On taxe mon moyen de locomotion au nom de la transition écologique.

Texte de Pascale Perez

Côté déplacement, j’habite un petit village du Lot et Garonne, environ 300 âmes, où il n’y a plus aucun commerces, même plus d’école ni même de messe le dimanche.

Alors, nous devons utiliser la voiture pour tout : le travail, trouver du travail, emmener les enfants à l’école, aller chez le médecin, et je ne parle pas de la culture ou du sport, … Ce que les urbains trouvent au coin de la rue, nous, nous devons prendre la voiture pour y accéder puisqu’il n’y a plus de transport en commun.

La taxe sur le carburant taxe toutes nos activités quotidiennes et ceux qui nous les proposent.

 

Ici, pour trouver du travail, il ne suffit pas de traverser la rue (de l’autre côté de la mienne, se sont les vaches de mon voisin), il faut prendre la route. Pole emploi reste à 20 km. Et le bassin de l’emploi peut s’étendre bien au-delà (Agen, Bordeaux 80 et 90 Km respectivement). Il y a bien le train qui tous les matin et tous les soirs emmène des travailleurs, des élèves et des étudiants mais la ligne n’est pas rentable. La gare la plus proche est à 20 Km.

Pour les enfants, le regroupement des écoles oblige, pour les maternelles et les primaires, les parents à prendre leurs véhicules. Pour le collège (3km) et le lycée (20 Km), il y a le ramassage scolaire, à condition que votre enfant suive une filière générale. Si, en particulier pour les filières professionnelles, votre enfant souhaite autre chose, alors commencent les trajets

 

La santé, nous avons encore la chance d’avoir des généralistes (vous attendez une après midi entière jour de consultation), des infirmières, un dentiste près de chez nous (entre 2 à 3 km). Mais dès que vous souhaitez consulter un spécialiste, accéder à des services hospitaliers (de plus en plus en difficulté) alors la route à faire s’allonge. Le week-end, seuls les urgences sont accessibles (20 km), les pharmacies de garde peuvent se trouver très éloignées de vote domicile. Vaut mieux ne pas être malade en fin de semaine, ici.

 

A ces dames et messieurs du cinquième art qui viennent nous faire la leçon sur les plateaux télé ; si je veux aller au cinéma, qui est un grand plaisir pour moi, au plus près j’ai 10 Km ou 20 Km. Se sont des cinémas associatifs qui vivent en grande partie sur le bénévolat. Faire ces kilomètres, c’est aussi soutenir la culture dans nos campagnes et ceux qui la promeuvent. Soutenir une librairie indépendante, assister aux rencontres organisées avec des auteurs, c’est aussi 20 km. Assister à un spectacle, un vernissage, un concert, 20 km minimum.

 

Nos enfants, comme tous les enfants, ont aussi le droit d’avoir accès à la culture, mais là encore, pour étudier la musique, la danse, faire du sport, la voiture est indispensable. Si vous avez de la chance, le club de basket est à 3 km, si c’est un musicien se sera 20 km.

 

Faire les courses, là encore les kilomètres s’accumulent. Malgré tout, nous essayons de valoriser les circuits courts, de privilégier les producteurs locaux, faire vivre nos commerces de proximité et nos marchés. Nous sommes d’autant plus concernés que se sont nos voisins, nos amis, nos parents. Mais tout le monde n’a pas les moyens et c’est le supermarché qu’il l’emporte. Nos centres se vident et les ZAC explosent. Je serai curieuse de connaître la trace carbone de ces espaces commerciaux sans fins aux abords de nos villes, que Monsieur Lemaire souhaite aider suite aux blocages des gilets jaunes.

 

Et si nous ajoutons d’autres taxes ….

 

La hausse de la CSG sur les retraites est aussi une taxation sur nos modes de vie. Ici, la solidarité familiale est encore très présente et se traduit par l’entraide entre les générations, sauf que la situation économique fait que sont les anciens qui aident les générations suivantes : enfants, voire petits enfants dont le niveau de vie est en train de chuter considérablement. Les gilets jaunes ne sont pas dans la rue pour rien, ils y sont pour le peu qu’il leur reste.

 

Et tout cela dans une dégradation générale des services publics, beaucoup plus ressenti dans les campagnes, puisque cela se traduit en kilomètres parcourus. Qui peut croire qu’un service public puisse être rentable ?

 

On nous parle de transition écologique, vous pensez que parce qu’on roule en diesel nous ne sommes pas sensibilisés à l’environnement. C’est oublié que nous vivons au plus près de la nature.

J’ai en effet un diesel, mais je me chauffe au bois. Je trie mes déchets comme tout à chacun, je vais à la déchèterie régulièrement (7 km) pour ce qui ne rentre pas dans le tri sélectif de base. J’ai un composteur, des poules pour limiter au maximum mes poubelles. Je prépare moi-même mes produits d’entretien pour toute la maison. Dans mon jardin, je plante des fleurs, des arbres et des arbustes qui répondent aux besoins de toutes les petites bêtes. J’ai des haies où durant tout l’été ça butine et papillonne, et l’hiver, c’est un self service pour les oiseaux qui viennent picorer les baies. Nous avons installé des petites cabanes dans tout le jardin pour qu’ils nichent. Je délègue aux araignées, petits lézards et grenouilles la gestion des mouches et des moustiques. Fan de vide grenier, je transforme des rideaux en pantalon. Et ma trace carbone ?

 

Dans les champs voisins, sont réapparus les coquelicots et les bleuets, sur nos lignes téléphoniques, s’installent de petits rapaces. Cela veut dire que si il ya des rapaces, il a des mulots et si il y a des mulots il ya du grain à manger. Alors, les agriculteurs autours de moi, ne sont peut-être pas certifiés bio, mais ils ont changé leurs pratiques.

 

Chacun fait à sa mesure mais quand votre première préoccupation est de finir la fin du mois, il est en effet difficile de se projeter plus avant. Mais pour comprendre cela, mesdames, messieurs les politiques, commentateurs et autres analystes et artistes, il faut avoir vécu avec le SMIC, voire moins. Alors que les salaires de la fonction publique sont gelés, que l’OIT recommande une augmentation des salaires en France, nos ministres n’hésitent pas à augmenter ceux de leurs conseillers.

 

Quand les chantiers de St Nazaire ont vu l’horizon des ouvriers s’ouvrir avec les commandes de ces immenses paquebots, qui a posé la question la cohérence écologique sur le niveau de pollution de ces monstres ? Quand Monsieur Ghosn explique qu’à Maubeuge, on va produire des Nissan qui sont destinées au marché …. australien, qui met en avant la transition écologique ?

 

La question de la transition écologique se place à ce niveau, celui d’une vraie réflexion sur notre système de production et de consommation, équilibrant la nécessité que les personnes puissent vivre de leur travail de façon décente tout en préservant notre environnement. Pourquoi depuis des décennies, que le signal d’alarme a été lancé, aucun gouvernement n’a vraiment mis les moyens sur la recherche développement des énergies alternatives (le solaire est encore très couteux, comme les voitures électriques). Quelles solutions sociales et écologiques nous ont été proposées par les défenseurs de l’environnement, qui après nous avoir culpabilisés, nous punissent aujourd’hui.

 

La finance, tout comme ses gestionnaires, ses bénéficiaires et ceux qui les protègent, n’ont que faire de l’environnement. Ils veulent tout, tout de suite, sans s’inquiéter ni de la souffrance des hommes, ni de la celle de Pacha Mama. Aujourd’hui comme demain.

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