Rejet et rebelles sans cause

Le succès de Donald Trump, il y a quatre ans est du à son hétérodoxie : il accentua le côté isolationniste traditionnel du parti républicain, qui avait souffert des politiques des Buch, et il finança sa politique par la dette, comme le faisaient, en général, ses adversaires démocrates. Il a perdu cette fois parce qu’il n’a pas pu s’opposer au rouleau compresseur d’un libéralisme étatique boosté par la crise sanitaire. Entre temps, sa politique basée sur l’emprunt (qu’il vendait comme une politique anti - impôts) préserva la suprématie du marché permettant au libéralisme étatique de reprendre le dessus malgré la crise. Les démocrates, qui ont l’habitude de normaliser, ont fait valoir une orthodoxie globale (climat, terrorisme, alliances, apaisement des conflits, défense des minorités etc.) faisant passer le trumpisme comme une maladie honteuse. En face, les troupes se barricadèrent dans la haine et la foi, transformant un projet politique (peut-être jamais pensé) en une croisade libertaire opposant, entre autres, la foi à l’administration centrale. Il est probable que ce survivalisme militant avait aussi des relents racistes, machistes et suprématistes. Mais ce qu’il n’était plus (ou ne l’a jamais été) c’est d’être une critique sociale de l’économie de marché et de ses dérives. Un peu comme le syndicat les Teamsters (années 1960), violent dans ses actions, profondément attaché à l’individualisme quasi hors bornes des camionneurs, mais complètement intégré dans la logique capitaliste le plus libertaire et la plus réactionnaire.  C’est dire que cette fraction de l’Amérique qui se défie de toute autorité administrative qui vit dans son propre monde (on l’appelle aujourd’hui « vérité alternative ») mais qui accepte sans broncher le système économique, n’a rien de nouveau. La nouveauté c’est que désormais il embrasse la moitié de la population américaine, puisque la mondialisation libérale obligatoire a transformé une moitié géographique de l’Amérique, celle des grands espaces, et du « belt » évangéliste en un creuset de la « rébellion sans cause » bercé par une religion qui considère mieux connaître l’au-delà, ce qui lui donnerait le droit de s’opposer aux règles de l’ici.   

Un mauvais cheval opportuniste, ayant tout sa vie vécu dans le sérail permissif et magouillard des élites et dont les libertés prises avec l’éthique, la religion, les règles de la cité étaient notoires et exhibées se pare des habits de cette résistance à la normalisation, et donc il finit par perdre. Mais ce qu’il représentait par opportunisme ne va pas s’évaporer. Il reviendra, sans doute sous une forme plus critique, au sein même du parti des vainqueurs. Ou pas...

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