Pourquoi et comment ils ont tué Muammar Gaddhafi - Série A - numéro 52

    La difficile lutte contre l’impérialisme occidental agissant à la périphérie de la Libye

    Après avoir traité la question de l’hostilité à l’Occident, sans avoir souligné qu’elle était une réponse à l’ancienne colonisation de la Libye par les puissances impérialistes, Axel Poniatowski poursuit sa présentation de la politique extérieure libyenne :
    "Le panarabisme n’a guère donné de résultats. Les tentatives d’union politique ont toutes échoué. Le soutien aux Palestiniens a évolué au gré des relations avec l’OLP [Organisation de libération de la Palestine] et des difficultés intérieures de la Libye. En 1995, le colonel Kadhafi n’a pas hésité à expulser 30 000 Palestiniens de Libye, officiellement pour protester contre la signature des accords d’Oslo, alors que ces expulsions étaient dues à la situation économique difficile que traversait son pays."

    Effectivement, dès le temps de Gamal Abdel Nasser et notamment lors de l’affaire de Suez en 1956 - Muammar Gaddhafi avait alors 14 ans -, les Occidentaux ont tout fait pour briser le nationalisme arabe… Que pourrait-on lui reprocher, à lui, qui a tenté de reprendre un flambeau déjà bien amoindri ? Quant au second problème évoqué, on le voit, il correspond lui aussi à l’intervention occidentale, cette fois à travers l’embargo… et répond indirectement à la situation faite aux Palestiniens par Israël qui se garde bien de respecter les résolutions de l’ONU… Nous retrouvons donc toujours la Libye du côté des plus fragiles et de ceux qui ont le droit international pour eux, sans pouvoir le faire respecter…

    Dernier point traité par le rapporteur :
    "L’expansionnisme en Afrique a obéi à une analyse stratégique."

    La Libye serait-elle devenue un pays impérialiste ? Que s’agissait-il d’analyser stratégiquement ?...
    "La Libye du colonel Kadhafi a cherché à se protéger d’éventuelles incursions soudanaises en agrandissant son territoire au Sud par l’annexion de la Bande d’Aouzou, aux dépens du Tchad. Cette politique avait aussi pour objectif de faire de l’État libyen une puissance incontournable en Afrique noire."

    Que la Libye ait voulu se protéger, on pourrait dire que c’était pour elle la moindre des choses. Que cela se soit fait "aux dépens du Tchad" et pour s’offrir comme "une puissance incontournable en Afrique noire", c’est autre chose… Mais Axel va nous fournir les éléments de l’explication. Il écrit :
    "Tripoli n’a cessé, à partir de la fin des années soixante-dix, de chercher à placer un homme lige à la tête de l’État tchadien et à rêver d’une fédération tchado-libyenne, envisagée dès 1978."

    On le voit : il ne s’agissait pas de réaliser une "conquête"…

    Allons plus loin dans l’explication qui nous est fournie :
    "Cette ambition s’est heurtée aux réticences de nombreux chefs d’États africains ainsi qu’à l’hostilité des États-Unis, dans un contexte où la guerre froide se déplaçait en Afrique."

    Les États-Unis… comme c’est étrange…

    Et puis :
    "En poursuivant ses objectifs au Tchad, le colonel Kadhafi ne pouvait non plus ignorer le risque d’entrer en conflit avec la France, garante des équilibres politiques en Afrique et de l’intégrité territoriale du Tchad."

    Cela aussi, c’est étrange…

    Mais peut-être pas pour un pays qui, comme la Libye, s’est arraché à la colonisation occidentale tout en portant ses efforts ultérieurs sur la décolonisation des pays africains situés dans sa proximité.

    Alors, la France…
    "Après l’échec de plusieurs phases de négociations (François Mitterrand et le colonel Kadhafi ont longtemps recherché une solution politique à la question d’Aouzou), la France a jugé que la présence de troupes libyennes au Nord du Tchad et la construction d’une piste à Ouadi Doum, pouvant servir à des avions de chasse, menaçaient l’intégrité du Tchad et a recouru à l’usage de la force en février 1986."

    À nous en tenir aux éléments qui nous sont fournis, nous constatons qu’à la façon des États-Uniens, les Français paraissent avoir un droit d’intervention militaire là où ça leur chante… Il ne leur viendrait pas à l’idée, avant de frapper, d’aller se plaindre devant l’ONU dont ils sont pourtant deux éléments clés…
    "Des affrontements sporadiques ont eu lieu dans les deux années qui ont suivi, au désavantage des troupes libyennes, jusqu’à leur défaite finale en 1989."

    Donc, il y a, une nouvelle fois, application du droit du plus fort… Mais un élément supplémentaire permet de constater qu’il existait une autre voie, et que si les armes ont été aussitôt utilisées, c’est qu’il importait de faire autant de mal à la Libye que la situation le permettait :
    "Après cet échec militaire, la Libye a été contrainte de restituer au Tchad la Bande d’Aouzou, après la décision de 1994 de la Cour internationale de justice de La Haye."

    Mais la violence réellement utilisée par le camp occidental permet d’appliquer, et sans preuve comme à l’habitude, un prétendu effet boomerang :
    "La Libye a réagi en recourant une nouvelle fois au terrorisme, avec l’attentat contre le DC-10 d’UTA, en septembre 1989."

    Consultons l’ouvrage de Françoise Petitdemange à la page 272. Nous y lisons ceci, qui vient à la suite des deux attentats Lockerbie et DC-10 d’UTA. Dans sa résolution 731 du 21 janvier 1992, le Conseil de sécurité de l’ONU…
    "Déplore vivement le fait que le Gouvernement libyen n’ait pas répondu effectivement à ce jour aux demandes ci-dessus de coopérer pleinement pour l’établissement des responsabilités dans les actes terroristes susmentionnés contre les appareils assurant les vols 103 de la Pan Am et 772 de l’Union des transports aériens."

    Françoise Petitdemange apporte le commentaire suivant :
    "Ce qu’ils [les membres du Conseil de sécurité] ne veulent pas entendre, c’est que la GJALPS [Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste] qui se dit prête à coopérer à la recherche de la vérité, réclame les documents qui prouveraient l’implication des Libyens dans ces attentats."

    L’ONU n’a jamais rien demandé à Israël pour l’avion civil libyen abattu en 1972. Elle n’a jamais rien demandé aux États-Unis pour le bombardement de Benghazi et Tripoli en 1986. C’est-à-dire pour des faits avérés.

    Mais on constate qu’elle veut bien croire les États-Uniens sur parole dès qu’il s’agit de s’en prendre à la Libye, et pour de longues années.

    En effet, la résolution 748 est prise par le Conseil de sécurité le 31 mars 1992 qui…
    "Décide que tous les États adopteront le 15 avril 1992 les mesures énoncées ci-dessous, qui s’appliqueront jusqu’à ce que le Conseil décide que le Gouvernement libyen s’est conformé aux dispositions des paragraphes 1 et 2."

    C’est l’embargo… Il s’étendra jusqu’à septembre 2003, avec les dégâts matériels et humains qu’on imagine.

(Pour l'ouvrage de Françoise Petitdemange "La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011)", consulter : http://www.livres-de-mjcuny-fpetitdemange.com/#accueil.A/s0c/Tous

 

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