De Gaulle et le gaullisme "historique" : ce cancer qui nous ronge (LIV)

    Puisqu’il y a les Américains, adieu ! les Britanniques !...

    Désireux de fausser compagnie aux Britanniques dont il paraît ne plus rien pouvoir obtenir tant il a su les agacer - ils se débattent, eux-mêmes, dans des difficultés considérables -, De Gaulle se sera tourné un peu vivement vers les Américains, leur offrant tout ce qu’il ne possède que par la grâce de Winston Churchill, et n’hésitant pas à débiner, par voie de presse, les premiers au profit des seconds. Il commence, d’ailleurs, très vite à s’en inquiéter auprès de son représentant aux États-Unis, René Pleven, dans un télégramme du 27 août 1941 :
    "Le journaliste américain Weller pourrait bien publier dans le Chicago Daily News une entrevue avec moi à Brazzaville. Veuillez empêcher la publication. Si c’est trop tard, veuillez déclarer de façon énergique que le texte ne représente pas, je dis ne représente pas, mes déclarations et que par suite d’une phrase mal comprise il a complètement mal interprété mon intention." (Lettres, III, page 51)

    Deux jours plus tard, le 29 août 1941, il y revient, auprès du même :
    "Je répète que interview Weller doit être énergiquement démenti. J’ai simplement dit à Weller comme à tout le monde que Vichy ne représente pas la France réelle et que l’importance stratégique de notre Afrique Française Libre est considérable. Le reste est tissu de bruits qui courent à Léopoldville et à Brazzaville. J’ajoute que Weller a télégraphié son article de Léopoldville et ainsi je n’ai pu voir le texte que trop tard pour l’empêcher. Je fais expulser Weller." (Lettres, III, page 52)

    Expulser, rien que cela ! Ne serait-ce qu’un mot ? Bien sûr que non, puisque suit un télégramme à Sicé, Haut-Commissaire à Brazzaville (il sera annulé par un autre message du 6 septembre 1941, l’authenticité des propos tenus par De Gaulle ne faisant aucun doute pour personne) :
    "Veuillez faire immédiatement expulser Weller de l’Afrique Française Libre et révoquer l’Américain qui était avec lui lors du soi-disant interview et qui fait partie de votre service d’information ?" (Lettres, III, page 52)

    D’une pierre, deux coups : voici que Britanniques et Américains sont réunis sous le choc.

    Penchons-nous alors sur les propos que Charles De Gaulle avait tenus en présence du journaliste américain Weller qui lui posait la question suivante :
    " - Pourquoi, selon vous, Londres ne ferme-t-elle pas la porte au nez de Vichy en reconnaissant votre gouvernement ?
    
- L’Angleterre a peur de la flotte française. En réalité, ce que l’Angleterre est en train de faire, c’est de s’arranger avec Hitler, arrangement de guerre dans lequel Vichy sert d’intermédiaire. Vichy rend service à Hitler en maintenant le peuple français dans la sujétion et en vendant l’empire français morceau par morceau à l’Allemagne. Mais n’oubliez pas que Vichy rend également service à l’Angleterre en empêchant la flotte française de passer aux mains des Allemands. Ce qui se produit, en réalité, est un échange d’avantages entre deux puissances ennemies." (B. Ledwidge, page 115)

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