Le « commissaire » Zamponi rouvre l’affaire Markovic

« 69, l’année politique », un ressortissant yougoslave hébergé par Alain Delon finit cadavre dans une décharge. Un assassinat d’ou émane une rumeur de « ballets roses » avant que des photos de « partouze » ne finissent dans les rédactions. 40 ans plus tard, Francis Zamponi, journaliste « police-justice » est toujours sur la piste, avec roman noir.  Francis Zamponi - Photographie copyright Hermance Triay

« 69, l’année politique », un ressortissant yougoslave hébergé par Alain Delon finit cadavre dans une décharge. Un assassinat d’ou émane une rumeur de « ballets roses » avant que des photos de « partouze » ne finissent dans les rédactions. 40 ans plus tard, Francis Zamponi, journaliste « police-justice » est toujours sur la piste, avec roman noir.

 

Francis Zamponie Photo copyright Hermance Triay

Francis Zamponi - Photographie copyright Hermance Triay




Rapport de « l’inspecteur » Michel Puech :

 


L’attention de la section médias de la sous-direction de nos services a été attirée par la parution dans la collection « roman noir » des Editions du Seuil, d’un livre titré « 69, année politique » du journaliste Francis Zamponi. Cet ouvrage revient sur une affaire bien connue de nos services et de ceux de la DGSE (à l’époque SDECE).

 


L'affaire Markovic commence le 1er octobre 1968, par la découverte dans une décharge d’encombrants du village d’Élancourt (Yvelines) d’un corps en décomposition enveloppé dans ce que l’enquête révèlera être un emballage de matelas d’une marque bien connue.

 


Avec l’annonce par la presse des relations entre Stefan Markovic et l’acteur Alain Delon - il serait son « gorille » - l’affaire fait la une de toute la presse. Très vite, une rumeur court les rédactions et les milieux politiques : des personnalités « de haut rang » seraient impliquées. Ensuite le nom de Madame Claude Pompidou, épouse de l’ex-Premier Ministre, circule. Puis des photos – faux grossiers - censées la représenter en galante compagnie arrivent dans les rédactions et chez des amis de celui dont l’ambition est à l’époque, la Présidence de la République. Bien que la source de ces images n’ait jamais pu être identifiée, les milieux gaullistes proches du Service d’Action Civique (SAC) sont soupçonnés, du fait de leur notoire opposition à la candidature de « l’auvergnat » de Montboudif. Rappelons que les « ultra-gaullistes » reprochaient à Georges Pompidou d’avoir cédé, en mai 68, devant « les anars » et « les cocos ».

 

Le quotidien Combat de juin 1968

Feu le journal Combat du 5 juin 1968 : les accords de Grenelle.

 

 

L’implication d’un héros de la Résistance passé au grand banditisme, François Marcantoni, n’a pas été mise en évidence aux yeux de la Justice. Il fut pourtant l’acheteur du matelas dont l’enveloppe plastique servie de linceul au « dandy yougoslave ».


Non élucidée à ce jour, l’affaire Markovic est close depuis longtemps et notre service ne peut que s’interroger sur les mobiles dudit Francis Zamponi de ressortir cette affaire. Rappelons que Francis Zamponi a déjà réalisé un documentaire sur cette affaire diffusé en 2001 par la chaine de télévision France 3. A noter également qu’il a abordé le sujet également dans l’ouvrage « Histoire secrète de la Ve République » (Editions La Découverte) publié en 2006.

 


Ce journaliste est bien connu de nos services et depuis fort longtemps.

 

Il est né à Constantine (Algérie) le 8 avril 1947 d'un père policier corse et d'une mère institutrice pied-noir. Il a vécu jusqu'à l'âge de 11 ans dans un commissariat d’une Algérie en proie à la guerre que nous savons. Cette enfance particulière lui a permis d’écrire en 1999 « Mon colonel » (Editions Acte Sud) où les questions de « basses polices » et les rapports police-justice sont largement évoqués. Le livre a donné lieu en 2006 à un film réalisé par Laurent Herbier qui n’a pas connu le succès que ses auteurs espéraient malgré une qualité reconnue par les professionnels du cinéma.

 


C’est à partir de 1966 que nos services ont connaissance des activités suspectes dudit Francis Zamponi. Il est alors étudiant à la faculté de Nanterre et très proche d’un groupe anarchiste dont Daniel Cohn-Bendit devient en 1968 le leader. En 1969, il se rend avec ce dernier au congrès anarchiste de Carrare (Italie) accompagné d’un autre membre de ce groupe suspect, un certain Gérard Bois qui se fait appeler Gérard-Aimé dans les journaux d’extrême gauche auxquels il vend ses photographies. (Voir document image ci-dessous et lien)

 

 

 

Photo copyright Gérard-Aimé

A gauche Daniel Cohn Bendit, a droite Francis Zamponi à Carrare (Italie)

Photographie copyright Gérard-Aimé

 

 

A la même époque, pour vraisemblablement couvrir ses activités séditieuses, Francis Zamponi travaille comme assistant monteur et premier assistant réalisateur, principalement avec Jean Marboeuf et Roger Benazeraf pour la fiction, Daniel Costelle et Henry de Turenne pour les documentaires.

 

 

En 1975 Francis Zamponi débute une carrière de journaliste à l’Agence de presse Fotolib où il succède au poste de « chef des infos » à un certain Pierre Assouline lequel m’avait succédé. Rappelons que j’ai été « infiltré » deux ans plus tôt dans cette agence de presse très liée au quotidien d’obédience maoïste Libération. Serge July assurait la direction politique des deux entités pour le compte de l'ex-chef des "maos" Benny Levy alias Pierre Victor.

 


Après la fermeture de l’agence Fotolib, Francis Zamponi quitte Paris pour s'installer à Montpellier où il a travaillé pour FR3 Languedoc-Roussillon et commence à suivre l'actualité judiciaire et coréalise un magazine de faits-divers "Enquêtes et filatures". Il collabore également à Radio France Hérault où il assurait la chronique judiciaire tout en écrivant pour Libération. Il quitte Montpellier en 1986 pour participer au lancement de l'édition lyonnaise de ce quotidien puis revient à Paris pour être chef-adjoint du service société du même Libération puis chef du service des informations générales. Dans ce cadre, il a été durant l'année 1992 auditeur de l'Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI). En 1996 il s'est réinstallé à Montpellier où il vit aujourd’hui après une courte mission au sein d'un quotidien de Nouvelle-Calédonie.

 

 

Francis Zamponi à Apostrophe l'émission Bernard Pivot

Sur le plateau d'Apostrophe l'émission de Bernard Pivot - Antenne 2

 

 

Le roman « 69, année politique » prend place dans la production noire de Francis Zamponi. Avec le même ton détaché et administratif il avait déjà décrit dans « Le boucher de Guelma » (Editions du Seuil -Paris 2007) les milieux de l’OAS, des barbouzes et activistes de l’époque de la guerre d’Algérie. Avec « Vendetta corsa » (Editions Noesis - Paris 2003) il revenait dans l’ile de ses origines pour une affaire de toute beauté. Francis Zamponi est un journaliste très travailleur, la liste de ses productions radiophoniques, journalistiques et romanesques est très importante. (Voir son site web personnel)

 


Si, celui que ses amis appellent familièrement « le commissaire » est bien connu de nos services, il les connaît bien également. En 1978, il publiait déjà « La meilleure police du monde » (Editions Duculol). N’en manquant pas, il réitère en 1989 avec « La police, combien de divisions ? » (Editions Dagorno), enchaîne avec « Les RG à l'écoute de la France. Police et politique de 1981 à 1997 » (Editions La Découverte). Il ne faut pas négliger non plus un documentaire pour France 2 réalisé en 2003 avec un titre qui en dit long : « Un œil sur les RG ».

 


Il me semble donc essentiel que nos services gardent un œil sur ce personnage, en particulier nos services de Montpellier qui, quelles que soient les vicissitudes budgétaires, ne doivent pas hésiter à se procurer rapidement l’ensemble des ouvrages de cet individu et surveiller attentivement ces prochaines productions.

 

 

Michel Puech
5 juillet 2009 (après correction)
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Remerciements pour les photographies

 

 

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