La photojournaliste Heidi Levine reçoit deux Prix Bayeux-Calvados

Le reportage de la photojournaliste Heidi Levine sur les conséquences à Gaza de l’opération israélienne « Bordure protectrice » est doublement récompensé au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

Gaza City, 15 aout 2014 – Mousa Sweidan, un palestinien de 50 ans, constate les dégâts dans la maison de son père © Heidi Levine / Sipa press Gaza City, 15 aout 2014 – Mousa Sweidan, un palestinien de 50 ans, constate les dégâts dans la maison de son père © Heidi Levine / Sipa press
Le reportage de la photojournaliste Heidi Levine sur les conséquences à Gaza de l’opération israélienne « Bordure protectrice » est doublement récompensé au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.


« Je les ai vus souffrir, pas uniquement dans cette dernière guerre, mais également dans les conflits précédents. »

Gaza City, 22 juillet 2014 – Rawya abu Jon’an, 17 ans, à l’hôpital Shifa. Rawya a été blessée lorsque l’armée de l’air israélien © Heidi Levine / Sipa press Gaza City, 22 juillet 2014 – Rawya abu Jon’an, 17 ans, à l’hôpital Shifa. Rawya a été blessée lorsque l’armée de l’air israélien © Heidi Levine / Sipa press

 

« Les photos que j’ai présentées au jury ont été prises, entre juillet 2014 et janvier 2015, durant et après les 51 jours, en juillet-août 2014, où Israël et le Hamas contrôlaient les rues de Gaza. J’ai poursuivi mon travail en couvrant les blessés, la misère et les dégâts engendrés par ce conflit. C’était évidemment très dangereux. Mais je n’ai pas rencontré de problèmes avec les gens qui étaient très chaleureux. Ils m’accueillaient dans leurs maisons et m’aidaient. » nous confie, à Bayeux, Heidi Levine de l’agence Sipa press.

« Je couvre Gaza depuis trente ans. Gaza, c’est comme chez moi. Je travaille toujours avec le même chauffeur depuis une décennie. Ashraf est devenu un ami de ma famille. Les gens me connaissent à Gaza. »

« Je vis entre Gaza et Israël (rire). Je couvre les deux côtés. Je travaille pour Sipa depuis vingt ans. J’ai commencé ma carrière à Associated Press. J’ai eu trois enfants en trois ans. Après le deuxième, j’ai fait une pause et depuis que j’ai repris, je travaille avec Sipa. »

Ferit Duzyol de Sipa press © Geneviève Delalot Ferit Duzyol de Sipa press © Geneviève Delalot

 

 

« Après qu’elle ait reçu en mars 2015 le prix inaugural « Anja Niedringhaus Courage in photojournalism », nous sommes très heureux que Heidi soit récompensée à Bayeux. » commente, très ému, Ferit Duzyol, le représentant de l’agence Sipa Press au Prix Bayeux-Calvados.

 

Femme, photographe et mère de trois enfants

Heidi Levine à Bayeux samedi 10 octobre 15 © Geneviève Delalot pour A l'oeil Heidi Levine à Bayeux samedi 10 octobre 15 © Geneviève Delalot pour A l'oeil


L’agence Sipa press avait déjà été récompensée l’an dernier, par le Prix du public parrainé par l’AFD attribué au reportage d’Emin Ozmen. Une récompense qui avait donné lieu à de nombreux débats parmi les professionnels (voir article précédent).

Cette année, le reportage d’Heidi Levine fait l’unanimité. Elle reçoit le Prix Photo Nikon décerné par le jury professionnel et le Prix du public parrainé par l’Agence française de développement (AFD).

fGaza City , 8 aout 2014 – Hidya Atash, palestinienne, observe peu après l’aube les décombres du quartier Shujayea depuis le der © Heidi Levine / Sipa press fGaza City , 8 aout 2014 – Hidya Atash, palestinienne, observe peu après l’aube les décombres du quartier Shujayea depuis le der © Heidi Levine / Sipa press

 

Laurent Rebours © Geneviève Delalot Laurent Rebours © Geneviève Delalot
« Je connais Heidi depuis longtemps car je suis allé souvent à Gaza. C’est une copine de ma génération. » dit Laurent Rebours, directeur de la photo à Paris pour Associated Press. « J’ai appuyé son sujet qui est extraordinaire. Il est plein d’humilité et j’adore les sujets où l’on montre la violence, la guerre, sans qu’on voit de soldats. Il est tout en finesse. »

« Heidi est une femme photographe qui a élevé trois enfants, qui travaille dans le risque permanent mais qui construit ses sujets. Elle est connue comme le loup blanc à Gaza. Tout le monde là-bas sait qu’elle est juive et israélienne, mais tous s’en moquent parce que c’est Heidi. Les palestiniens se feraient tuer pour elle.  »

C’est à la fois la qualité des images d’Heidi Levine qui lui vaut ses récompenses, mais également pour les professionnels son editing (le choix des photos) et surtout « la bonne distance entre les gens et elle » comme le déclarait le grand-reporter Patrick Chauvel à la sortie des délibérations du jury.

Heidi Levine était en compétition avec neuf autres photojournalistes et pas des moindres. Sur les dix sujets nominés, son reportage était le seul sur Gaza, face à cinq reportages sur l’Ukraine, deux sur l’Afrique (Burundi et Centrafrique), un sur Kobané en Syrie et un autre sur les migrants Rohingyas dans la mer d’Andaman.

De Bayeux, propos recueillis par Michel Puech, reportage photo de Geneviève Delalot

Voir le communiqué de presse final de l’organisation et tous les résultats des prix décernés à Bayeux

Liens

Le dossier d'A l'oeil  sur les dernières éditions du Prix Bayeux Calvados

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