Objets inanimés…

Je ne suis pas particulièrement attaché à Notre Dame. D’ailleurs, chaque fois que j’ai voulu y entrer j’ai fini par renoncer : trop de touristes, une queue sans fin, un brouhaha insupportable. Je préférais, et de loin, me perdre dans les ruelles du quartier latin ou me promener le long de l’île de la Cité. Cependant, en faisant un effort d’abstraction - tout en évitant vélos et skateboards – je comprenais, qu’assiégés d’insignifiance et d’insouciance, des murs épais, des gargouilles et des chimères inquiétantes, plusieurs fois centenaires, m’observaient de haut.

Vous l’aurez compris : je suis de ceux qui ne croient pas en dieu. Cependant, les monuments et leur histoire me parlent. De la Sicile à Malte, de la Bavière à l’Ecosse, du Kosovo à Moscou, du Mont Athos aux Météores ou le Sinaï, les églises perdues, les monastères, tout comme les châteaux et les cathédrales érigés de manière ostentatoire m’interpellent. Surtout quand elles ne sont pas polluées par la foule touristique. J’ai alors un sentiment étrange qui m’assaille : plus la foule investit les monuments, moins ils me parlent. Plus ils sont « visités » et moins ils me sont sacrés. Je préfère me promener au palais des papes, désespérément vide d’hommes et de mobilier que visiter le temple de Poséidon bousculé par des centaines de japonais et leurs téléphones multi fonction.

Je ne sais pas pourquoi Notre Dame, dévastée, sans fioritures ni maquillage, aujourd’hui je la vois. Objets inanimés, avez vous donc une âme disait Lamartine. Mais pour que cette âme s’attache à la mienne, combien d’obstacles, combien d'épreuves…  

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