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Billet de blog 30 mai 2021

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Coûte que coûte ( sauver le libéralisme)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La crise sanitaire n’est pas terminée. Cependant, en Europe, elle semble partiellement sous contrôle : « vivre avec le virus », chose impensable il y a encore quelques mois, est devenu la norme, tout comme l’idée que dans cette guerre - déclarée par l’exécutif pour justifier le premier confinement –, il continuera a avoir des morts, des malades, des urgences sous tension, à condition que certains seuils ne soient pas franchis. En d’autres termes, le virus, oui, le débordement non.

Il est donc temps de prendre un peu de recul, pour faire certains constats, loin des passions et de l’hystérie propres à une crise. Il est temps aussi de se poser quelques questions ayant trait au fonctionnement de notre société, à ses atouts - ils sont incontestables -  et ses carences - tout aussi évidentes -.

En premier lieu, soulignons la place de la mort (et de la maladie). Au niveau éthique, la vie est une valeur absolue. Au niveau infrastructurel c’est moins évident. Disons, pour faire simple, que nos sociétés ne se donnent pas les moyens de leur ambition de sanctuariser et de garantir le cycle de la vie, hormis, bien entendu, les dits accidents de santé contre lesquels se concentre la recherche médicale et dont nos sociétés cultivent l’espoir qu’un jour ou l’autre la science en trouvera la parade. Certes on meurt toujours du cancer mais « on fait des progrès » Il en meurt moins, d’autant plus que chaque paquet de cigarettes nous rappelle que sont prix prohibitif est le résultat d’une croisade voulant supprimer un produit « responsable de 70% de cette maladie ». Il en va de même pour les maladies cardio-vasculaires et les accidents de la route. Soulignons toutefois que si on réduit de plus en plus la vitesse sur les routes, on s’abstient de baisser le rendement au travail, et on peine à faire admettre que lutter contre la pollution diminuerait drastiquement le stress et les crises cardiaques.  Sans vouloir nous éloigner du sujet, indiquons que dans le domaine de la sante, comme dans tout autre domaine, l’économie des flux tendus assume (et digère) la demande habituelle, mais est démunie face à l’exceptionnel.  Il est vrai aussi que si l’industrie pharmaceutique arrive à trouver rapidement une parade prenant la forme d’un vaccin, gardienne des sacro-saints brevets, elle reste incapable d’une production de masse et surtout elle commence par fournir ceux qui peuvent payer son produit - vaccin : Le profit reste roi et tant pis si cette épidémie creuse encore plus les inégalités entre les pays riches et tous les autres. Rien d’étonnant : durant la pandémie du Sida, le même modèle s’est mis rapidement en place, qui sanctionna très vite toute velléité de certains pays du sud (Inde, Afrique du sud, etc.) de produire les médicaments génériques pour protéger leur population. Ainsi, il n’est pas étonnant de constater que moins de 5% des vaccins anti - Covid arrivent dans le Tiers-monde et moins de 1% en Afrique.  Cependant, une épidémie virale ne peut vraiment être éradiquée que si elle est mondiale. Mais peu importe. Foyers et mutations peuvent subsister tant que l’Occident reste sous des seuils critiques qui permettent à ses systèmes de santé - désormais paupérisés - de fonctionner.

Depuis bientôt deux ans, combien de fois n’a-t-on pas entendu « on apprend au fur et à mesure » ou « c’est une situation inédite ». Mais jamais des excuses, ni « on s’est trompé ».  C’est sans doute une maladie de l’exécutif cette tendance prométhéenne de vouloir tout maîtriser tout en étant incapable d’assumer ses errances, ses mauvaises appréciations, ses fautes, et ce depuis l’affaire des masques, en passant par les tests viraux et jusqu’aux  vaccins. C’est surtout cocasse d’affirmer qu’on avance sur une terre inconnue sans jamais se tromper. Si « on apprend par ses fautes », force est de constater qu’on a pas appris grand chose, si ce n’est qu’à force de jurer par la mondialisation, ce système qui vous permet de fabriquer en payant travail et matières premières avec des cacahouètes, et vendre le produit fini en euros ou en dollars ; ce système qui permet de multiplier chez soi règles et normes tout en profitant de la corruption et de l’anomie ailleurs, n’est pas très efficace dès lors qu’on a besoin d’un masque ou d’oxygène… Ce n’est pas non - plus très rationnel de compter sur la technologie, la recherche et le savoir faire des autres, convaincus que le monde (mis à part les migrants), est une vaste cuve commune où on peut puiser à tout instant et sans modération ce dont on a besoin. En effet, les pouvoirs semblaient confondre facilités du marché et recherche fondamentale. Car si un enseignement peut être définitif, c’est celui concernant la valeur de l’argent. Celui-ci semble résister aux lois du capitalisme : plus la demande est grande, moins il vaut. Pour le dire autrement, l’argent n’est rare et cher que si on veut imposer aux Etats et aux citoyens des cures d’amaigrissement.  Il fallait s’y attendre : pendant cette crise l’argent apparaît pour ce qu’il est : un levier politique répressif pour récalcitrants. Mettre la Grèce et ses habitants à genoux pour 300 milliards, puis en distribuer trente mille milliards pour préserver le délabrement des hôpitaux, pour, justement, revenir au monde d’avant, quoi qu’il en coûte…

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