Pourquoi et comment ils ont tué Muammar Gaddhafi - Série A - numéro 53

    Un peuple dressé tout entier contre l’impérialisme occidental

    Comme nous l’avons vu, la Libye a payé le prix fort pour avoir voulu se soustraire à l’impérialisme occidental. Mais, jusqu’à ce qu’elle soit détruite à la suite de l’attaque lancée en 2011 par la France d’un Sarkozy, elle a tenu son rang très bravement.

    Axel Poniatowski considère que, pour rendre compte de sa situation à la fin des années quatre-ving-dix, il peut titrer :
    "La Libye dans une impasse."

    On voit ce qu’il en est désormais… C’est-à-dire à partir du moment où elle n’a pu faire autrement que de plier sous les bombes de l'Occident impérialiste.

    Mais reprenons le bilan tel que le rapporteur de la Commission d’enquête croit bon de le dresser pour nous :
    "Le pays subissait les effets de l’embargo commercial américain décrété le 6 mars 1982, puis celui de l’embargo militaire et aérien de l’ONU décidé le 31 mars 1992 par la résolution n° 748 du Conseil de sécurité, à la suite des présomptions pesant sur l’implication libyenne dans les attentats du Boeing de la Pan Am et du DC-10 d’UTA. Le 11 novembre 1993, la résolution n° 883 a étendu l’embargo aux biens d’équipements pétroliers, vitaux pour l’exploitation des puits, et au gel des avoirs financiers."

    Nous savons maintenant que tout cela était arbitraire (notons les "présomptions"), et ne tendait qu’à essayer de mécontenter la population libyenne pour l’amener à se retourner contre le "dictateur". C’était ignorer que Muammar Gaddhafi ne disposait d’aucun pouvoir d’exécution autonome : l’affaire des infirmières servira à nous le montrer.

    Mais documentons-nous un peu, et reprenons le texte de fondation de l’« État des masses » tel qu’il a été voté par le Congrès Général du Peuple réuni à Sebha, du 28 février au 3 mars 1977, et tel que Françoise Petitdemange nous le livre dans "La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011)".

    L’article 3 affirme :
    "La démocratie populaire directe est la base du système politique de la Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste, dans laquelle le pouvoir est entre les mains du peuple seul. Le peuple exerce son pouvoir par l’intermédiaire des Congrès populaires, des Comités populaires et des syndicats professionnels." (page 108)

    L’article 4 précise ceci :
    "Le Congrès général du peuple désigne un président qui préside ses sessions, signe les lois sur ordre du Congrès et reçoit les lettres de créances des représentants des puissances étrangères." (page 109)

    Quant à l’article 6, il définit précisément l’ordre hiérarchique :
    "Le Congrès général du peuple désigne le secrétaire général et les secrétaires, les révoque et accepte leur démission. Le secrétaire général et les secrétaires sont conjointement responsables devant le Congrès général du peuple et chaque secrétaire est responsable pour le secteur qu’il dirige." (page 109)

    D’où il résulte que l’ensemble de la politique étrangère suivie par la Libye tout au long des années évoquées par Axel Poniatowski était l’expression du Congrès général du peuple libyen, et, au-delà de celui-ci, celle des Congrès populaires de base.

    Reprenons maintenant le fil du Rapport :
    "Par ailleurs, la Libye, qui n’avait pas, en réalité, les moyens de conduire une politique expansionniste, compte tenu de la faiblesse de sa population et de celle de son armée, a perdu au début des années quatre-vingt-dix le principal soutien de ses actions en Afrique, avec l’effondrement de l’URSS."

    Ceci est un aveu involontaire touchant la prétendue volonté d’expansion de la Libye… À moins qu’il ne faille croire que le peuple libyen était devenu fou.

    Mais l’absence de volonté d’expansion n’empêchait en rien la lutte permanente contre l’impérialisme occidental : c’est tout à fait autre chose. Et c’est un sujet sur lequel les Comités populaires de base et l’ensemble de la démocratie directe libyenne ont eu à se prononcer à de multiples reprises.

    Cependant, la lutte anti-impérialiste doit-elle nécessairement passer par la destruction en vol d’avions civils ? C’est ce qu’ont affirmé les pays occidentaux, sans jamais pouvoir apporter la moindre preuve. Mais, en contrepartie, nous avons vu comme, à la fois, les Israéliens et les Anglo-Saxons ont produit la mort de deux ou trois centaines de civils lybiens sans être jamais sanctionnés… Au-delà, nous avons vu comment des embargos ont été imposés successivement par les USA et l’ONU…

    Eh bien, Axel Poniatowski va nous permettre maintenant de faire les comptes. Voici ce que cela donne :
    "Il est difficile d’évaluer le coût financier des actions militaires de la Libye, du soutien au terrorisme, des destructions d’installations chimiques à la suite des bombardements américains et de l’indemnisation des victimes du terrorisme. Certains observateurs ont avancé une somme de 45 milliards de dollars (dont 40 milliards au titre des embargos), d’autres vont jusqu’à 100 milliards de dollars, soit le quart des recettes pétrolières et gazières du pays depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Kadhafi. L’embargo sur les biens d’équipements pétroliers a durement touché le pays, dont la production de brut, à hauteur de 3 millions de barils par jour en 1970, était tombée à 1,3 million en 2003. Or le pétrole et le gaz sont les principales ressources libyennes."

    La démocratie directe libyenne a donc porté très loin le défi aux puissances occidentales. Jusqu’au moment où elle a constaté que l’Europe, et la France tout particulièrement, s’étaient engagées dans une impasse : la défense des condamnés à mort dans l’affaire du sang contaminé de l’hôpital de Benghazi…

    C’est ce que nous sommes occupé(e)s à scruter dans le détail, et nous pressentons que nous n’en avons pas encore fini avec les surprises en tout genre…

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