MIchel Hervé Bertaux-Navoiseau
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Billet de blog 25 août 2022

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La circoncision, antigoyisme ou judéophobie ? L'A.M.E. et Soral contre Zagdanski

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La circoncision, antigoyisme ou judéophobie ? L'A.M.E. et Soral contre Reyes et Zagdanski (hauts de forme contre chapeaux melons, rouges contre gris) Dans la cité financière de Londres, les hommes d'affaires juifs ne portent plus le chapeau melon (il était encore en usage dans les années soixante). Le haut de forme aussi n'est plus à la mode. Mais dans "Socrate à Saint Tropez" , Alain Soral, admirateur de Maurras et un bras-droit de Le Pen, titre ainsi la citation suivante : "ZADANGSKI, STEPHANE ou l'antigoyisme primaire "Dans ma tête de gamin, un pénis non circoncis, ça ressemblait à un sexe de chien, l'aspect irrégulier, le petit bout rouge vif... Ca ne me paraissait vraiment pas esthétique comparé à mon pénis à moi ou à celui de mes frères. Je me souviens d'une douche prise avec un ami en classe de neige, on avait quoi, neuf dix ans, et il m'avait montré à quoi ressemblait son pénis, m'expliquant comment il devait le laver, chaque jour, parce que sinon ça risquait de s'infecter ou de devenir sale. Il m'avait montré toute l'opération, j'étais assez étonné, je n'avais jamais vu cela de ma vie. Je n'avais jamais vu surtout un gland tout rouge comme ça, et ça m'a évoqué immédiatement, très subjectivement, un chien en érection – tel que j'avais pu en voir à la campagne ou même en ville. Sensation d'une grande différence, donc, d'une part entre moi et les femmes, anatomiquement, et entre moi et les non-Juifs, la majorité. Autrement dit entre moi et tous les autres. Avec tout de même un léger complexe de supériorité à cause de cette révélation-là, à savoir que les pénis des non-Juifs ressemblaient à des sexes de chiens." Et il commente : "Ce texte arrogant et stupide – qui n'est pas sans rappeler certaines métaphores animalières sur les rats à la queue coupée qu'affectionnait particulièrement la propagande nazie – démontre à quel point, si le génie juif tient à ses conditions d'existence, le confort, la complaisance narcissique, l'impunité et la paresse intellectuelle qui en découlent l'ont gravement entamé…" On peut déplorer à quel point, depuis quelque temps, le mépris et la bêtise ont pu changer de camp… " Ces témoignages sont symptomatiques du fait que si les enfants sont les premières victimes du caractère ségrégationniste et discriminatoire des mutilations sexuelles, l'adulte Soral aussi est fortement atteint. Car seule une paranoïa galopante peut comparer cet innocent et courageux passage avec la propagande nazie et l'accuser d'antigoyisme. Bien sûr, les impressions d'enfant de Zadganski font penser à l'insulte banale : "Chien d'incirconcis !" que Soral, dans son inconscience raciste, est bien incapable de rappeler. Bien sûr, elles ignorent les avantages de la possession d'un prépuce. Mais est-ce de sa faute ? Alors que la Bible a institutionnalisé un narcissisme qui sanctifie la mutilation en en faisant non seulement la réalisation d'une injonction divine mais encore un signe d'alliance avec Dieu et une condition d'élection ethnique par lui, la révélation des fantasmes et croyances du jeune mutilé témoigne admirablement des ravages psychologiques de la circoncision et de l'illusoire autovalorisation contrecoup inévitable de la perte du prépuce. Supposant l'humanité des seuls circoncis et l'animalité des intacts, ces fantasmes sont consternants et l'adulte qui les dénonce ne peut qu'être applaudi. Révélant avec franchise des souvenirs colorés du truculent réalisme de l'enfance, Zagdanski dénonce ces fantasmes comme pathologiques, quasi-racistes. Or Soral se sent insulté et voit rouge – c'est le cas de le dire – dans un étonnant délire judéophobe qui dénie la sincérité de l'autodérision de Zagdanski et passe complètement à côté de son message. Le narcissisme de Soral ne semble pas avoir connu les conditions d'inconfort et de lutte désespérée pour l'existence qui ont été celles des Juifs. Il perçoit du mépris dans des remarques d'une logique tout enfantine et somme toute savoureuses en ce que la seule bêtise qu'elles dénoncent est celle de la circoncision. C'est donc par projection qu'il érige d'anodins souvenirs d'enfance en une provocation "antigoy". Ce délire témoigne à la perfection de l'angoisse de castration générée par les mutilations sexuelles, jusque chez les plus brillants. L'année précédente, la même citation avait valu à Zagdanski, de la part de l'Association contre la mutilation des enfants (AME), proche de la "Nouvelle droite", l'attribution d'un "Coupe-coupe d'or 2002", d'une judéophobie masquée par l'humour (http://ame.enfant.org.free.fr/commu4.htm). C'est la deuxième fois en treize ans (1989 – 2002) que l'actuel président de l'AME dénigre, en en inversant le sens, une attaque juive contre la circoncision (cf. "Honte aux racistes de l'AME). Mais l'AME a applaudi sans réserve lorsqu'une association de juifs israéliens réclama l'interdiction de la circoncision comme contraire au judaïsme. Comme les nazis, l'AME n'accepte les Juifs qu'à condition qu'ils vivent en Israël où ils risquent l'extermination. Le contresens de l'AME a ainsi pré-paré le terrain de l'escalade judéophobe de Soral. Cependant, la citation de l'A.M.E. incluait au préalable le passage suivant : "Il y a aussi la question de la circoncision, de ce que c'est qu'un pénis circoncis, un pénis non-circoncis surtout, parce que mon père, mes frères et moi, nous étions tous circoncis. Je n'avais jamais vu de pénis incirconcis. Je me souviens aussi, entre parenthèses, d'un autre exemple de cette curiosité, de cette avidité sexuelle : dans notre maison de campagne, il y avait un trou dans la porte en bois de la salle de bains où nous allions observer ma mère prendre sa douche. Ma mère était pudique, elle ne se montrait jamais nue devant nous. Je revois le pubis noir corbeau de ma mère, que je n'ai sans doute aperçu que cette fois-là. Planait donc un double mystère. D'une part les femmes, comment est fait le corps d'une femme, qu'est-ce qu'elles ont entre les jambes... ? D'autre part, le mystère de ce sexe bizarre qu'est celui des petits garçons incirconcis que j'avais pu entrevoir, à de rares occasions, en colonie de vacances ou à l'école, aux toilettes… " Il est intéressant en ce qu'il illustre une pensée du philosophe Jacques Rozenberg : "… l’altérité du Juif se confronte au semblable, et n’a d’équivalent que celle de la femme." , à rapprocher de cette autre réflexion du même article : "Le peuple juif dérange et effraye car il représente l’Autre. Cette équivalence désigne précisément le lien thématique qui relie le mythe et la psychopathologie, eux-mêmes constituant des épiphénomènes d’une double crise d’identité sexuelle et culturelle. Cette équivalence provoque dans les deux cas une fantasmagorie portant, d’une part sur la différence anatomique, perceptible aussi bien chez la femme que chez le Juif circoncis, et d’autre part sur un attachement à la matérialité naturelle et charnelle qu’ils incarnent pareillement." Voici donc l'AME et Soral épinglés. Si se prendre pour l'Autre (circoncision) est à la fois criminel et dangereux, faire l'Autre envers l'autre qui fait l'Autre est tout aussi dangereux. Seul Freud permet d'analyser la chose : "L'hypothèse selon laquelle nous pouvons aussi chercher ici une racine de ces haines des Juifs qui émergent de façon si primaire et génèrent des comportements si irrationnels chez les occidentaux, me paraît incontournable. La circoncision est inconsciemment assimilée à la castration." Car si le père de la psychanalyse écrivait : "... les petits garçons entendent dire que les Juifs ont quelque chose de coupé au pénis – un morceau du pénis, pensent-ils – ce qui leur donne un droit de mépriser les Juifs." , les dirigeants de l'A.M.E. et Soral ne sont plus des petits garçons et l'on voit mal comment l'A.M.E. pourrait atteindre son objet d'aide et de service aux victimes : "Lutter contre les mutilations sexuelles en organisant des actions de soutien aux enfants défavorisés et en danger en gérant des centres d'accueil... " (Statuts de l'AME à la préfecture de Nanterre), avec non seulement l'absence de compassion caractérisée par la dérision d'une victime mais encore l'aveuglement de la comprendre à l'envers lorsqu'elle dénonce la circoncision comme créant, au sein de l'espèce humaine, une "grande différence" donnant à l'enfant un "complexe de supériorité". C'est là une courageuse description du plus flagrant des graves dommages psychologiques provoqués par la circoncision dans la tête d'un enfant : la croyance en une partition de l'espèce humaine. Lorsque la victime dénonce de surcroît le deuxième danger majeur de la circoncision : produire dans l'inconscient de certains, par comparaison, la croyance que les femmes ont été castrées, on est forcé de penser que l'ignorance des mécanismes psychologiques fondamentaux risque de paralyser l'AME dans la noble mission qu'elle s'est donnée. En ne s'en prenant qu'à Zagdanski, sur les deux auteurs de "La vérité nue", Soral et l'AME ont écarté Alina Reyes de la responsabilité de la dénonciation du racisme de la circoncision. Pour certains, les femmes, comme les Juifs, sont castrées et ces messieurs semblent en vouloir aussi aux souris "à la queue coupée", ce qui déplace la question sur celle, éternelle, de la différence entre les "souris" et les "rats", qu'ils ou elles aient ou non la queue "coupée" !

ARTICLE LIE : L'association contre la mutilation des enfants, un antijuifisme masqué

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