« Polka Magazine », le nouveau match de Genestar

« Polka Galerie & Magazine » a fêté le 9 mars 2009 son 1er anniversaire en mettant en kiosque 75.000 exemplaires du numéro 4 de «La revue du photojournalisme ». Visite au 104 rue Oberkampf siège de la rédaction et où sont exposées les photographies publiées dans la revue.  
« Polka Galerie & Magazine » a fêté le 9 mars 2009 son 1er anniversaire en mettant en kiosque 75.000 exemplaires du numéro 4 de «La revue du photojournalisme ». Visite au 104 rue Oberkampf siège de la rédaction et où sont exposées les photographies publiées dans la revue.

 

Alain Génestar photographié par Michel Puech

 

Puech

 

En bas de Ménilmontant, la rue Oberkampf est l’un des quartiers « branchés » de la capitale : s’y côtoient encore, comme jadis à la Bastille, bistrots populaires, boutiques et sociétés « dans le vent » et galeries d’art. Le 104 est une impasse peuplée de nombreux ateliers d’artisans. Polka occupe l’un de ces grands espaces calmes et lumineux, agréable à l’œil et où il fait bon flâner.

 

Au mur, dans des formats très différents se côtoient une pléiade d’œuvres de photojournalistes et de photographes.Il y a de l’excellent : Marc Riboud, Bruno Barbey, Reza, Marie-Laure de Decker, Cédric Gerbehay pour ne citer que ceux qui me viennent immédiatement en tête; mais aussi quelques immenses tirages. On s’interroge alors pour savoir si leur taille est due au prix demandé, ou à la modestie du talent qu’il faut gonfler. Passons, c’est la mode du jour, et il y a suffisamment à voir pour recommander le déplacement.

 

L’accueil est chaleureux. « Polka Magazine & Galerie » est l’œuvre de la famille Génestar… Génestar, le nom est familier au lecteur et à l’auditeur : chaque samedi Alain Génestar est le contradicteur d’Edwy Plénel dans une chronique débat de « France Info ». Pour le reste, les mésaventures de cet ex-directeur de la rédaction de « Paris Match » avec l’ex-femme d’un homme politique qui traite ses concitoyens de « petits cons » est connu. On ne peut que se féliciter qu’une soudaine liberté eut permis à l’homme de rejoindre sa fille et ses fils dans cette nouvelle aventure photographique qu’est « Polka ».

 

Avec son arrivée, « Polka Magazine » s’est étoffé d'un comité éditorial composé de personnalités connues : Christian Caujolle qui révolutionna jadis la photographie de « Libération », Jean Cavé, Jean-Jacque Naudet, Joëlle Ody, Didier Rapaud, Reza, Marc Riboud, Sebastião Salgado.

 

Alain Genestar Photo Michel PuechDimitri Deck rédacteur en chef, photo Michel Puech

Génestar, Beck: Ils se sont rencontrés à Kaboul

Copyright Michel Pueech

 

Si Édouard Genestar, ancien de l’Essec, est l'éditeur du magazine, Adélie de Ipanema – à l’origine de la galerie - est, elle,chargée de la direction éditoriale, tandis que le petit dernier des Génestar, Victor, s’occupe des « opérations spéciales », mais, c’est à Kaboul qu’Alain Génestar a trouvé son rédacteur en chef en la personne de Dimitri Beck, 37ans.

« Après mon expulsion de Paris Match, raconte-t-il, Reza m’a proposé pour me changer les idées d’aller à Kaboul mettre en musique un numéro spécial des « Nouvelles de Kaboul » le journal que son association « Aïna » a monté en Afghanistan pour former des journalistes et des photo-reporters. Je ne pouvais rêver mieux pour oublier un peu Paris…Et c’est là que j’ai rencontré Dimitri »

 

Dimitri Beck, rédacteur en chef - Photo Michel Puech

Dimitri Beck, rédacteur-en-chef de Polka Magazine

Copyright Michel Puech

 

Quand on a des ennuis professionnels, c’est bien connu, on compte ses amis. Ceux d’Alain Génestar sont ceux que l’on trouve en signature des quatre numéros de « Polka Magazine ».

 

Bruno Barbey, Jean-Gabriel Barthélémy, Marcus Bleasdale, Sarah Caron, Marie-Laure de Decker, Cédric Gerbehaye, Lauren Greenfield, Diane Grimonet, Dereck Hudson, Antonin Kratochvil, Ben Lowy, Chris Morrris, Marc Riboud sont dans le numéro 4.

 

Comme le précédent, ce numéro bénéficie d’une qualité de reproduction exceptionnelle obtenue par impression à plat. A 5 euros le numéro, on en viendrait à remercier Cartier, BMW, Sony et quelques autres annonceurs sponsor. « Nous mettons leurs produits de qualité en valeur dans un magazine de qualité » commente en souriant Alain Génestar.

 

Alain Génestar Photo Michel Puech

Alain Génestar à Polka - Copyright Michel Puech

« Je suis né en 1950 dans une Normandie bombardée, anéantie par l’aviation alliée » raconte Alain Génestar « Il y a eu beaucoup de morts, y compris dans ma propre famille sans que jamais je n’entende un mot contre nos libérateurs. Mais, quand je vois des photos d’une ville en ruine que ce soit au Liban ou en Tchéchénie, je plonge dans mon enfance… »

 

<!--[if !supportLists]-->-<!--[endif]-->Quelle est la photo qui vous a le plus marqué, le plus touché ?

« C’est incontestablement les photos du 6 juin 1944 de Robert Capa ! Je dois dire que lorsque j’étais enfant, l’été nous louions une maison sur la plage. Et dans les années 50, je voyais chaque été des américains et des canadiens ramper sur la plage pour montrer à leurs petites amies ou à leurs femmes ce qu’ils avaient fait le jour le plus long de leur vie. »

 

<!--[if !supportLists]-->-<!--[endif]-->Mais la photo vous ne l’avez vraiment retrouvée qu’à « Paris Match » ?

« Non, parce que je me suis toujours intéressé à la photo. J’ai connu Gilles Caron à Gamma… J’aimais son travail alors que j’étais rédacteur. J’ai aussi toujours fait un peu de photo, mais surtout dans mon travail de journaliste j’ai constamment été attentif non à la photo comme illustration, mais au photojournalisme. Au « Journal du Dimanche » aussi avec Philippe Jarreau on montait des coups. Mais c’est vrai qu’à « Paris Match » la photo est le principal. »

 

Alain Génestar n’a pas envie de ressasser sa mésaventure de « Paris Match », et contrairement à ce qu’écrit Pierre Leroy, le cogérant du groupe Lagardère dans Le Figaro, l’interviewer n’entend nul ressentiment dans les propos, mais uniquement l’expression d’une passion, je devrais dire d’un amour pour un journal exceptionnel.

 

« Paris Match, le poids des mots, le choc des photos » c’est un cas à part dans la presse française. Qu’on le veuille ou non, comme jadis « L’illustration », ou avant-guerre « Vu », « Regards », cet hebdomadaire met en scène les histoires de notre société : l’Histoire. Il est de bon ton, à Paris, d’affecter de ne pas le lire sous le prétexte du « people » dont il serait envahi. Mais, curieusement il suffit d’une photo pour que tout le monde ait vu « Paris Match » !

 

Polka 104 rue Oberkampf à Paris - Photo Michel Puech

Et puis, comme au sujet de Jean-François Leroy de « Visa pour l’image », il se trouve toujours quelques mauvaises langues pour parler à propos de « Polka Magazine » de « copinage ». Mais pareil reproche, est ne rien entendre au photojournalisme. Les hommes qui choisissent les photographies des reporters, les pictures-éditor, rédacteurs-en-chef, éditeurs, ne se contentent pas de choisir des photos ;ils « suivent », parfois tout le long d’une carrière les photojournalistes.Au fil des années des liens d’estime, d’amitié se nouent. Liens qui sont d’autant plus forts que le photojournalisme est une passion aussi bien pour ceux qui font les reportages, que pour ceux qui dans les bureaux, les éditent.Et éditer des reportages photos « durs » n’est pas sans conséquence.

 

Dans « ExpulsioN », un petit livre des Editions Grasset consacré au récit de son éviction, c’est la passion du journalisme et du photojournalisme qui domine sous la plume d’Alain Génestar. D’ailleurs pour peu que son licenciement eut « mal passé », Alain Génestar s’est consolé en investissant ses indemnités dans cette nouvelle aventure ambitieuse qu’est « Polka Magazine & Galerie ». Voilà, au moins, exceptionnellement, une raison de se réjouir des pressions du pouvoir.

 

« Nous avons tiré le deuxième numéro à 25 000 et mis le troisième en kiosque à 75 000 exemplaires. Pour le moment les prévisions de vente sont de 35 000 sur ce numéro. Et ce n’est qu’avec le numéro 3 que les abonnements ont commencé à rentrer au rythme de plus de 50 par semaine… »

 

<!--[if !supportLists]-->-<!--[endif]-->Quel marché concluez vous avec les photographes ?

« Pour le moment, nous les publions, nous les exposons et nous faisons 50/50 sur les ventes en galerie, mais je ne vous cache pas que ce n’est pas totalement satisfaisant. Nous cherchons actuellement des financiers pour passer à la vitesse supérieure, c’est à dire, pouvoir produire ou co-produire des reportages… »

 

Une décision, que la famille Génestar serait heureuse d’annoncer en septembre à l’occasion de la XXIème édition de « Visa pour l’image – Perpignan »… Affaire à suivre, en s’abonnant !

 

Michel Puech Mardi 17 mars 2009Avec la collaboration de Geneviève Delalot

Tous droits réservés pour le texte et les photographies. La reproduction intégrale sur tous supports est formellement interdite

 

Lire l'éditorial d'Alain Génestar

Pourquoi pas des Etats généraux de la photographie
AU NOM DE LA QUALITE ET DE LA LIBERTE
.Polka magazineDimensions : 21 x 27 cm.Pages : 120 pages sur papier 115 gr,Prix : 5 eurosAbonnement annuel : 20 eurosPolka Galerie Changer de regard sur le mondeDu vendredi 6 mars 2009 au samedi 16 mai 2009104 rue Oberkampf Paris 75011 ParisMétro : Ménilmontant – ParmentierPolka webwww.polkamagazine.comLivre

ExpulsioN d’Alain Génestar

Editions Grasset – Juin 2008 – 10 Euros

expulsion.jpg

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.