Macron ou la globalisation névrotique

C’est évident qu’un grand tiers de la France surconsomme. Le reste, vivant chichement ou au seuil de la pauvreté, consomme mal, ou plutôt achète la daube qu’il peut. L’une dans l’autre, ces deux réalités produisent du déséquilibre écologique, renforcent quotidiennement les inégalités...

C’est évident qu’un grand tiers de la France surconsomme. Le reste, vivant chichement ou au seuil de la pauvreté, consomme mal, ou plutôt achète la daube qu’il peut. L’une dans l’autre, ces deux réalités produisent du déséquilibre écologique, renforcent quotidiennement les inégalités, produisant deux mondes parallèles ayant de moins en moins de contacts, si ce n’est que ceux qui subissent se révoltent et ceux qui profitent s’en étonnent. Car, la superstructure minoritaire mais dominante, urbaine, bien lotie, loin du besoin et des besoins, n’arrive pas à concevoir, à imaginer la réalité dans laquelle pataugent les deux tiers de la population. On l’accuse d’être mal intentionnée, égoïste, autoritaire, elle n’est qu’imbue d’elle même, casée, cocoonée, s’adonnant aux délices et aux joies de la vie, ayant - depuis longtemps – oublié le surmoi social qu’on appelait jadis éthique. Homme politiques, experts, conseillers, journalistes, artistes mercantilisés, philosophes télévisés, amuseurs surpayés, bref, ce qu’on nomme désormais « faiseurs d’opinion » ou « décideurs », ne peuvent plus concevoir le monde autre que celui du festival de Cannes, des délices de Deauville, ou tout simplement d’un Paris qui ouvre grands ses bras à tous ceux qui gagnent plus de 100.000 euros annuels, sans distinction.

Dès lors, les uns n’entendent pas les cris de détresse, les autres les leçons de « gestion responsable ».

Dans le monde « comme il faut » toute contestation est signe d’infantilisme ; Ce monde parfait, hautement atteint par la démesure - même de ses névroses, conséquence du seule devoir qui persiste, celui envers soi-même -, n’est pas foncièrement mauvais. Il est tout simplement intégré au sein d’un environnement sans surmoi, ayant, chemin faisant, remplacé la morale par des morales ponctuelles, l’humanité par de l’humanitaire sélectif, la solidarité par des téléthons annuels. La critique et même l’autocritique participent à cette représentation théâtrale bien rodée, ou tout semble cohérent, mesuré, responsable, quand bien même elle ne l’est pas pour un sou comme le démontrent quotidiennement les amuseurs intégrés qui diluent l’irresponsabilité dans les jarres du ridicule. Mensonges, fausses nouvelles, désinformation aseptisée (aujourd’hui baptisée communication), deviennent des péchés mignons, des détails risibles, que l’on peut certes additionner, mais surtout pas cimenter comme la réalité structurelle de ce monde. Ce monde entre soi est une imposture intellectuelle,  il ne peut en aucun cas être, comme il l’affirme, global : déjà si tout le monde consommait comme les français - ces français serait le mot juste -, il faudrait trois terres. Mais aussi, si tous les français vivaient et consommaient comme leur tiers gagnant, la France serait en faillite et tous ses travailleurs seraient étrangers ou à l’étranger.

Pourtant, la version française du rêve américain décrépi semble solidement partagée. Si le premier ministre avait déclaré qu’il fait confiance à l’égoïsme de ses concitoyens pour faire échouer la grève à la SNCF ou de la fonction publique, il n’aurait pas tout à fait tort. Car la société française est rentrée dans l’ère post morale dans son ensemble. Et le tout premier effet d’un monde sans boussole éthique est justement la perte du discernement, de l’hiérarchisation des choses et d’un « sauve qui peut » que l’on appelle pudiquement individualisme ou, agressivement, égoïsme. Cette perte de discernement se traduisant par l’emprise d’un rêve impossible sur le réel et d’une espérance hédoniste remplaçant le quotidien.         

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