Géopolitique, têtue…

On oublie souvent les temps, pourtant mémorables, où, après le victoire des « combattants de la liberté » sur les soviétiques, les USA oublièrent l’Afghanistan, le laissant sombrer dans les luttes intestines interminables entre seigneurs de la guerre, émirs désargentés, fondamentalistes oubliés et trafiquants de drogue.(celle-ci finançant ceux-là). On oublie aussi les étudiants en théologie (Talibans), enfants naturels des services secrets pakistanais qui serviraient à une pacification digne de leurs intérêts, constatant que le fouillis légué par les américains, ne convenait plus à ce qu’ils considèrent (encore aujourd’hui) comme leur chasse gardée, un « espace de profondeur opérationnelle » disaient-ils à l’époque. A l’époque, les USA considéraient l’Afghanistan comme insignifiant et ingouvernable, et voyaient d’un œil mi - bienveillant mi – agacé la main mise pakistanaise à Kaboul, s’auto persuadant qu’ils avaient d’autres chats à fouetter, la Chine, les dragons asiatiques et leur potentiel, la perse impériale transformée en Iran théocratique et, bien sûr l’agonie de l’URSS.  Ils engagèrent pourtant un bras de fer via l’Afghanistan  avec le Pakistan et sa bombe atomique, essentiellement par ricochet, via leur agence antidrogues. Au pouvoir, les Talibans jouèrent les Nations Unies, éradiquant les cultures de l’opium cherchant le satisfecit du PNUCUD (qu’ils finiront pas avoir).  On n’a pas le souvenir d’une réaction musclée, face au sort fait aux femmes ou la politique théocratique des Taliban qui n’était pas fondamentalement différente de celle menée par des seigneurs de la guerre comme Hekmatyar ou sur les « territoires autonomes » pakistanais, sous la coupe de clans fondamentalistes qui étendaient, doucement mais sûrement, leur influence sur l’ensemble du Pakistan.

Ouvrons une parenthèse, pour ne pas compliquer le sujet : les talibans, comme les émirs des territoires autonomes pakistanais sont pachtoun, Massoud était tadjik, Dostom, l’homme fort de Mazar e Charif est ouzbek, - et ex officier soviétique - (avec des relations très étroites avec les mafieux de la Turquie et de l’Ouzbékistan, tandis qu’à l’ouest afghan (Herat) régnaient les Khan, potentats iranophones. Mais passons.

Si les attentats du 11 septembre ont changé la donne, puisque Al Qaeda avait trouvé refuge à Kaboul, la lutte contre le terrorisme de l’administration Buch fut idéologiquement pervertie par les néo –conservateurs en une guerre voulant imposer la « construction des pays » envahis et leur alignement aux intérêts américains. Cette politique, conforme à la politique intérieure américaine, alignée sur l’idée que les USA sont les maîtres belliqueux du monde  - contrairement à l’Europe qui est prête à tous les compromis (elle descend de Venus)  -, tournait le dos à la complexité du monde moderne, à la politique US dans le sud-est asiatique et face à la Russie post –soviétique, ignorait les enjeux géopolitiques de l’Asie Centrale, du Caucase, du Pacifique, de l’Europe centrale, au Moyen Orient, présupposant que la puissance militaire américaine oblige. Ce ne fut évidemment pas le cas et cette puissance connut très vite ses limites se couvrant, en sus, de ridicule. .Les administrations Obama qui suivirent, radicalement opposées à ce concept durent cependant gérer ce legs empoisonné, et, comme au Vietnam, continuèrent des conflits mais cette fois à reculons. Entre temps, La Chine, la Russie, les républiques d’Asie Centrale, y profitèrent pour retrouver leur autonomie et même  - c’est le cas de la Russie -, pour réaffirmer leur identité impériale.  Le slogan de Trump « l’Amérique d’abord » ne fait que constater cette impuissance de la puissance imaginaire, et celle de Biden en tire les conséquences. Si l’on veut que sa voix compte, il faut accepter que d’autres voix (et voies) existent. Il n’est plus question de « bâtir la démocratie » qui convient à l’Amérique mais à considérer le terrorisme comme un sujet à part, universel. Quand aux droits des femmes, des minorités ethniques, de la démocratie, de l’Etat de Droit, l’Amérique et ses alliés font savoir que ce n’est plus leur problème. En fait, il ne l’a jamais été… Par contre ce qui existe ce sont le pétrole, la libre circulation des biens (mais pas des personnes), la bourse, et le commerce international. A tout Hongkongais (ou Ukrainien, ou Taïwanais, ou Hongrois, ou Arménien etc.), le message devrait être limpide… 

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