Défauts séduisants et qualités exécrables

Amazon vend à tout vent. A qui ? A personne si on observe la levée de boucliers de quasi tout le monde. Et apparemment, ne vendre à personne est une affaire sacrément rentable. Il faut croire que le distributeur a tout de même des qualités, la première de toutes étant qu’il fait remonter au grand jour les contradictions, que dis-je, la schizophrénie en chacun de nous. Regardez un peu tous ces comédiens qui manifestent contre la fermeture des librairies et, en même temps, se font engager dans un film produit par Amazone. Vous me direz, vu les circonstances, l’argent parle, et qu’il vaut mieux jouer pour la toile plutôt que de ne pas jouer du tout. Sauf que, sauf que c’est la même démarche qui a permis l’érection les zones commerciales et la désertification du centre-ville qui, en passant, n’a pas attendu la pandémie pour s’épanouir comme la fleur séduisante transformée en quelques décennies en crève cœur de nos villes et nos campagnes. Inutile de souligner que les maires, le gouvernement et ses technocrates s’inquiètent de la situation et investissent des sommes faramineuses pour rendre le centre ville plus attrayant, pensant sans doute que c’est le sex-appeal qui régit les habitudes consommatrices du citoyen. Personne n’a trouvé cohérent de rappeler aux inquiets, qu’argent et besoin jouent aussi un rôle. Serait-il autrement le goût esthétique du français aurait radicalement changé, faisant de ces non-lieux des zones commerciales –pour paraphraser Marc Augier -, partout les mêmes et partout aussi laids le must de la beauté architecturale.  Serait-il autrement les français adoreraient se promener dans un environnement bétonné, impersonnel, pollué, ils adoreraient aussi le slalom entre les voitures, les queue infinie devant les caisses, les embouteillages au milieu de nulle part et l’uniformité des marques et des enseignes.

Les belles âmes, les militants –justiciers, rétorquent qu’Amazone ne paie pas d’impôts. Qu’elle est partout et nul part. Certes. Mais ceux qui sont ancrés dans le réel du macadam non plus. Les 450 milliards annuels de fraude fiscale le prouvent à chaque instant. Mais eux, au moins, contribuent généreusement à la vie politique, puisque du moins au moment de la création des centres, ils ont, certes illégalement, financé tous les partis politiques, sans exception. Pas besoin de se plaindre alors, ni s’inquiéter comme tous ces gens qui font pression sur leur maire pour un permis de construire en zone inondable et juste après se plaignent d’être inondés. 

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