En avoir ou pas

Le président du parlement européen s’est dit « horrifié » de la position d’Athènes sur la décision prise par Federica Mogherini, haute représentante de l'UE pour la politique étrangère, et son annonce des mesures supplémentaires contre la Russie. Pourtant le premier ministre grec a simplement déclaré que cette annonce a été faite sans consultation préalable. Cette annonce ne nous représente pas a-t-il affirmé. Ila donc souligné l’évidence : l’UE est une association de plusieurs Etats et elle ne peut pas se substituer à eux sans accord préalable. Le conseil a essayé de couvrir la bourde en affirmant que le silence équivaut au consentement. Justement. La Grèce n’étant pas consentante, elle le fait savoir, tout comme Chypre. D’autres, dont la France, qui ne sont pas d’accord non plus, regardent ailleurs.  Habitué aux compromis, aux combinaisons, aux non dits et aux courbettes exigées par la fonction qu’il occupe et les procédures qui lui ont permis d’y accéder, le président du parlement croit peut-être que « ne pas en avoir » c’est la meilleure manière d’atteindre son but. Et il le démontre : « on ne peut pas » déclare-t-il « vouloir négocier les termes de la dette et ne pas être solidaire avec les instances dirigeantes de l’UE ».

On ne peut pas lui reprocher de ne pas connaître le mot de Maurice Thorez « l’Union est un combat » mais on peut facilement lui faire remarquer que la politique c’est pas l’économie, que l’économie c’est pas la finance et que la finance n’existe pas que dans sa version actuelle, qui essaie de se substituer à presque tout, depuis le logos et la philosophie jusqu’à la géopolitique.  

A force de croire que l’Europe c’est l’Allemagne et que l’Allemagne c’est le système financier qui lui garantit le bien être aux dépends de tous les autres, on arrive par avoir une vision très déformée du monde, de ses rouages et de ses enjeux. Oui monsieur Schulz, la démocratie existe et les citoyens peuvent toujours décider de ne plus se plier aux « évidences » de la dette. La géopolitique existe aussi et un pays peut, comme le fait par ailleurs l’Allemagne, décider au vu de ses propres intérêts. Et surtout ce qui n’existe pas c’est la fatalité en tant que sentence. Si vous voulez des pays et des peuples dociles, c’est que vous désirez des citoyens inutiles, des élections inutiles et un monde figé, le seul capable d’être gouverné par des technocrates.

La Grèce n’est pas le seul pays au monde obligé à tenir ses engagements. Tout le monde y est tenu, à commencer par le Conseil, la Commission et le parlement européens, sensés exister au nom de la démocratie, de la solidarité, l’égalité, de la dignité et de la pluralité - active et non béate -, afin qu’aucun des pays membre ne puisse s’adonner à des pratiques totalitaires, de celles qui ont marqué au fer rouge l’histoire de l’Europe et du monde entier.      

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