A propos du Capitole

Monomaniaque, Eric Zemmour déclare, sans fantaisie aucune, que les fauteurs de troubles ne sont pas les illuminés d’extrême droite, mais l’extrême gauche (en général). Ultime aficionado d’une réalité alternative, il déploie le peu d’imagination qu’il possède pour rester fidèle à son image. Or, que montrent justement les images que la télé nous passe en boucle ?  Un fanatique d’un dieu germanique, dont les cornes sont plus majestueuses que celles du plus grand des cocus, le drapeau des Confédérés  battus en brèches par l’industrie canonnière des nordistes, des pauvres mecs mal rasés, mal habillés qui, impressionnés, voir ébahis, prennent des selfies devant les tableaux pompiers de la courte histoire américaine, des slogans orduriers concernant la présidente de la chambre des représentants démontrant que le langage sauvage et machiste est libéré, d’autres qui impliquent Jésus dans cette histoire sordide, une foule hétéroclite faite de croisés évangélistes, de badauds chômeurs, de cow boys sans vaches, de nervis fascistes sans uniforme ni torches de Nuremberg,  de motards en blouson adéquat,  des red neck sans champs de maïs, des cols bleu sans machines, des syndicalistes sans syndicats. Bref un monde sans, à qui le président sortant a fait croire qu’il partage leurs frustrations, leurs hargnes et leur manque de moyens à poursuivre le rêve américain dont les friches industrielles et les champs éclatés par les extracteurs de gaz de schiste remplacent désormais les grands espaces verdoyants.  Tout cela pour dire que le prestidigitateur de Washington possède de l’imagination (contrairement à Zemmour) et l’art des affaires  - désormais dérégulées - où l’on peut sans risque manipuler, mentir, allumer des contre-feux, inventer des contre-vérités, promettre l’impossible tout en exhibant sans modération une fausse empathie.  Dans quelques années, on dira que la plus grande réussite du joueur de golf aura été de ne pas répondre pendant quatre ans à la question lancinante : combien d’impôts payez-vous ? En d’autres termes, il aura réussi à installer une partie de la population américaine dans un monde imaginaire, où les impôts, les saisies bancaires, les lois, l’Etat de droit, l’éducation, la réalité, la démocratie, la santé, la pauvreté sont des broutilles insignifiantes à condition de planer en lui faisant confiance. Cette hallucination collective a fini par buter sur une autre, moins imaginative mais plus structurée, celle des gouvernants perpétuels et traditionnels qui ont su installer solidement leur réalité. Celle qui implique que les saisies existent mais la démocratie aussi. Celle qui transforme tous ces fous furieux en une armée d’insurgés qui ose s’attaquer aux symboles de cette démocratie des possédants institutionnels, dont - il ne faut jamais l’oublier – le bouffon de la maison blanche fait partie. Après avoir insinué que la démocratie n’existe pas, il tirera sa révérence laissant aux pros la responsabilité de gérer la fable dominante. Laissant aussi un goût amer à tous ceux qui l’on cru, qui ont cru que ce pur produit du capitalisme sauvage contesterait l’évidence des riches…

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