A Marseille 30 ans de décentralisation en photos et en « web-doc »

A l’heure où la décentralisation et les Régions sont remises en question par le pouvoir central du gouvernement Sarkozy, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) présente depuis la fin octobre une remarquable exposition

Alain Mingam commente pour Michel Vauzelle, une photographie de Gaston Deferre © dr Alain Mingam commente pour Michel Vauzelle, une photographie de Gaston Deferre © dr
A l’heure où la décentralisation et les Régions sont remises en question par le pouvoir central du gouvernement Sarkozy, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) présente depuis la fin octobre une remarquable exposition qui, en photographies d’hier et d’aujourd’hui, et à l’aide de treize web-documentaires, retrace les 30 dernières années d’un combat qui se poursuit.


Visite du candidat Gaston Defferre dans un bar de la Belle-de-Mai, le 9 mars 1959 à l’occasion des élections municipales © La Provence Visite du candidat Gaston Defferre dans un bar de la Belle-de-Mai, le 9 mars 1959 à l’occasion des élections municipales © La Provence

 

Monter une exposition institutionnelle comme celle que l’on peut voir jusqu'à la fin décembre à l’Hôtel de la Région PACA, à Marseille, est une gageure. Outre un timing très serré - début du travail en juillet, inauguration en octobre - Alain Mingam, son commissaire a dû faire face à de nombreuses difficultés : recherche de documents d’archives, sélection d’images dans les fonds photographiques, création de documents d’actualité, et - ce n’est pas le moindre - jonglage entre budget et susceptibilités !

 

Reconversion des chantiers navals de la Semidep à la Ciotat © Cyril Le Tourneur d’Ison Reconversion des chantiers navals de la Semidep à la Ciotat © Cyril Le Tourneur d’Ison
Années 70 La Ciotat © Jean Puech Années 70 La Ciotat © Jean Puech

 

 

Qui plus est, le sujet n’est pas sexy à priori. J’avais d’abord décliné l’invitation qui m’était faite de me « tégévétiser » jusqu'à Marseille. Cédant finalement à l’amicale pression du vieux pirate breton exilé temporairement en bord de Méditerranée, j’obtempérais. Va pour une visite à la Porte d’Aix ! Après tout, c’était un voyage dans ma jeunesse.

Cours en plein air en attendant le permis de construire au Lycée d’Enseignement Professionnel René Caillé, Saint Loup.  © dr Cours en plein air en attendant le permis de construire au Lycée d’Enseignement Professionnel René Caillé, Saint Loup. © dr
Lors de l’inauguration du nouveau lycée de Vaison-la-Romaine par Michel Vauzelle © Cyril Le Tourneur d’Ison Lors de l’inauguration du nouveau lycée de Vaison-la-Romaine par Michel Vauzelle © Cyril Le Tourneur d’Ison

Si je ne suis pas natif de cette région, j’y ai vécu mon adolescence dans les années soixante. J’y fus lycéen. Or ces derniers font partie de l’escarcelle régionale. J’y connu le tortillard à vapeur reliant Toulon à Marseille, remplacé par les somptueux TER.

 

Les ateliers Titan Coder © La Provence Les ateliers Titan Coder © La Provence
Frédéric Pitisi, Conducteur TER Marseille © Cyril Le Tourneur d’Ison Frédéric Pitisi, Conducteur TER Marseille © Cyril Le Tourneur d’Ison

J’en connu la côte de Marseille à Saint-Tropez, à grands coups de pédales. J’eu la chance de goûter les « avantages touristiques », comme on dit maintenant, avant que les « marinas », les barres de béton style 70, et les pavillons de banlieue relookés « provençale » ne la transforment en une vaste maison de retraite.

Autant de « catastrophes » que la Région s’emploie, au XXIème siècle, à réparer à coup d’aides diverses pour redonner du travail et de l’espoir. Un vaste chantier.

Fathi Bouaroua, Responsable de la Fondation Abbé Pierre © Cyril Le Tourneur d’Ison Fathi Bouaroua, Responsable de la Fondation Abbé Pierre © Cyril Le Tourneur d’Ison

J’eus même, jadis, le privilège de la survoler maintes fois, en planeur et en avion de tourisme : autant dire que le canal de Provence n’est pas, pour moi, un concept de distribution d’eau, mais un magnifique ruban d’argent qui coule des montagnes alpines vers la grande bleue.

Le canal de Provence © Cyril Le Tourneur d’Ison Le canal de Provence © Cyril Le Tourneur d’Ison

André Pinatel, Oléïculteur et Président de la Chambre Régionale d’Agriculture © Cyril Le Tourneur d’Ison André Pinatel, Oléïculteur et Président de la Chambre Régionale d’Agriculture © Cyril Le Tourneur d’Ison
 © Cyril Le Tourneur d’Ison © Cyril Le Tourneur d’Ison

J’ai donc connu ce « PACA » dans « les trente glorieuses », au temps du plein emploi, mais à l’époque où les infrastructures – et les mentalités - dataient d’avant-guerre.


Lycée d’Enseignement Professionnel) René Caillé, Saint Loup, 2 février 1992.  © Eric Camoin  / La Provence Lycée d’Enseignement Professionnel) René Caillé, Saint Loup, 2 février 1992. © Eric Camoin / La Provence

J’allais donc à Marseille, confronter mes souvenirs avec l’histoire politico-administrative de cette entité nommée « Région ».

 

La décentralisation ?

Assemblée régionale, lors de la réélection de Michelle Vauzelle, Président de la Région Provence Alpes Côte © Gérard Ceccaldi / La Région Assemblée régionale, lors de la réélection de Michelle Vauzelle, Président de la Région Provence Alpes Côte © Gérard Ceccaldi / La Région

Si le découpage de la France en communes et en départements remonte à la Révolution, la création des régions est plus récente. Les régions sont d'abord des circonscriptions administratives, comparables aux arrondissements. Dès 1948 les IGAMEs (Inspecteurs Généraux en Mission Extraordinaire), équivalents du préfet de région, sont créés. Vingt-et-une circonscriptions d'action régionale créées en 1961 amorcent l'action de décentralisation de l'Etat.

 

Selon « La Documentation française » la décentralisation est le « processus consistant pour l’Etat à transférer au profit des collectivités territoriales certaines compétences et les ressources correspondantes ». Cette définition illustre déjà magistralement les difficultés passées, actuelles et à venir. Transférer des compétences, ça se peut. Transférer des ressources, c’est une autre histoire…


Discours de Général de Gaulle sur la décentralisation le 24 mars 1968 © AFP Discours de Général de Gaulle sur la décentralisation le 24 mars 1968 © AFP

 

Chacun sait, que les français sont réputés pour avoir la tête hexagonale et jacobine. C’est pourquoi, il me parait aberrant, comme le soutiennent quelques historiens, que le Général de Gaulle ait choisi de quitter le pouvoir en proposant au référendum un projet visant à créer cette nouvelle collectivité locale : la région ! On sait que la réponse des français fut négative, il n’est pas interdit de penser que les français dirent deux fois non : non à de Gaulle mais également non à la région !


Pompidou, soucieux de poursuivre dans la voie du développement de la région, créa en 1972 l'Etablissement public régional (EPR). Il est administré par un conseil régional, qui n'est cependant pas élu au suffrage universel, un conseil économique et social et un préfet de région. La principale compétence de l'EPR concernait le développement économique et social. Dans la future PACA, c’est Gaston Defferre qui devient le président de l’EPR, débutant ainsi un combat auquel il tenait beaucoup.

 

Avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, son rêve va devenir réalité.

 

Paris, 21 janvier 1982, François Mitterrand en compagnie de Gaston Deferre, ministre de l’Intérieur chargé de la Décentralisatio © AFP Paris, 21 janvier 1982, François Mitterrand en compagnie de Gaston Deferre, ministre de l’Intérieur chargé de la Décentralisatio © AFP

 

Nommé ministre de l’intérieur et de la décentralisation, il est à l’origine, en 1982, des lois qui portent son nom et qui donnent toute l’ampleur à la notion de région. Elevée au rang de collectivité territoriale, elle est désormais administrée par un conseil régional élu au suffrage universel (la première élection. Ce conseil régional place à sa tête un président. La région est libérée de la tutelle du préfet, ses compétences sont désormais élargies.

 

Les régions en danger ?

 © Gérard Ceccaldi / La Région © Gérard Ceccaldi / La Région

Michel Vauzelle, nouvellement ré-élu Président de Région avec Jean-Claude Gaudin, Maire de Marseille © A. Pisano / La Provence Michel Vauzelle, nouvellement ré-élu Président de Région avec Jean-Claude Gaudin, Maire de Marseille © A. Pisano / La Provence

 

Adoptée par l’Assemblée nationale le 28 septembre dernier, la réforme des collectivités territoriales met en danger les acquis de la décentralisation et menace les collectivités locales. Alors que la décentralisation a pour objet de rapprocher les représentants des collectivités et les citoyens, de proposer une action plus en phase avec les attentes locales, la réforme des collectivités territoriales procède à une recentralisation et éloigne les citoyens des décisions qui les concernent.

 

Gaston Defferre et Michel Vauzelle à son mariage en Mairie d’Arles © La Provence Gaston Defferre et Michel Vauzelle à son mariage en Mairie d’Arles © La Provence

Pour Michel Vauzelle, l’actuel président de PACA, il s’agit d’une « contre-réforme à contresens de l’histoire ». Ainsi, la réforme des collectivités prévoit de remplacer, à partir de 2014, les conseillers régionaux et généraux par des conseillers territoriaux. Elus tous les 6 ans, ils siègeront à la fois dans l’un des six conseils généraux ainsi qu’au conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur. La région comptera alors 226 conseillers territoriaux. Le mode de scrutin choisi, uninominal majoritaire à deux tours, pénalisera la parité homme-femme que seul le scrutin de liste imposait. Par ailleurs, la réforme prévoit également la création d’un nouvel échelon de décision avec un établissement public de coopération intercommunale (EPCI) à fiscalité propre, appelé « métropole ».

 

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, de nombreux élus de tous bords, notamment des maires, s’opposent à ce nouvel échelon qui diluerait les compétences des communes et éloignerait plus encore chaque citoyen de décisions majeures pour son quotidien.

 

Des compétences mises en images

Pierre-André Reiso, directeur du théatre de La Passerelle à Gap © Cyril Le Tourneur d’Ison Pierre-André Reiso, directeur du théatre de La Passerelle à Gap © Cyril Le Tourneur d’Ison
Scénographie dans le hall de l'Hotel de Région © Michel Puech Scénographie dans le hall de l'Hotel de Région © Michel Puech

Au-delà du rappel historique, du fort aspect pédagogique de cette exposition, il s’agissait pour Alain Mingam de mettre en images les compétences spécifiques de la région : les lycées, la formation professionnelle, l'apprentissage, le développement économique, les transports et l'aménagement du territoire, l'environnement, la recherche, la jeunesse…

 

Pour cette tâche à réaliser dans l’urgence, Alain Mingam a fait appel à un couple de journalistes, Cyrille Tourneur d’Ison, photojournaliste et web-documentariste et Claudine le Tourneur d’Ison. Ils ont réalisé des séries de portraits et treize web-documentaires (à voir ICI).


Entrée de l'exposition © Michel Puech Entrée de l'exposition © Michel Puech

L'exposition © Alain Mingam L'exposition © Alain Mingam

Le hall de l’Hôtel de la région PACA demandait un traitement particulier pour lequel le commissaire de l’exposition a fait appel à Maddalena Giovannini, une architecte scénographe rencontrée à l’occasion de l’exposition « Paris d'Amour » de Gérard Uféras à l’Hôtel de Ville de Paris.

« Il nous a fait travailler en heures sup' » ajoute en riant Alain Guidoni, responsable du centre de documentation du quotidien «La Provence».

En effet, à côté de la production des Tourneur d’Ison, il fallait retrouver dans les archives du journal des clichés qui, mis en parallèle, montrent l’évolution de la région. Ce ne fut pas une mince affaire. Non seulement Alain Mingam a dû plonger des journées entières dans les boites de tirages de photos d’actualité de l’époque, mais il a mis à contribution les services du journal chargés, à partir d’épreuves de taille réduite, de réaliser des scans supportant des formats beaucoup plus grands.

« J’ai découvert quelques merveilles, notamment cette photo incroyable de Gaston Deferre en campagne électorale… (Ndlr : en tête de ce billet) Et ce n’est que grâce à Alain Guidoni que nous avons pu identifier le bar dans lequel se passe cette scène étonnante où tous les hommes, typiquement marseillais, regardent Gaston. Je l’ai mise en vis-à-vis d’une photographie d’Yves Jeanmougin, photographe marseillais, ancien de l’agence Viva, où le maire de Marseille n’est entouré que de femmes ! »

 

 © Yves Jeanmougin © Yves Jeanmougin

 

Aujourd’hui, alors que la décentralisation et les régions sont remises en cause par la réforme territoriale voulue par le gouvernement Sarkozy, c’est une exposition à voir, et qui - espérons-le - sera visible dans d’autres régions.


Michel Puech

De retour de Marseille le 17 décembre 2010

 

 © MP © MP
Informations pratiques

« Notre Région, notre avenir : 30 ans de décentralisation », Hôtel de Région 27, place Jules Guesde 13481 Marseille cedex 20

Dates et horaires
Entrée libre et gratuite Ouvert au public jusqu’au 30 décembre 2010 (Prolongée jusqu'au 28 janvier 2010)

Du lundi au vendredi de 9h à 19 h - Renseignements et inscription des groupes : 04 91 57 52 78

 

 

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« A l'oeil » , blog du Club Mediapart,
s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en générale. Il est tenu par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes, journalistes, iconographes et documentalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés.Tous les textes et toutes les photographies ou illustrationssont soumis à des droits, en particulier, d'auteurs. Aucune reproduction même partielle n'est autorisée hormis le droit de citation conformément à la loi française. Pour d'éventuelles reproductions veuillez prendre contact.

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Vous pouvez également retrouver d'autres articles de Michel Puech dans La Lettre de la Photographie

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