Michel Koutouzis (avatar)

Michel Koutouzis

Abonné·e de Mediapart

258 Billets

1 Éditions

Billet de blog 27 septembre 2022

Michel Koutouzis (avatar)

Michel Koutouzis

Abonné·e de Mediapart

Trop c’est trop

À tous ceux qui s’étonnent de la montée de l’extrême droite en Europe, il faudrait peut-être rappeler qu’elle ne descend pas du ciel.

Michel Koutouzis (avatar)

Michel Koutouzis

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

À tous ceux qui s’étonnent de la montée de l’extrême droite en Europe, il faudrait peut-être rappeler qu’elle ne descend pas du ciel.

Ainsi, Il faudrait énumérer les ressorts générateurs de cette tendance mortifère. À commencer par l’essentiel : l’uniformisation néolibérale de l’Union Européenne et les sanctions qui vont avec contre toute volonté populaire de ne pas s’y soumettre. Au point que toute critique au néolibéralisme est considéré comme une critique de l’UE elle même.

Le rôle répressif de cette Europe est ressenti comme une intrusion normative d’un organisme technocratique qui, diluant toute velléité démocratique en son sein, méprise systématiquement  la volonté des peuples qui la composent. Au point que tout gouvernement qui s’en accommode est considéré comme fantoche.

En plaçant comme premiers ministres des hommes de main en Italie ou en Grèce qu’elle baptise « technocrates », l’Europe renforce cette opinion au lieu de tout faire pour la combattre. Elle en fait de même chaque fois qu’un dirigeant émet des doutes – ou son opposition -, aux politiques menées. Pire. Dans le cas grec, il y a une volonté d’humilier, d’annihiler un anti discours progressiste et d’effacer une volonté populaire, largement majoritaire, de refuser, par referendum, les dictats européens. 

Bien entendu, cette Europe, aussi autiste que technocratique, n’est pas la seule cause de cette riposte : incapables de justifier une politique faisant la part belle au marché, à l’accumulation folle du capital et la paupérisation de l’État aux dépends des classes populaires, via des mesures ouvertement anti sociales, les gouvernants répliquent par des réformes d’ordre sociétal, fragmentant l’opinion citoyenne, cultivant un individualisme forcené, aseptisant par l’intégration toute différance, toute aspérité, sel de la terre d’une nation.

Ils renforcent par ailleurs un sentiment d’insécurité (salarial, sociétal, identitaire, etc.). Ne pouvant plus permettre le meilleur mais vendant allègrement le pire. Ces gouvernements détaillistes (qu’ils soient conservateurs ou socio-démocrates) embrassent tout ce qui divise, qui isole, qui morcelle, inventant quotidiennement des excuses dont l’essentiel est emprunté aux idéologies d’extrême droite, croyant que de la sorte ils vont perpétuer leur pouvoir chancelant en se définissant comme alternative aux propositions autoritaires d’une extrême droite.

Or, celle–ci, évolue. Des Pays Bas –précurseurs - à la France, le discours de l’extrême droite se veut défenseur des victimes d’une mondialisation folle, qui trouvera par ailleurs ses limites pendant la crise sanitaire et la guerre en Ukraine.

Pourtant, l’UE et les gouvernements européens de la « vieille Europe », persistent - comme si rien n’était -, convaincus (dans le sens religieux) qu’ils détiennent la vérité et que celle-ci doit, de gré ou de force, prévaloir.  « Nous avons les outils », cette phrase terrible de la présidente de la Commission, résume tout : désormais, en Europe, les moyens, l’emportent sur le but et même sur les raisons d’exister.

Pas étonnant donc, que partout en Europe les peuples emploient les outils qu’ils leur restent pour contrer cette dérive antidémocratique. A propos, si la France Insoumise n’existait pas - c’est-à-dire un anti discours structuré progressiste -, ce pays connaitrait déjà le sort de l’Italie… 

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.