Mauvaise foi

Le président fait semblant de na pas comprendre. Il prend, une fois encore, le plaisir malsain de détailler son programme euro – compatible, en lui donnant la forme d’une lettre aux français, dont tout le monde sait qu’ils sont des riens, des réfractaires, des cons finis, des paresseux, des irresponsables fuyant l’effort, des abrutis ne comprenant rien à l’économie, à l’Etat de droit, aux bienfaits de l’Europe Unie, et ceux de la mondialisation et de sa concurrence libre et sans entraves, bref à ce qui permet, dans le cadre d’une démocratie limitée et arbitraire, la prospérité et le bonheur égoïste des super - riches, des clercs haut de gamme et des porte parole d’une presse inféodée (sans même en être consciente). Cette dernière baigne tellement dans cette réalité immuable qu’elle s’offusque quand on la prend en partie, ne se demandant jamais le pourquoi mais cherchant toujours, comme vous, monsieur le président un défaut congénital chez ses détracteurs. Cet entre - soi, qui occulte les abattement fiscaux, s’harmonise à la pub, fait constamment son autopromotion avec le regard amusé du travail bien fait, reste votre ultime barrage. Sauf que, plus personne ne la prend au sérieux, étant à votre image.

Mais revenons à nos moutons, la lettre présidentielle.

Avec constance, les gilets jaunes exigent la justice fiscale, c’est-à-dire que riches et pauvres s’acquittent de l’impôt de manière équitable.  Cela exigerait que Carlos Ghosn soit au moins licencié. A cela le ministre de l’économie rétorque que cette fraude fiscale est légale, donnant ainsi un exemple clair des passe-droits des nantis, quand par ailleurs il clame lutter contre les paradis fiscaux.

Votre réponse à l’injustice fiscale est : moins d’impôts. Cela n’a rien à voir.

Les gilets jaunes souhaitent un Etat exemplaire, moins de conseillers grassement rémunérés, sans parachutes dorés, pas de travaux pharaoniques pendant qu’on leur impose des économies, une représentation équitable reflétant la vraie force des mouvements politiques, un pouvoir local autonome qui ne dépend pas du bon plaisir de l’executif, un sénat et un parlement non pléthoriques…

Le président répond moins de maires, moins de corps intermédiaires et ceux qui restent plus dépendants de l’exécutif moins d’Etat. Cela n’a rien à voir.

Les gilets jaunes exigent plus de justice et mieux ordonnée, éradication des passe droits, des niches fiscales (dont celle des journalistes), pas de cadeaux aux plus riches, un Etat solidaire, qui n’attend pas béatement - et ce depuis des décennies - un retour à l’investissement volontaire de la part des plus robustes.

Le président répond par l’affaire Benalla et des salves de flash ball, et le mythe du premier de cordée.

Cela n’a rien à voir

Les gilets jaunes demandent moins de libéralisme sauvage, plus d’hôpitaux, d’écoles, de trains, de service public, le président répond : moins d’Etat.

Cela n’a rien à voir.

Les gilets jaunes disent justice le président répond directives européennes, technocratie, dette.

Cela n’a rien à voir.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.