Guerre juste ?

Dès la plus haute antiquité le droit du plus fort était maquillé par des excuses diverses, juridiques morales religieuses économiques ou techniques. Seuls les Athéniens, avec une franchise déconcertante,  ont élaboré - pour éviter les forces centrifuges au sein de la ligue de Délos -, une logique où la force prime sur le droit,  la morale, et même les règles régissant leur propre démocratie.

Dès la plus haute antiquité le droit du plus fort était maquillé par des excuses diverses, juridiques morales religieuses économiques ou techniques. Seuls les Athéniens, avec une franchise déconcertante,  ont élaboré - pour éviter les forces centrifuges au sein de la ligue de Délos -, une logique où la force prime sur le droit,  la morale, et même les règles régissant leur propre démocratie.  Leur raisonnement, contrairement à celui de toutes les autres cités et de l’empire perse, était explicité : vous avez certes raison, le droit et la morale sont de votre côté, mais si on ne rase pas votre ville, si on ne vous passe pas par les armes, on ne nous craindra plus.  Cette explication choque aujourd’hui encore, c’est une tâche indélébile sur l’histoire idéalisée de la Cité athénienne. C’est dire aussi combien il reste difficile à mener une guerre sans excuses, sans prétexte : l’empire Romain s’est étendu jusqu’aux confins du monde connu sans jamais mener une guerre qui ne soit pas à priori « justifiée ».  Toute proportion gardée, Israël, qui a, chemin faisant, transformé ses guerres défensives en une machine  belliqueuse interventionniste qui lui permet de multiplier les espaces conquis puis les intégrer dans une Judée - Samarie mythique où les frontières ont vocation à être déplacées à son et les terres à être colonisées, exhibe ses propres prétextes.  Cela lui permet, chaque fois, à escamoter le fait réel : depuis sa création ce pays est le seul à avoir démultiplié son propre territoire au mépris de la communauté internationale et de ses décisions.  Ce tour de passe-passe  permet ensuite à Israël de combattre tous ceux qu’il a spoliés, séquestré derrière des murs, volé leurs terres, mené à l’exil, en affirmant qu’ils veulent le détruire, qu’ils ne le reconnaissent pas. Les justifications, les prétextes varient selon le momentum international et géopolitique : à l’heure de la guerre froide, les palestiniens étaient communistes, gauchistes, extrémistes,  terroristes.  Après la révolution iranienne ils étaient fondamentalistes, après le 11 septembre islamistes fanatiques, terroristes tels que définis par une Amérique traumatisée.  Ces adjectifs a connotation idéologique ou religieuse occultent le fait qu’ils sont les mêmes, et que les raisons de la variation de leurs supports idéologiques sont toujours les mêmes : ils sont toujours en exil, enfermés derrière des murs, spoliés de leurs terres, niés en tant que nation, utilisés comme bêtes de sommes avec des salaires de pacotille au mieux, enfermés et bombardés à souhait, au pire. 

Golda Meir disait : je pourrais le excuser de ce qu’ils nous font subir, mais je ne les excuserais jamais de ce qu’il nous obligent de leur faire.  A l’époque, un jeune Etat luttait pour sa survie, pour la survie des survivants de l’holocauste.  Les raisons qu’il donnait ont fait illusion : une poignée de juifs contre l’ensemble des Etats arabes voisins, une reproduction moderne du mythe de David et Goliath. N’empêche que ces premières guerres, sous le prétexte de la survie d’une nation décimée en Europe, se sont toujours conclues par des annexions, c’est-à-dire par des faits qui contredisaient le prétexte en changeant la réalité quotidienne et le statut juridique de centaines de milliers de palestiniens.  Des guerres, il y en a eu d’autres qui opposaient essentiellement des Etats. Il s’agissait, pour les voisins d’Israël de récupérer des territoires perdus, et la cause palestinienne était le dernier de leur souci. Cependant, à chaque fois, c’est eux qui payaient la note, c’est eux  qui étaient spoliés, niés, exilés.

Les Etats voisins, la Syrie, l’Egypte, la Jordanie, le Liban ne furent pas plus tendres avec les palestiniens. Ils finirent par ouvertement les sacrifier au nom de leurs propres intérêts, ouvrant la voie à une annexion de fait de ce qui était, au moment de la création de l’Etat d’Israël, l’entité palestinienne. C’est de cela qu’il s’agit aujourd’hui. Cette entité a-t-elle le droit de revendiquer ce qu’il lui revient de droit, un Etat ? Ou les adjectifs qualificatifs, les excuses et les prétextes de toute nature auront le dessus ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.