Faussaires de l'économie - 6 : Pour David Ricardo, pas de valeur économique sans travail de production

Thomas Piketty rue donc, à sa façon, dans les brancards de l'économie contemporaine. Ecoutons-le encore sur ce thème qui lui tient manifestement à coeur :

"Pendant trop longtemps, la question de la répartition des richesses a été négligée par les économistes, en partie du fait des conclusions optimistes de Kuznets, et en partie à cause d'un goût excessif de la profession pour les modèles mathématiques simplistes dits « à agent représentatif »." (page 38)

Ici, une note de bas de page nous aide à nous orienter :

"Dans ces modèles, qui se sont imposés dans la recherche comme dans l'enseignement de l'économie depuis les années 1960-1970, on suppose par construction que chacun reçoit le même salaire, possède le même patrimoine et dispose des mêmes revenus, si bien que par définition la croissance bénéficie dans les mêmes proportions à tous les groupes sociaux." (page 38)

Pour voir un exemple de systématisation idéologique de cette conception aseptisée de l'économie, on pourra se reporter au travail que j'ai moi-même consacré à un ouvrage d'Edmund S. Phelps, prix Nobel d'économie 2006, ici :
http://micheljcuny.canalblog.com

Mais Thomas Piketty parvient-il à échapper vraiment au travers qu'il dénonce ? Peut-être pas autant qu'il le souhaiterait. En tout cas, l'interprétation qu'il fournit de ce que serait l'analyse ricardienne pèche sur ce point qu'il lui fait perdre tous les liens qu'elle entretient avec le travail de production, et ceci dans la perspective - évidemment essentielle - de la fondation de la... valeur économique.

Lisons David Ricardo :

"La valeur d'une marchandise, ou la quantité de toute autre marchandise contre laquelle elle s'échange, dépend de la quantité relative de travail nécessaire à sa production, et non de la plus ou moins grande rétribution versée pour ce travail." (page 51 des "Principes, etc.")

Pour Ricardo, le salaire n'est pas constitutif de la valeur de la marchandise produite. C'est la seule quantité de travail qui l'est."

Mais, dira-t-on, les bâtiments, les machines et les matières premières utilisées ne comptent-ils pour rien dans la valeur économique de la marchandise produite ? Si, bien sûr, répond Ricardo, mais tout ceci se réduit également en une valeur économique produite elle-même par du travail. Ce sont des objets qui résultent d'un travail de production et dont la valeur se transmet à la marchandise produite en dernier ressort au fur et à mesure de leur utilisation dans sa fabrication :

"Il n'y a pas que le travail immédiatement appliqué aux marchandises qui en modifie la valeur ; il y a également le travail consacré à la production des instruments, des outils et des bâtiments assistant ce travail." (page 62)

Mais le salaire lui-même, par quoi est-il déterminé ? Est-ce, chez David Ricardo, une affaire de répartition ? C'est là effectivement que tout se joue... en mode capitaliste de production. D'où l'intérêt d'y aller voir.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.