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Billet de blog 9 mai 2016

BOUES ROUGES : LA DECHARGE DE MANGEGARRI

Le lagunage comme il y a 120 ans, face à l'usine de résidus toxiques. L'ANSES a remis en cause les résultats des études de l'industriel.

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 Article du site Marseille Public.

Mange-garri, une décharge de soude & bauxite à ciel ouvert, en zone boisée provençale…

09/05/2016- Par Jessica Skrout
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A Bouc-Bel-Air, en pleine zone naturelle, non constructible et boisée, avec à l’arrière-plan la Sainte-Victoire, se trouve le site dit de « Mange-garri », une zone de 148 hectares occupée par l’industriel Altéo-Gardanne (appartenant encore à la SAS Aluminium Pechiney), pour y stocker ses déchets – les fameuses boues rouges – provenant du traitement de la bauxite guinéenne pour en faire de l’alumine. Le plateau est si vaste qu’il est facilement visible en avion, avec ses grosses tâches rouges constituées par les différents bassins (50 ha).
On a beaucoup parlé du scandale écologique constitué par le rejet en mer de ces boues semi-solides pendant 50 ans, et depuis le 01/01/2016 par celui d’un effluent liquide pollué (à 270 m3 par heure toute l’année, au cœur du parc des Calanques), mais on oublie que si les matières solides ne sont plus rejetées en mer, elles sont dorénavant stockées à Mange-garri. Ce site doit donc connaître une croissance considérable : 617.143 tonnes de résidus de bauxite supplémentaires, destinées à sécher puis être stockées comme déchets : on passe de 700.800 tonnes par an en 2014/2015 à 1.317.943 tonnes prévues en 2016. Le tout avec la bénédiction du préfet, accordée depuis le 08/06/2007, en dernier lieu par arrêté du 13/11/2014 valable jusqu’au 08/06/2021, pour une capacité de stockage de 2.600.000 m3.
En réalité, on ignore ce qui se trame à l’intérieur du site, interdit au public. On parle de lagunage, c-a-d séchage des boues par évaporation naturelle puis stockage des résidus solides. Néanmoins, Altéo irrigue un bassin qui ressemble à un lac rouge (voir nos vidéos) et ne sèche pas du tout, outre qu’on imagine mal la récupération ultérieure de solides dans ce marais. On parle aussi de valorisation des résidus pour produire un déchet appelé « bauxaline » et utilisable dans les travaux publics ou en couverture de décharge. Mais personne ne sait quelle est la part de cette valorisation ni quelle partie du site lui est dédiée.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que ces bassins de résidus de bauxite, mélés principalement à de la soude (nécessaire pour en extraire l’alumine, selon le procédé dit Bayer, élaboré fin 19ème), ne permettent aucune vie animale ou végétale. Rappelons que le pH de la soude est de 13-14 (le maximum) et que les animaux ne survivent pas à des pH supérieurs à 8. On voit bien sur les images ci-jointes les arbres morts dans les bassins, les vastes étendues de lagunage sans vie et les arbres rougis qui les bordent.
Autre certitude, les bassins de Mange-garri ne sont pas étanches : si leurs bords sont bétonnés, les fonds ne le sont pas… alors que, notamment, la rivière Luynes passe à une centaine de mètres (puis longe le Pavillon du Roy René) et des nappes phréatiques traversent ce site forestier.
Enfin, la décharge émet des poussières dans l’air, de différentes sortes et dispersées par le mistral, comme il est encore visible sur nos vidéos, au point que des riverains se plaignent d’être contaminés (mais sans avoir réalisé d’expertise) et que la ministre Ségolène a commandé une expertise indépendante à l’ANSES. Cet organisme conclut dans une note du 07/10/2015 « que les résultats de la modélisation (d’Altéo) ne peuvent être considérés comme validés. Cette conclusion vaut de fait également pour la caractérisation des risques sanitaires. ».
Et d’ajouter que « De manière opportune et au regard des enjeux de santé publique, l’Anses recommande que l’évaluation des risques liés aux envols de poussières s’intéresse simultanément aux deux sites, géographiquement proches l’un de l’autre, liés à la même activité industrielle, la fabrication d’alumine (…), et conduite par le même exploitant. » (p 11/15). Car en effet, Mange-garri est la décharge nécessaire à l’activité d’Altéo à Gardanne, où cette usine de 120 ans située en centre ville teinte de rouge les rues adjacentes et gratifie les habitants de micropolluants en pagaille, outre une dérogation préfectorale lui permettant de pulvériser les valeurs limites de rejet de dioxyde d’azote (nox) de 2010 à 2018…
Enfin, la réhabilitation de Mange-garri est un tabou non abordé et toujours biaisé. Certes, le préfet fixe des termes dans ses autorisations successives, mais tout en prévoyant que des prolongations puissent être accordées. Et il prescrit que « le réaménagement (notamment la revégétalisation des alvéoles) doit intervenir régulièrement, tout au long de la vie du site, dès lors que l’une d’elles atteint la côte topographique finale du projet, c-a-d lorsqu’elle n’est pas susceptible d’être surmontée par une nouvelle alvéole » (article 1.6.1), ce qui n’est toujours pas le cas si l’on s’en tient aux faits. Quant à Altéo, pourtant prolixe en com’ écologique, RAS. On peut tabler sur plusieurs décennies et des investissements colossaux pour que ce site redevienne viable, et cela après qu’Altéo ait cessé son activité, soit bien assez pour que ses actionnaires (un fonds de placement à risques, HIV Capital) aient pu disparaître de la circulation. Quant aux garanties financières exigées par la règlementation, elles prêtent à sourire, de l’ordre de 6 M d’euros par période quinquennale…

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  1. Michel Mazoleni9 mai 2016 à 15 h 34 min | Répondre

    Votre commentaire va être validé.

    Le Fonds Communs de Placements à Risques (FCPR) propriétaire et associé unique d’Altéo dont l’échéance opérationnelle est pour 2017 n’est pas HIV capital mais HIG Capital. C’est bien le sida de l’environnement agissant sur la santé humaine.

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