l'importance de l'épidémie de SIDA aux États-Unis et en Afrique. La circoncision de la majeure partie de la population n'a protégé du SIDA ni les USA – le pays développé où l'épidémie a fait le plus de ravages – ni l'Afrique. Par ailleurs, lorsque la cicatrice est fragile, elle est une porte d'entrée pour les infections.

Les verrues génitales

            Les verrues génitales causées par le papilloma virus frappent environ 6% de la population. Une étude[20] indique que les circoncis en sont deux fois plus atteints.

Le cancer du pénis

            En ce qui concerne le cancer du pénis, il est extrêmement rare et son taux de mortalité est très faible : 1/100 000 aux USA[21] où la majorité des hommes sont circoncis mais seulement 0,82/100 000 au Danemark où très peu le sont. L'American Cancer Society[22] affirme qu'il est lié au manque d'hygiène, au tabagisme et aux pratiques à risque. Il ne faudrait pas que l'inconduite de quelques uns provoque pour la totalité de la population masculine non seulement la perte de jouissance mais encore la mortalité et autres accidents dus à la circoncision.

Le cancer du cervix

Le cancer du cervix a parfois été imputé à l'absence de circoncision mais une étude a montré qu'elle est sans effet sur la transmissibilité du HPV[23].

Conclusion

            L'argument hygiéniste est le leitmotiv des ignorants, soit, sauf exception, les dames et les circoncis (le plus souvent originaires des pays chauds). Il ne résiste pas au fait que les animaux et 80% des humains vivent entiers sans problème particulier. D'une part des milliards d'hommes vivent avec leur prépuce même sous les tropiques, d'autre part des ethnies de circoncis et d'intacts vivent souvent côte à côte (Hutus et Tutsis, Kikuyus et Luos, Zoulous et Xhosas). Si les intacts se portaient plus mal, cela se saurait. Cet argument est d'autant plus dangereux qu'il paraît se fonder sur un savoir empirique tirant sa force de l'antiquité de la pratique, ce qui a impressionné quelques occidentaux. Le mythe du grain de sable qui entrerait dans le prépuce dans le désert[24] semble faire allusion à l'acte d'Onan, comme si la poussière du sol lui remontait dans le prépuce. Parmi les médecins militaires, seuls, à la différence de leurs homologues allemands, français, italiens, japonais[25] et vietnamiens, ceux des pays anglo-saxons, influencés par le puritanisme, l'ont utilisé pour imposer l'opération aux jeunes recrues. Le mythe hygiéniste tente d'accréditer l'idée que la circoncision est faite pour le bien de l'enfant. Les vraies raisons sont beaucoup moins avouables.

            L'éthique interdit la mutilation pour motif prophylactique. Cette règle est tout particulièrement vraie pour une opération portant sur un organe sexuel mais elle l'est davantage encore en ce qui concerne les enfants ; ils ne doivent pas être victimes des pratiques sexuelles à risques de leurs aînés. La répression de l’autosexualité semble être le véritable argument, aujourd’hui informulé, des partisans de la circoncision. Selon le phantasme de Kellog et quelques autres, l’autosexualité serait immorale, débilitante et rendrait les troupes inaptes à la guerre.

 


[1] Winberg J., Bollgren I., Gothefors L., Herthelius M.,Tullus K.The prepuce : a mistake of nature ? Lancet, 1989 ; 1 : 589-96. http://www.cirp.org/library/disease/UTI/winberg-bollgren

(*) Sigismond. Letter to the Editor; BJU Int 2003, 91 : 429-30.

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1046/j.1464-410X.2003.04113.x/full

[2] Epidemic methicillin-resistant staphylococcus aureus: dramatically increased risk for circumcised newborn boys.http://www.doctorsopposingcircumcision.org/DOC/mrsa.html#n40

[3] Thompson D., Gezon H., Rogers K. et al. Excess risk of staphylococcus infection and disease in newborn males. Am J Epidemiol 1965;84(2):314-28.

http://www.cirp.org/library/complications/thompson1965/

[4] Enzenauer R, Dotson C, Leonard T, et al. Male predominance in persistent staphylococcal colonization and infection of the newborn. Hawaii Med J 1985;44(9):389-90, 392, 394-6.

[5] National organization of circumcision information resource centers. MRSA deaths in the US exceed AIDS deaths: circumcision is a culprit. http://hivreports.com/article.cfm/id/234497

[6] Cook L., Koutsky L., Holmes K. Circumcision and sexually transmitted diseases. Am j pub health 1994 ; 84: 197-201.

[7] Van Howe R. Does circumcision influence sexually transmitted diseases ? BJU int 1999 ; 83 (suppl. 1) : 56-62. http://www.cirp.org/library/disease/STD/vanhowe6

[8] Dickson N. Circumcision and risk of sexually (sic) transmitted infections in a birth cohort. J of ped, 2008 ; 152 (3) : 383-387.

[9] Green L. McAllister R., Peterson K., Travis J.Male circumcision is not the HIV 'vaccine' we have been waiting for! Future HIV therapy 2008, vol. 2 (3) : 193-199.

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[10] Garenne M. Long term population effect of male circumcision in generalised HIV epidemics in sub-Saharan Africa. African journal of AIDS research 2008, 7 (1) : 1–8.

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[11] Mehta S.,Moses S.,Agot K.,Parker C., NdinyaAchola J.,Maclean I. and Bailey R. Adult male circumcision does not reduce the risk of incidentneisseria gonorrhoeae, chlamydia trachomatis,ortrichomonas vaginalisinfection: results from a randomized, controlled trial in Kenya. J infectious dis 2009, 200 (3) : 370–378.

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[13] Talbott J. "Size matters: the number of prostitutes and the global HIV/AIDS pandemic".

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66http://www3.niaid.nih.gov/news/QA/AMC12_QA.htm

[16] Gray H, Kigozi G, Serwadda D, et al. Male circumcision for HIV prevention in young men in Rakai, Uganda: a randomized trial. Lancet 2007 ; 369 : 657–66.

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[18] Chenine A.-L., Shai-Kobiler E., Steele L., Ong H., Augostini P., Song R., Lee S., Autissier P., Ruprecht R., Secor W. Acute schistosoma mansoni infection increases susceptibility to systemic SHIV clade c infection in rhesus macaques after mucosal virus exposure. PLOS neglected tropical diseases, July 2008.

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[19] 2009 Kenya Aids Indicator Survey (Kais)

[20] T. Dinh. Genital warts among 18- to 59-year-olds in the United States, National health and nutrition examination survey, 1999-2004.Sexually transmitted diseases 2008 ; 35 (4) : 357-360.

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[21] American cancer society. What Are the Key Statistics About Penile Cancer?

http://www.cancer.org/docroot/CRI/content/CRI_2_4_1X_What_are_the_key_statistics_for_penile_cancer_35.asp?rnav=cri

[22] American cancer society. Can Penile Cancer Be Prevented?

http://www.cancer.org/docroot/CRI/content/CRI_2_4_2X_Can_penile_cancer_be_prevented_35.asp

[23] VanBuskirk K. et al. Circumcision and acquisition of human papillomavirus infection in young men. Sexually Transmitted Diseases, 2011, 38 (12).

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[24] Darby R. The riddle of the sands : circumcision, history and myth. J hist med allied sci 2005 ; 60 (3) : 283-319.

[25] Wallerstein E. Circumcision : the uniquely American medical enigma. Urol clin North Am 1985 ; 12 (1) :123-132. http://www.cirp.org/library/general/wallerstein/

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