Pourquoi et comment ils ont tué Muammar Gaddhafi - Série A - numéro 51

    Le loup et l’agneau : au goût du premier, le second se débat toujours un peu trop

    Nous en étions resté(e)s à l’endroit du Rapport Axel Poniatowski nous indiquait qu’en 1982, la Libye avait été "frappée par un embargo commercial américain", dont les motivations réelles ne nous étaient pas données. Or, immédiatement après, nous apprenons que :
    "la Libye a tenté l’épreuve de force, mais a subi un lourd échec dans le Golfe de Syrte en mars 1986."

    Ici aussi tous les détails nous font défaut.

    Peut-être obtiendrons-nous quelques éclaircissements dans "La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011)" En effet, à la page 202 et à propos de la fin de l’année 1985, un passage renvoie au golfe de Syrte. Françoise Petitdemange y écrit :
    "En ce mois de novembre, voici la VIème flotte US qui revient patrouiller, pour la seizième fois depuis 1980, dans les eaux territoriales de la Libye - dans le golfe de Syrte - et pointer ses canons sur la côte libyenne."

    Bien sûr, c’est Goliath qui vient menacer, à bon compte, le tout petit David

    Mais alors que déjà l’embargo américain frappait les exportations de pétrole libyen, nous apprenons, grâce au même ouvrage (page 203), que les USA ne sont pas toujours en situation de réduire leurs alliés occidentaux à un rôle de petits toutous :
    "Le 7 janvier 1986, les États-Unis décident de rompre les relations économiques avec la Libye et le président, Ronald Reagan, demande aux États européens de le suivre sur cette voie. Mais le 27, les pays européens, qui sont réunis à Bruxelles, refusent de se soumettre au diktat états-unien et de s’associer à cette politique destinée à isoler la Libye."

    Poursuivons notre lecture de "La Libye révolutionnaire…" (page 204) :
    "…le 4 [février], la chasse israélienne intercepte un avion civil libyen. Dans ce climat particulièrement tendu, la Libye effectue, du 9 au 16, des manœuvres aéronavales, tandis que le 12, les États-Unis se livrent, eux aussi, à de nouvelles manœuvres au large de ses côtes."

    Du 14 au 16 mars, le même ballet recommence.

    Françoise Petitdemange apporte alors cette précision :
    "Depuis que le golfe de Syrte a été décrété « mer intérieure libyenne », les États-Unis envoient des patrouilles qui viennent et reviennent dans cette zone…"

    Il arrive un moment où la Libye ne peut plus manquer de se faire entendre, quoi qu’il dût lui en coûter. À la page 205, nous lisons, à propos des 24 et 25 mars :
    "Les forces aéronavales états-uniennes mènent l’« opération Prairie Fire » contre la Lybie : cinq navires libyens sont coulés et le poste de défense antiaérienne situé au sol, près de Syrte, est détruit."

    Comme on le voit, les États-Unis n’ont pas hésité à venir frapper l’intérieur même de la Libye… Sans doute l’ONU n’a-t-elle rien trouvé à y redire. Le droit appliqué à Syrte même est donc celui du plus fort.

    Reprenons le fil du Rapport d’Axel Poniatowski à l’endroit où nous l’avions laissé :
    "Ce revers a été le point de départ du recours au terrorisme, avec l’attentat contre une discothèque de Berlin-Ouest fréquentée par les marines américains (5 avril 1986), auquel les États-Unis ont réagi en lançant le 15 avril un raid aérien sur Tripoli et Benghazi."

    Évidemment, faire la démonstration de l’implication réelle de la Libye dans l’affaire de Berlin-Ouest ne pouvait qu’être assez difficile, pour autant que cela ait été tenté. Ce qui est certain, c’est qu’à cette occasion deux soldats états-uniens et une personne de nationalité turque ont péri tandis qu’un peu plus de 200 personnes sont blessées.

    Ce qui est certain aussi, c’est qu’aussitôt Ronald Reagan considère que le procès est fait, et définitivement fait : la Libye est coupable.

    En conséquence, dans la nuit du 14 au 15 avril - puisqu’il ne se lasse pas de franchir la frontière libyenne quand ça lui chante -, le président états-unien aidé de la Royal Air Force britannique inflige la peine qui lui semble la mieux adaptée. Françoise Petitdemange en rapporte les éléments :
    "Outre la caserne de Bab Al Azizia, à Tripoli, la caserne de Jamahiriyah, à Benghazi, est, elle aussi, bombardée ; le camp de Murat Sidi Bilal, l’aéroport de Milaga, à Tripoli, l’aérodrome de Benina, les réseaux de défense aérienne, à Tripoli et à Benghazi, sont ciblés et effectivement bombardés le 15 avril." (page 210)

    Bilan, tel qu’il apparaît dans "La Libye révolutionnaire…" :
    "Cette attaque éclair, effectuée de nuit, sur la Libye, fait quelque soixante mort(e)s et plus de cent blessé(e)s." (page 211)

    Inutile d’essayer d’en parler à l’ONU. 

    Bien éloigné de tenir le moindre compte de tout ceci, Axel Poniatowski continue à développer imperturbablement son exposé plus que fantaisiste :
    "La Libye a répliqué avec l’explosion d’un Boeing de la Pan Am au-dessus de Lockerbie (décembre 1988)".

    À nouveau, la preuve de l’origine des responsabilités est assez difficile à établir. Mais, globalement, le rapporteur, qui n’a décidément pas vu passer les États-Unis dans ce joli film, sait ce qu’il nous faut penser des autorités libyennes :
    "Les enquêtes ont toutes établi la responsabilité de la Libye, qui, à chaque fois, a utilisé la même tactique : la dénégation, avant d’accepter de négocier, puis de reconnaître sa responsabilité devant l’irréfutabilité des preuves."

    Alors Lockerbie… Rien qu’un petit mot de Françoise Petitdemange pour souligner, qu’une fois encore, Axel aura oublié un petit quelque chose :
    "Une enquête, menée dans des conditions plus qu’obscures, vise plusieurs pays, dont la Syrie et l’Iran, porte des soupçons sur certains groupes de Palestiniens, mais accuse la Libye."

    La liste des pays terroristes est à peu près complète. Et les actes de guerre avérés des États-Unis n’y ont bien sûr pas leur place…

    Quant à Lockerbie, il faudra y revenir en temps voulu…

("La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011)" : http://www.livres-de-mjcuny-fpetitdemange.com/#accueil.A/s0c/Tous)

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