Faussaires de l'économie - 48 : Quand la langue grecque s'en mêle

Ayant lui-même fabriqué, et avancé sous de faux noms, les deux ingrédients nécessaires à la réalisation de l'opération qui doit lui permettre d'extraire la "première loi élémentaire reliant ces deux notions" de revenu et de capital, Thomas Piketty ne se complique pas exagérément la tâche. Une addition ou une soustraction ne suffisant pas, le voici qui passe illico à la division :

"La façon la plus naturelle et la plus féconde de mesurer l'importance du capital dans une société donnée consiste à diviser le stock de capital par le flux annuel de revenu. Ce ratio capital/revenu, ou rapport capital/revenu, sera noté β." (page 89)

Non, bien sûr, le choix de la lettre est certainement malheureux... Mais ce n'est pas une signature...

Ce qui nous rassure,  par ailleurs, c'est que le remplissage  du stock de "capital" par le flux de "revenu" ne devrait même pas exiger de nous les redoutables calculs qu'offrait autrefois le remplissage de la baignoire par l'eau du robinet. Faisons-en l'essai tout de suite :

"Par exemple, si la valeur totale du capital d'un pays représente l'équivalent de six années de revenu national, alors on note β = 6 (ou β = 600 %)." (page 89)

De cette brillante opération, que pouvons-nous déduire ? Pour ne pas nous perdre dans les nuées, quittons la théorie de haut vol, et allons directement vers des exemples concrets :

"Actuellement, dans les pays développés, le rapport capital/revenu se situe généralement entre cinq et six, et provient presque uniquement du capital privé. En France comme au Royaume-Uni, en Allemagne comme en Italie, aux Etats-Unis comme au Japon, le revenu national atteint ainsi environ 30 000 euros-35 000 euros par habitant au début des années 2010, alors que le total des patrimoines privés (nets des dettes) est typiquement de l'ordre de 150 000 euros-200 000 euros par habitant, soit entre cinq et six années de revenu national." (pages 89-90)

Voilà qui nous fait soudainement plus ou moins sursauter : et chacun et chacune de vérifier sur lui et elle-même, s'ils sont effectivement quelque part dans la fourchette. Bien conscient d'avoir touché une question très sensible, Thomas Piketty tient à nous rassurer aussitôt, tout en enfonçant un peu plus le clou par une présentation de l'évaluation mensuelle, plus parlante encore :

"Le fait que le revenu national soit de l'ordre de 30 000 euros par habitant et par an (2 500 euros par mois) dans les pays riches des années 2010 ne signifie évidemment pas que chacun dispose de cette somme." (page 90)

Conséquemment, et peut-être bien par la grâce de β :

"De même, un patrimoine privé de l'ordre de 180 000 euros par habitant, soit six années de revenu moyen, n'implique pas que chacun possède un tel capital." (page 91)

Etant, toutes et tous, de fieffé(e)s méritocrates, nous venons de vérifier où nous en sommes à titre très personnel, et nous nous promettons déjà de faire mieux... en regardant de près si Thomas Piketty ne nous fournit pas quelques ficelles assez pratiques d'usage et ne dépassant pas trop l'essentiel de notre boîte à outils : addition, soustraction, multiplication, division.

D'avance, merci.

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