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Le Club de Mediapart sam. 1 oct. 2016 1/10/2016 Édition de la mi-journée

La leçon de «l'icône d'Ishinomaki»

300 dollars, c’est le prix payé par l’Agence France Presse (AFP) pour acheter sa photo à Tadashi Okubo, photojournaliste au «Yomiuri Shimbun», un des grands quotidiens japonais. Associated Press (AP) et Reuters ont également diffusé l’image. Résultat : un festival de Unes qui pose question.

 © Nouvel Observateur © Nouvel Observateur
300 dollars, c’est le prix payé par l’Agence France Presse (AFP) pour acheter sa photo à Tadashi Okubo, photojournaliste au «Yomiuri Shimbun», un des grands quotidiens japonais. Associated Press (AP) et Reuters ont également diffusé l’image. Résultat : un festival de Unes qui pose question.
 © Le Point © Le Point
Prise, selon l’AFP, samedi 12 mars à Ishinomaki, une des villes les plus touchées par le tsunami consécutif au tremblement de terre, la photographie a été reçue par la totalité des médias mondiaux puisque distribuée par les principales agences de news.

 

Elle fait la « Une » d’innombrables quotidiens : l'International Herald Tribune, Le Figaro, O Estado de Sao Paulo (Brésil), La Stampa (Italie), Der Tagesspiegel (Allemagne), l'Irish Examiner (Irlande), le Wall Street Journal Asia, Il Messaggero (Italie), le Daily Express (Grande-Bretagne) , le Chicago Tribune (USA) ou le Courier Mail (Australie) etc.

 

En France, quatre grands hebdomadaires (Paris Match, Le Point, le Nouvel Observateur et Le Pèlerin) la reprennent, comme le célèbre magazine allemand Stern.

 

« C'est une très bonne photo, ce n'est pas un hasard si elle se retrouve partout », estime Jean-François Leroy. « Historiquement, je pense qu'on n'a pas vu un phénomène pareil en nombre de parutions depuis la photo de l'AFP d'Hocine » (ndlr : photo de la "madone en pleurs" de Bentalha, du nom du village algérien où avait été perpétré un massacre en 1997 pendant la guerre civile) a déclaré le directeur du festival Visa pour l’image - Perpignan à l’AFP.

 

On peut parier, dès aujourd’hui, que la photo sera primée au prochain World Press Photo !

 

 © Paris Match © Paris Match
Excellente image, «L'icône d'Ishinomaki», nous interpelle sur le fonctionnement des agences de presse photographiques.

 

Comment se fait-il que les trois plus grandes agences aient diffusé simultanément la même image ?

 

La première réponse qui vient à l’esprit est la course de vitesse à laquelle les agences se livrent et qui les conduit de plus en plus fréquement à l’erreur quand ce n'est pas la faute.

 

On se souvient de « l’affaire Morel » : une photographie du tremblement de terre d’Haiti diffusée, sous copyright par le photographe, reprise par un blog américain, et que l’agence française a diffusé sans autorisation. L’affaire est encore aujourd’hui devant les tribunaux, bien que Morel, le photographe, ait déjà gagné la première manche contre l’AFP.

 

Si la publication de la même image par une multitude de quotidiens se comprend très bien - là encore la vitesse - elle pose moins de problèmes car ils ne sont pas en concurrence. La une d’un quotidien brésilien ne gène pas ceux des autres pays.

 

Par contre le fait que des hebdomadaires comme Paris Match, Le Nouvel Obs, Le Point et Le Pélerin s’affichent dans les kiosques avec la même photo demande une petite et rapide explication.

 

Elle est dramatiquement simple : le pognon !

 

Depuis des années, les budgets photo des hebdomadaires ne cessent de diminuer. Les hommes de presse ont été remplacés à la tête des médias par les hommes en gris, agents des actionnaires. Les services photo n’ont donc plus les moyens de bloquer des reportages, des images.

 

Le temps où Paris Match achetait l’exclusivité de certaines photographies est terminé, sauf pour quelques exceptionnelles (sic) photos de paparazzi ! Aujourd’hui obtenir ce que l’on appelait « une garantie » est quasi impossible. Là où au XXème siècle Paris Match achetait des images simplement pour que la concurence ne les voit pas, fait aujourd'hui partie de la légende du photojournalisme.

 

Le plus grand journal illustré français, fait sa « Une » et ses « doubles d’ouverture » en téléchargeant des photographies que d’autres magazines peuvent avoir également sélectionnées !

 

Cette semaine nous avons le résultat de cette politique et Roger Thérond, « l’œil de Paris Match » - bel hommage pour les dix de sa mort - doit se retourner dans sa tombe.

 

Michel Puech

 

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« A l'oeil » ?

« A l’œil » s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en général. Il est tenu par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes, journalistes, iconographes et documentalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés.

« A l’œil » est ce qu’il est convenu aujourd’hui d’appeler un blog. C’est en réalité une collection d’articles (reportages, enquêtes, billets d’humeur, etc.). Créé en août 2008 sur le site du Club de Mediapart, il dispose également de son propre site www.a-l-oeil.info qui reprend, outre les archives des publications dans le Club Mediapart, celles de La Lettre de la Photographie et de plusieurs autres publications auxquelles Michel Puech a collaboré. (Libération, Le Monde, La Croix, Le Courrier Picard, VSD, etc.)

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Re-belotte ce lundi

 

Le quotidien "20 minutes" remarque aujourd'hui que plusieurs quotidiens ont publié la même image sur la Lybie. Sous le titre:

Libye: Une photo pour des dizaines de journaux

 

Ma consoeur Alice Coffin de "20 minutes" a posé quelques questions :

«C'est assez fréquent qu'une photo d'un événement international s'impose», note Dimitri Beck, le rédacteur en chef de Polka Magazine

.../...

«Il y avait très peu de choix», explique - sans rire ? - Sophie Laurent-Lefèvre, directrice artistique des Echos.
.../...

Au-delà du peu de choix, «la photo est très bonne, souligne Stéphane Corréa, chef du service photo du Figaro. Goran Tomasevic est un excellent photographe.

Personne n'en doute, sauf que personne n'explique que les journaux paient des abonnements mensuels pour un nombre déterminé de photos à l'AFP, Reuters et AP.

Et qu'ils rechignent à dépenser un sous de plus pour télécharger chez Fedephoto, Vu, Polaris et milles autres sources une image pour laquelle ils devront payer des droits !

Contrairement à l'inter-titre du quotidien gratuit, il n'y a pas de hasard !

 

 

 

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L'auteur

Michel Puech

Journaliste honoraire
Issy-les-Moulineaux - France

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A l'oeil

À propos du blog
Un regard particulier sur le journalisme et la photographie « A l’œil » s’intéresse essentiellement au journalisme, au photojournalisme, et à la presse en général. « A l’œil » est surtout passionné par les femmes et les hommes qui travaillent dans les métiers de l’information. « A l’œil » a été créé et diffusé dans le Club Mediapart depuis aout 2008