Visa : William Klein en «rock star» à Perpignan #4

 © William Klein © William Klein


Peintre, cinéaste, photographe de mode, de reportage, William Klein né le 19 avril 1928 à New York, est le plus parisien des américains. Invité d’honneur de cette 22ème édition de Visa pour l’image, le voilà tout heureux de montrer son travail de jeunesse. Il est rajeuni, pétillant, séducteur et provocateur. Eclectique dans sa production, il l’est aussi dans ses réactions. Artiste et franc parleur, il séduit le public, amuse ou irrite les photographes professionnels.

 

A plus de 80 ans, William Klein a une oeuvre considérable derrière lui qui lui vaut une reconnaissance mondiale. Mais il est aussi connu du « grand public culturel », celui d’Avignon, d’Arles, de Perpignan, du « Nouvel Obs », de « Télérama » et de « Polka Magazine » par sa série de « Contacts » agrandis et peints, photographies grand format de film négatif, quasi-brut, juste soulignés de coups de pinceaux rouges, jaunes.

 

2009 à l'exposition Polka Magazine © Philippe Charliat 2009 à l'exposition Polka Magazine © Philippe Charliat

On est entre la photo et la peinture. Une trace de son parcours d’élève de Fernand Léger ?


"Contacts" est également le nom d’une série video culte autour du contact d'un film d'un photographe (Disponible sur Arte) . Une idée de William Klein et de Robert Delpire de trés grande qualité. A Perpignan, au couvent des Minimes, on voit « les travaux de jeunesse du maître » à New York, Tokyo, Moscou et Rome. Le travail le plus journalistique, le plus proche du photojournalisme.

""Mais je n’ai jamais fait de photojournalisme ! …

Cette été, Jean-François Leroy, directeur du festival, confiat à Marie Audran de l'hebdomadaire Le Point : J'ai repensé à la rétrospective que Visa avait consacrée à David Douglas Duncan durant laquelle le public a redécouvert ce géant qui a couvert la guerre du Vietnam, un boulot qui a inspiré pas mal de journalistes. J'ai voulu faire la même chose avec Klein, dévoiler au public tout un pan de son travail, sa "quadrilogie", quatre regards en quinze photos chacun sur quatre villes : New York, Tokyo, Rome et Moscou. Les photos de Klein ont forgé ma culture photographique. Les cadrages sont un modèle de rigueur, d'une simplicité époustouflante. Klein m'a laissé carte blanche pour sélectionner les tirages, même s'il en a rajouté certains, sa patte "kleinesque", ultra-exigeante.

 

Le maître dédicace  © Geneviève Delalot Le maître dédicace © Geneviève Delalot

Bien que ces reportages – osons le mot – soient connus, l’exposition est très appréciée.

 

Pour les photojournalistes rassemblés à Perpignan c’est certainement le meilleur de Klein. Pour le public aussi, samedi après midi une incroyable file de festivaliers attendait pour obtenir la dédicace du maître.

 

"... plus de 200 livres" © Geneviève Delalot "... plus de 200 livres" © Geneviève Delalot


« J’ai signé peut-être 200 livres » confiait-il samedi soir au carré VIP du Campo Santo où ont lieu les projections.
La conférence de presse du maître

La conférence de presse du maître


Conférence de presse © Geneviève Delalot Conférence de presse © Geneviève Delalot

 

Jeudi 2 septembre 2010, le « 2ème bureau » (ndlr : le service de presse du festival) avait discrètement fait circuler l’information : William Klein ne voulait pas beaucoup de monde à sa conférence de presse. Il était fatigué… Pas facile de limiter à une trentaine maximum le nombre des journalistes quand vous en avez plus d’un millier sur place !

 

On attendit donc un bon moment. Il ne s’était pas réveillé. Il s’était perdu…. On attendait. Finalement, certes à petit pas – il a été opéré d’un genou – mais tout à fait fringant et l’œil rieur, William Klein est apparu au milieu de l’aéropage d’happy few transpirant sous la verrière.

 

 © Geneviève Delalot © Geneviève Delalot
Quand les conférences de presse commencent par « Bonjour Maître » on peut s’attendre au pire de l’ennui. Heureusement pas avec Klein.


Question : Bonjour Maître, puisque nous sommes à un festival de photojournalisme, quel rapport avez-vous entretenu avec ce qu’il est convenu d’appeler le photojournalisme ?


Mais je n’ai jamais fait de photojournalisme ! … Euh… A une époque, j’avais envie de faire de la photo. Dans ma jeunesse en 1954-1955, j’ai fait mes premières photos sérieuses, mon premier projet.


A l’époque j’étais peintre. J’ai eu envie de parler de la vie. En peinture c’est difficile. J’étais enfermé à l’atelier. A ce moment là, La photographie m’a paru un meilleur moyen.

Si je suis ici, c’est parce qu’on m’a invité. Monsieur Jean-François Leroy a fait tirer les photographies par le laboratoire Dupon pour l’exposition. Et je suis assez épaté par le résultat. Je n’ai pas l’habitude de ces moyens, Ils ont fait des scans à partir des négatifs… Et vous pouvez voir la qualité des tirages qui sont exposés.


Question : A l’époque quand vous photographiez, aviez-vous envie d’être publié dans les magazines ?
Je ne savais pas très bien à quoi ça servait la photographie…. Je pensais que la photographie servait surtout à faire des livres. C’était un peu bizarre. Je n’avais aucune formation en photographie. Je me suis dit je vais faire un livre et je l’ai fait.
A l’époque quand j’ai commencé, il y avait peu d’expositions. Il n’y avait pas ou peu de galeries. Je pensais que le livre, c’était le but.


Puis des extraits de mon livre sur New York ont été publiés par Life. A ce moment, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt ce journal qui a été fondé par Henry Luce. Luce, ça pourrait s’écrire luxe mais c’est Luce. L’excitation à cette époque était créée par des gens comme Lee Miller, Eugene Smith… A chaque numéro de Life, Luce publiait une révélation sur la façon de photographier. Tous les gens intéressés par la photo achetaient Life. C’était une ambiance qui n’existe plus aujourd’hui.

 © Geneviève Delalot © Geneviève Delalot

 

Question : un autre livre ?


Moi ? … Moi je ne peux plus. J’ai déjà donné. Je ne me vois pas faire un livre dont la photographie soit le langage. Je pense qu’aujourd’hui c’est plus facile de faire un livre. Quand j’ai fait mon premier livre sur New-York, c’était presque par hasard… Je faisais mes tirages - sans expérience - dans ma salle de bain et je faisais le tour des éditeurs, des magazines… Et tout le monde me disait c’est de la merde. Ils me disaient : ce n’était pas ça New York, ou alors il trouvait que j’avais cherché à caricaturer la ville…

J’ai pu faire le livre à Paris, grâce à Chris Marker qui était alors un jeune éditeur aux Editions du Seuil. Le Seuil publiait à ce moment là, des chants scouts… Mais j’avais vu une petite collection qui s’appelait « Petite planète » que Chris Marker dirigeait. La collection était orientée sur le voyage. Je me suis dit je vais voir ce type là.
Dans son bureau c’était incroyable… Il y avait des vaisseaux spatiaux, qui traversaient la pièce… Il avait un pistolet à laser dans sa ceinture… Lui il a dit : on va faire le livre. Si on ne le fait pas, je claque la porte. Il annonçait claquer la porte chaque mois mais les éditions du Seuil tenaient à lui.


Question : photographier une ville ?


Oui … Mais à New-York, dans un sens, c’est évident. Vous pouviez faire une photo, et être certain qu’elle veut dire quelque chose. Enfin pour moi. Mais dans les autres pays…. Je me posais la question de ce que la photographie peut montrer… Qu’est-ce qu’un étranger, qui ne connait ni la coutume ni le langage, ni les gens, peut photographier ? Et quelle est la valeur de cette photo ? A New-York c’est sûr mais ailleurs, à Moscou, à Tokyo …

Question : William Klein « joue » avec Silvie Grumbach (2ème bureau) qui organise la conférence de presse : « Non… Non… Là, il y a une dame en noire », indique le maître.

Non madame, je n’avais aucune facilité pour publier une photo. J’aurais bien voulu que les magazines me publient.
Après mon livre sur New York, je me suis dit que j’allais avoir des commandes de magazines comme Life ou Paris Match… Qu’ils allaient m’envoyer photographier des campagnes électorales ou je ne sais quoi d’autre… Mais je n’ai jamais eu d’autres commandes que celles pour la mode, pour Vogue.


A cette époque à New York, tous les gens qui faisaient les magazines et les journaux de mode étaient des gens émigrés, des russes blancs qui avaient travaillé avant-guerre pour des magazines comme « Vu » en France, et également avant, pour d’autres magazines allemands. Le directeur artistique de Vogue avait une formation et une passion pour l’image photo, le commentaire. Je travaillais pour eux et j’étais pourtant jaloux des parutions du Harper's Bazaar. Vogue avait, pour moi, un côté catalogue….


 © Geneviève Delalot © Geneviève Delalot
William Klein : « Il y a une question de la dame en bleu… Louis Malle ? Fellini ?

Qu’est-ce que j’en ai tiré ? Du plaisir !

J’ai eu un coup de fil de Louis Malle un jour qui disait, je connais ton travail, je veux faire un film de « Zazie dans le métro » de Queneau …Est-ce que tu veux co-réaliser ce film avec moi ?

J’ai dit c’est quoi « co-réaliser » un film ?

Il a répondu que ça ne voulait rien dire. On me connaît, toi pas, donc on va dire que c’est un film de Louis Malle.
Mais dans le film il y a des parties d’une adaptation que j’avais déjà écrite et même tournée avec comme acteurs Aznavour et Zizi Jeanmaire… Je ne suis pas arrivé à financer le film et donc j’ai utilisé ce travail pour Louis Malle.

Mais le premier jour de tournage, je me suis rendu compte qu’il n’y a qu’une seule personne qui dirige une équipe. A moins d’être frères, on ne peut pas co-réaliser un film.

Fellini ?

J’étais un grand fan, une groupie. Il était à Paris à l’hôtel Raphaël. Je le savais. J’ai téléphoné à l’hôtel. On me l’a passé. Je lui ai dit que j’avais fait un livre, que je voudrai le lui présenter. Il m’a dit venez à quatre heures. Je suis allé. Il m’a dit : je l’ai déjà ce livre en édition italienne, c’est mon livre de chevet. Il m’a demandé si je voulais travailler avec lui et être son assistant.

J’ai dit c’est quoi le travail d’un assistant ?

Il a répondu : si je ne suis pas là, tu tournes.

Mais quelques semaines après, à Rome, j’ai vu qu’il avait déjà une demi douzaine d’assistants. Il en était au casting des maquereaux et des putes… Je faisais les photos pour le casting. Fellini avait un formidable sens de l’humour et les tournages c’étaient toujours des fêtes.

Sauf que même Fellini avait du mal à trouver le financement de ses films. D’ailleurs j’ai failli faire un autre film avec lui mais son père est mort, les producteurs étaient cinq et avait chacun vingt cinq pour cent du film, alors ...

 

La suite de la conférence de presse de William Klein, ici même.

 

Michel Puech

De retour de Perpignan le lundi 6 septembre 2010

Plus sur William Klein ?

 

 

Le site officiel de Visa 2010

Tous les billets concernant Visa pour l'image - Perpignan dans ce blog

Voir également la "couverture" de Visa par Photographie.com

 

------------------------

A l'oeil , blog du Club Mediapart,
s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en générale. Il est tenu bénévolement par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes et journalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés.Tous les textes et toutes les photographies ou illustrations de ce blog sont soumis à des droits d'auteurs. Aucune reproduction même partielle n'est autorisée hormis le droit de citation conformément à la loi française. Pour d'éventuelles reproductions veuillez prendre contact. Vous pouvez retrouver A l'oeil sur Facebook, et sur le site de Michel Puech.

Pour rester informé sur les nouvelles publications, abonnez -vous à l'alerte

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.