Votons

Ces élections concernent le parlement européen. C’est à dire un espace ou les mastodontes qui le régissaient par une « cooptation collaborative » entérinaient les choix de l’ordo - libéralisme du tandem Commission – Conseil, pinaillaient sur le futile, courbant le dos aux lobbies sur l’essentiel. Les mouvements et les partis qui vous déclinent la fable d’une autre Europe que celle qu’ils ont mis en place depuis Maastricht veulent simplement perpétuer cette situation. Socio-démocrates et chrétiens démocrates, qui ont longtemps envoyé les médiocres, les battus, les indésirables, les ostracisés, les indolores et incolores de leurs rangs dans une sorte d’exil doré en guise de compensation et continuent à la faire, ont ainsi transformé cette jeune institution en caisse d’enregistrement des décisions prises au sein du conseil et mises en place par la Commission. L’arrivée dans les années 1980-1990 de libéraux et des écologistes n’ont pas changé la donne, ces derniers jouant aux contestataires institutionnels d’autant plus qu’ils rentreront dans les gouvernements de coalition, se transformant en « gestionnaires responsables », intégrables et acceptables par la technostructure européenne.

Les politiques menées par l’UE ont très vite généré de l’insatisfaction, du rejet, de la contestation et une montée incontestable des nationalismes, puisque l’Europe semble totalement aveugle face aux désirs et aux besoins des européens suivant un chemin autoritaire qui niait à ces derniers le droit de choisir - voir de gouverner de manière autonome -. Ne renversons pas les choses : c’est cette Europe qui a engendré l’euroscepticisme, c’est cette Europe qui a renforcé le nationalisme, c’est cette Europe qui a copié la xénophobie et les mesures anti migratoires exigés par la droite extrême et qui se voit de la sorte reconnue comme pôle idéologique intégré. Tous ceux qui vous demandent de voter pour une Europe qui ferait barrage à ce qu’ils ont eux mêmes crée est une imposture intellectuelle.

Revenons aux élections. Cette technostructure autoritaire qui a brisé le Grèce et qui ne rêve que de nivellement par le bas du coût du travail, qui ferme les yeux aux dérives liberticides de certains de ses Etats membre, qui exige la rigueur au nom des intérêts de Berlin et des happy few contre toute logique - d’autres nomment cela la déconomie -, je la définirais plutôt comme un dogme d’une secte aussi intéressée que bornée, avec ses clercs, ses prédicateurs télévisuels et ses fanatiques, génère désormais de l’entropie, un désordre permanent et un blocage institutionnel au sein de l’Europe et de ses pays membre, de l’ingouvernementalité. Il s’agirait, rien que pour contester cette Europe, de voter pour un parlement en équation avec cette situation, de préférence par une contestation sociale progressiste et insoumise qui ne laisserait plus le parlement hors du champ politique réel. A l’appel de faire barrage à l’extrême droite (manière scabreuse pour perpétuer le pouvoir technocratique), il n’y a qu’une solution : voter contre ses idées et ses propositions et, en même temps, chasser les technocrates qui la perpétuent. Comme disait le gauchiste notoire Raymond Aron, « Avant que la société ne puisse être libre, il faut qu’elle le soit »…

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