Tumultueuse Amérique du photojournaliste Jean-Pierre Laffont

Jusqu’au 31 octobre 2015, vous pouvez découvrir ou redécouvrir l’Amérique à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) à Paris. Une remarquable exposition, fruit de trois décennies de travail d’un photojournaliste français profondément indépendant d’esprit. Une leçon de photojournalisme.

 © Jean-Pierre Laffont © Jean-Pierre Laffont
Jusqu’au 31 octobre 2015, vous pouvez découvrir ou redécouvrir l’Amérique à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) à Paris. Une remarquable exposition, fruit de trois décennies de travail d’un photojournaliste français profondément indépendant d’esprit. Une leçon de photojournalisme.

 © Jean-Pierre Laffont © Jean-Pierre Laffont

Eliane et Jean-Pierre Laffont © Jean-Pierre Laffont Eliane et Jean-Pierre Laffont © Jean-Pierre Laffont
Ecouter Jean-Pierre Laffont sur WGR

Il y a un an, à Visa pour l’image, Jean-Pierre Laffont présentait sa somme sur les États-Unis d’Amérique. Un magnifique ouvrage dont nous avons rendu compte ici même. Cette année, Jean-Luc Monterosso, le patron de la MEP, a réussi à caser dans un planning chargé, une exposition du travail de Jean-Pierre Laffont.

Bien que l’espace accordé soit petit, « Tumultueuse Amérique » mérite absolument une visite. On doit cette exposition à Éliane Laffont, l’épouse de Jean-Pierre qui est non seulement la commissaire de cette exposition mais également celle par qui nous pouvons découvrir le travail de ce photographe qui est avant tout, aussi, un journaliste hors pair.

Les Laffont, comme on les nomme souvent dans le milieu photojournalistique, sont un couple exceptionnel. Par hasard, Jean-Pierre Laffont a suivi les mêmes cours de l’école de photographie suisse de Vevey qu’Hubert Henrotte, le fondateur de l’agence Gamma.

C’est donc tout naturellement que ce dernier l’a engagé en 1967 pour devenir le correspondant aux USA de la nouvelle agence. Et par la même occasion, le patron de Gamma a engagé Éliane, son épouse pour représenter l’agence auprès de la presse américaine.

La suite fut un conte de fées, une success story digne du rêve américain. Éliane Laffont régna rapidement sur le photojournalisme français à la new-yorkaise pendant que Jean-Pierre arpentait les USA dans tous les sens, le plus souvent en solitaire.

Photographier au coude à coude avec ses confrères, ce n’est pas la tasse de thé de Jean-Pierre Laffont. « J’ai toujours photographié loin des autres photographes, loin des moments chauds. J’ai toujours aimé retourner sur les sujets qui me passionnaient » explique-t-il.

Passionné par l’actualité, il a toujours cherché à travailler en amont des évènements. C’est ainsi qu’il a largement photographié les prisons, les agriculteurs américains, les homosexuels avant qu’ils ne fassent la une des medias.

Cet homme sensible, méditerranéen par son enfance et sa jeunesse, curieux des hommes quelle que soit leur position sociale, garde à 80 ans, un enthousiasme pour son métier que les jeunes photojournalistes peuvent lui envier.

 © Jean-Pierre Laffont © Jean-Pierre Laffont

« Je n’aime pas travailler en commande. Être en commande pour un journal, c’est le plus souvent se mettre des œillères » dit-il dans l’entretien qu’il nous a accordé et que l’on peut écouter ici sur WGR, il raconte comment la commande d’un portrait de Georges Bush, le père, pour le New York Times lui a fait « rater toutes ses photos » !

Il conseille aux jeunes photographes de faire comme lui. « Un jour, je suis parti en disant à ma femme, je ne sais pas quand je reviendrai. » Un an après, il présente son travail aux magazines qui achètent immédiatement ses reportages sur les agriculteurs américains en pleine crise.

A Perpignan, le 4 septembre 2015, lors de la remise du Prix du jeune reporter de la ville de Perpignan Rémi Ochlik, Édouard Elias, 22 ans, a tenu le même langage : « Je continuerai à partir, même si les magazines ne nous donnent pas de commandes. » (Ecouter ici)

La rencontre de ces deux paroles, celle de l’aîné Jean-Pierre Laffont, et celle d’un des jeunes les plus prometteurs, démontre que les « fondamentaux » du photojournalisme ne changent pas.

A voir tous les sujets « couverts » par Jean-Pierre Laffont pour les agences Gamma puis Sygma, on vérifie que le photojournalisme est avant tout une affaire de curiosité mais aussi d’empathie avec les personnes photographiées. En ce sens, le travail de Jean-Pierre Laffont prolonge à la grande tradition de la photographie humaniste à la française.

A voir absolument, et l’on attend avec impatience une grande rétrospective de tous ses autres voyages à travers le monde.

Michel Puech

L’exposition
Exposition Tumultueuse Amérique de Jean-Pierre Laffont
Commissaire d’exposition : Eliane Laffont – Du 9 septembre au 31 octobre 2015 – Maison Européenne de la Photographie (MEP) – 5/7 Rue de Fourcy – 75004 Paris
Sur le site de la MEP : http://www.mep-fr.org/evenement/jean-pierre-laffont/

FR PhotographersParadise COVER copyLivre
Le Paradis d’un Photographe Tumultueuse Amérique (1960-1990) de Jean-Pierre Laffont – Editions Glitterati Inc sept. 2014 – 70 euros

L’article sur le livre
Club Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-puech/251114/l-amerique-paradis-du-photographe-jean-pierre-laffont

Pour aller plus loin

Le site de Jean-Pierre Laffont : http://www.jplaffont.com/
Tous nos articles concernant Jean-Pierre Laffont : http://www.a-l-oeil.info/blog/dossiers/photographes-2/par-ordre-alphabetique/laffont-jean-pierre-photojournaliste/

 

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