La divergence, une maladie honteuse ?

La défaite de Donald Trump ne doit en aucun cas signifier que les raisons qui lui ont permis d’accéder au pouvoir aient disparu. Les soixante dix millions qu’il a engendré en son nom et à une certaine manière de gouverner, autoritaire, simpliste, arrogante et dépourvue de surmoi, indiquent que notre temps n’est plus celui du consensus mais plutôt celui du retour des instincts les plus primitifs et les plus sauvages qui sont refoulés en chacun de nous. En fait, la vraie crise est là. Faute de réponses, l’individu, poussé dans ses retranchements les plus intimes et exaspéré de constater que seul le cri, la révolte, la force ont une chance d’être entendus, finit par choisir l’aventure la plus irrationnelle face à un train-train gestionnaire aux allures de bulldozer nivelant tout sur son passage. En ce sens, l’analyse, mainte fois répétée de peur qu’on choisisse une autre explication, qui présente les Etats Unis comme une société malade, au bord de la guerre civile à cause du président sortant, confond cause et conséquence. Certes la société est divisée, mais aucunement malade. Elle a tout naturellement choisi le conflit plutôt que le consensus, puisque ce dernier est incapable de répondre à l’essentiel. Certes Trump est un mauvais cheval, mais les raisons qui lui ont permis d’accéder au pouvoir et à augmenter de manière significative le nombre de ses électeurs, indiquent que le peuple, comme au Brésil, en Inde, en Hongrie en Turquie ou aux Philippines (pour ne donner que quelques exemples simples) tend à préférer les aventures musclées simplistes sexistes et rétrogrades qui cultivent ses croyances les plus simplistes et leur gagne-pain plutôt qu’aux procédures technocratiques et complexes qu’il ne fait que subir. En ce sens, les dites fausses informations (fake news) avec lesquelles le président se gargarise n’indiquent pas qu’elles sont vraiment fausses mais qu’elles viennent d’un monde qui n’a plus le moyen d’influencer qui que ce soit puisque les valeurs dont il se réfère sont renversées : il se dit démocrate mais il est anti - démocrate : Il s’occupe des droits des minorités mais sacrifie les majorités. Il défend les hommes de couleur mais ne protège ni les blancs ni les pauvres, et encore moins les blancs pauvres. Enfin, sur le la pandémie le clivage est clair entre ceux qui veulent vivre et consommer et ceux qui veulent simplement survivre. Au sein des régimes totalitaires, et j’entends ici ceux qui refusent toute alternative à ce qu’ils proposent, qui gouvernent en installant une fatalité structurelle, la divergence était jusque là considérée comme une preuve d’irresponsabilité. Désormais, on peut la considérer comme une maladie grave, dont on ne peut guérir qu’en plaçant l’infecté en quarantaine…

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