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Billet de blog 26 mars 2022

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Candidats : analyse concrète d’une situation concrète.

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Douze candidats, représentant des tendances nouvelles ou solidement ancrées de la société française.  En ce sens, rien d’exceptionnel. Par contre la tendance des dernières élections se confirme : les partis historiques du début de la 5erépublique semblent moribonds. Ils représentaient il y a un demi-siècle près de 85 % des voix, ils totalisent péniblement moins de vingt. Gaullistes, socialistes, communistes et centristes, défigurés, déphasés, pervertis par la gestion du pouvoir semblent désormais hors socle, même si certains partis se réfèrent à leur héritage, lui aussi défiguré et perverti. Mais le plus important pour leurs héritiers réside au fait qu’ils sont difficilement identifiables, tant leurs dires et surtout leur gestion semblent similaires. Politiquement ils représentent ce que Macron nomme le « monde d’avant » Mais quel est alors le « monde d’après » ? Où se situent les nouvelles fractures ? Il existe vraiment une nouvelle donne politique, ou le monde d’avant, tel un caméléon, a investi, sous d’autres formes, la superstructure politique de ce pays, assumant le fait que ces quatre forces politiques n’ont pas grand chose à départager ? L’opération « ni droite - ni gauche » n’est pas, après tout, le résultat de cette synthèse qui a permis au président actuel d’accéder au pouvoir ?  Oui et non. Oui parce que on trouve dans son parti des caciques de droite et de gauche assumant pleinement la suprématie du marché, la mondialisation comme un heureux fait accompli, la technostructure européenne comme un atout et la démocratie représentative comme une formalité.  Non, car la majorité des citoyens, même si elle est toujours fragmentée, a tourné le dos à cette synthèse.

Déjà, Giscard d’Estaing et François Mitterrand, chacun à sa manière, avaient reconfiguré leur propre paysage politique, soustrayant au parti gaulliste et au parti communiste leur monopole politique, étatique pour le gaullisme, municipal pour les communistes. Ils changèrent, aidés par leur époque et l’environnement international, l’hiérarchie mais aussi la nature et la force respective des quatre partis. Le Centre (RI) s’affirma moderniste, alors qu’il représentait jusque là les droites antigaullistes et atlantistes. Les héritiers de la SFIO (PS) promirent la ré industrialisation de la France mais précipitèrent sa désindustrialisation en abandonnant le peuple qui va avec. Les communistes, affaiblis par ce processus et surtout par la fin du communisme soviétique, s’enfermèrent sur leurs bastions, qu’ils perdirent les uns après les autres. Quand aux gaullistes, ils sacrifièrent leur dogme au profit d’une real politique droitière qui finit par ne plus les différencier de leurs frères ennemis atlantistes, concluant cette mue par la création d’un parti des deux droites (UMP). Concentration et rétrécissement pour les uns, marginalisation pour les autres. Parallèlement, l’extrême droite investissait aussi bien le champ abandonné d’une droite nationaliste que des pans entiers de la gauche tribunitienne en particulier dans les régions frontalières du nord et du sud, jadis bastions communistes. Elle introduisait le thème de l’immigration en lui donnant une place centrale : elle se renforçait à chaque élection, tandis que ce thème influençait de plus en plus les autres forces politiques et la société en général. Ainsi et pour être bref, depuis la fin les années 80, la multitude des partis cachait mal leur affaiblissement idéologique, les choix de plus en plus restreints pour les citoyens,  l’extinction des débats, la déconnection de la représentation politique institutionnelle aux préoccupations de leurs électeurs et l’introduction, pour parer à ces déficits, d’une multitude de sujets de société fragmentant les opinions sur des sujets jusque là périphériques.  Cette dispersion, cette atomisation citoyenne n’est pas uniquement du fait de la sphère politique. Mais le modèle du citoyen – consommateur (d’idées, de produits, de loisirs, de désirs, de carrières, de mode de vie, de projets) au sacrifice d’un récit, d’un engagement, d’une vision collective, l’est certainement. Représentant et représenté misent sur le plus petit dénominateur pour justifier, sinon d’expliquer, ce malaise montant malgré une offre faussement multiple du bonheur. Et le responsable est vite trouvé. IL s’agit de tout ce qui ne participe pas à cette saga normative aux allures de supermarché : celui qui, dépourvu de caddy, ne consomme pas. Adieu la solidarité, bonjour l’exclusion.  Celle-ci est en effet la première victime : l’individualisme forcené a rendu caduque le troisième volet du triptyque de la République rompant de la sorte un équilibre sémantique assumé. C’est bien de cela qu’il s’agit quand l’ex président Hollande parle de « gauche responsable ». Il s’agit d’une gauche n’ayant rien à jalouser à la droite, qui intègre la logique consumériste, tournant le dos à tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent participer au grand festin. En corolaire, tous ceux qui ont ce genre préoccupations sont irresponsables.  A propos, le discours  zemourien parait - certes de manière caricaturale - très proche de toutes ces entités dites responsables : il définît  la même résultat, restreignant au maximum l’éventail des privilégiés mâles qui exigent qu’on les laisse jouir en paix.

Reste que cette vision limitative d’une France gestionnaire des privilèges n’est pas du goût de la majorité des français. L’offre politique, consciente de cette réalité, s’adapte tant qu’elle peut, sans mettre en cause le morcellement des opinions du quel elle tire profit depuis si longtemps. Il ne faut donc pas croire que le manque de programmes - ou la transformation de ces derniers en des listes interminables essayant de résoudre les problèmes en commençant par les détails -, est le fait de la médiocrité des candidats et de leurs partis.  Une vision globale, détaillant et articulant les propositions, reste pour l’instant le monopole de ceux qui ne se font pas à l’idée que la France telle qu’elle est et telle qu’elle fonctionne au sein de la globalisation est une fatalité.  En ce sens, trois visions s’opposent : Chez Zemmour, à qui on reproche souvent de mal gérer les détails, celle-ci est nostalgique. Son projet, global, nous ramène à un idéal imaginaire, d’un pays  mythique, c’est à dire auquel il a soustrait les aspérités dérangeantes. Comme il dit si bien, l’histoire est une affaire d’universitaires, les mythes fondateurs sont les seuls qui comptent pour l’identité d’un pays. Sauf que l’histoire et les luttes citoyennes ont atténué les inégalités hommes - femmes, on supprimé le suffrage sancitaire, ont criminalisé l’antisémitisme et le racisme, on supprimé la plus part des colonies, ont modernisé l’agriculture, inventé internet ou légalisé l’avortement. Les références historiques de ce candidat semblent oublier ces événements, mais la vision, elle, demeure. En face de cette vision nostalgique existent deux autres : celle de moraliser le présent et se projeter dans un futur plus solidaire et plus humain de Mélenchon. Celui-ci arrive même à articuler les défis et leurs solutions dans un programme. Dans cette campagne, il est le seul. Cependant, la vision macronienne existe aussi. Gérant le quotidien (et souvent en tirant profit), il peut se passer de programme. Elitiste, technicien, fidèle à l’autoritarisme en ce qui concerne la démocratie réelle, il positionne en son centre les institutions européennes, qui fonctionnent de cette manière. Le formalisme doit être respecté, mais les peuples, volages, ne peuvent en aucun cas être les garants d’un quelconque processus. C’est à la technostructure de prendre les décisions, à diluer les responsabilités, à faire avancer, malgré les résistances et les avis - quitte à sanctionner -, ce projet unificateur faisant de l’Europe un acteur central de la mondialisation et la France son fer de lance. Ces trois visions contradictoires surplombent le débat électoral. Les autres, n’arrivent pas à articuler une vision. Celle, écologique, se fourvoie entre une obsession et une vision du monde qui la déclasse. Les propositions de l’extrême gauche, même figées,  sont moins fossilisées que celle de l’ombre d’une droite sur jouant la certitude qu’elle a encore quelque chose à dire. Le reste n’est que le décor institutionnel d’une démocratie formelle qui n’arrive pas à faire le deuil de la démocratie réelle  …

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