BD-photo: «Les héros du moment» de Claude Dityvon

Jusqu’au 15 janvier 2015, on peut voir une étonnante exposition de portraits d’auteurs de BD réalisés par Claude Dityvon. A chaque portrait est associé un croquis hommage du dessinateur au photographe. A ne pas manquer.

 © Reiser - Collection Dityvon © Reiser - Collection Dityvon
Jusqu’au 15 janvier 2015, on peut voir une étonnante exposition de portraits d’auteurs de BD réalisés par Claude Dityvon. A chaque portrait est associé un croquis hommage du dessinateur au photographe. A ne pas manquer.

Reiser © Claude Dityvon Reiser © Claude Dityvon

Claude Raymond-Dityvon (1937-2008) est un poète, un artiste, un écrivain dont la plume est la lumière. Dès 1967, date de ses premières photographies dans un  bidonville de la banlieue parisienne, il se situe hors du temps, même s’il doit aux évènements de mai 1968 de devenir photographe.

Photographe, mais pas photojournaliste. Il s’est toujours défendu de faire acte de journalisme. Il tenait trop à « inventer » ses sujets, c’est-à-dire à les photographier comme un metteur en scène qui ne dirigerait pas ses acteurs.

Ce sont pourtant des portraits posés que la Galerie Dityvon de la Bibliothèque universitaire d’Angers nous donne à voir.  Un travail qu’il a effectué fin des années 70, début 80, alors qu’il s’apprêtait à quitter, la direction de l’agence Viva qu’il avait cofondée en 1972 avec  Alain Dagbert, Martine Franck, Hervé Gloaguen, François Hers, Richard Kalvar, Jean Lattès et Guy Le Querrec. Un collectif d’avant-garde pour la reconnaissance de l’art de la photographie.

 

« Mon rêve à moi, c’est de visiter la bulle des autres »

Enki Bilal © Claude Dityvon Enki Bilal © Claude Dityvon

 © Enki Bilal - Collection Dityvon © Enki Bilal - Collection Dityvon

Florence Cestac © Claude Dityvon Florence Cestac © Claude Dityvon

 © Florence Cestac - Collection Dityvon © Florence Cestac - Collection Dityvon

« Les créateurs de bandes dessinées disparaissent derrière leur héros. Ils sont dévorés par eux plus gloutonnement que Conan Doyle par Sherlock Holmes. On connaît par cœur les Pieds Nickelés, Dick Tracy et Popeye mais on ne sait rien de Forton, Chester Gould et Segar. Pour faire vivre leurs personnages à deux dimensions on dirait que ceux qui les ont conçus doivent passer sous la presse d’imprimerie.» écrivait Roland Topor dans la préface de 59 auteurs de bandes dessinées, le livre-culte édité en 1981 par les Editions Futuropolis qui regroupait les images de Claude Dityvon.

On voit que le temps a passé. Aujourd’hui les dessinateurs  de bandes dessinées sont reconnus comme auteur à part entière. J’allais écrire, comme les photographes ! Et c’est exact. A la fin des années 70, ce n’était le cas, ni pour les uns, ni pour les autres. On mesure ainsi la curiosité de Claude Dityvon.

« Etrange espèce que les photographes ! » poursuit Topor «  Ils se contentent de tirer le portrait des héros fabriqués par les autres : stars de la politique ou du cinoche, du sport ou de la variété. Pire, il y en a qui photographient des gens qui ne sont même pas célèbres…/… De la graine d’inconnu, du gibier de cimetières. Des mortels en somme. J’aimerais bien découvrir le visage des mortels fabricants d’immortels s’est dit le photographe. Et hop il a fait le tour ! »

De Barbe, Bilal, Binet à Uderzo, Veyron, Willem, Wolinski, en passant par Cabu, Fred, Gébé, Pétillon etc. Une série de rencontres.  Chris, Madame Dityvon s’est « décidée un beau jour à tirer des sonnettes. » écrit-elle dans l’introduction (non signée) « Je rencontrais donc la plupart de ces auteurs, - dessinateurs et scénaristes- et leur demandais s’ils accepteraient de poser, dans leur élément, devant l’objectif de Claude. Les accueils furent variés : chaleureux ou méfiants ou encore franchement hostiles. Mais après tout, il s’agissait rien moins que d’un acte sacrilège. »

 

Vernissage de l'exposition © Michel Puech Vernissage de l'exposition © Michel Puech

Chris Dityvon au vernissage de l'exposition © Michel Puech Chris Dityvon au vernissage de l'exposition © Michel Puech

 

35 ans après, les anonymes dont parlait Topor sont devenus des stars à Angoulême, qui le temps d’un festival est une capitale. Quand Paris est défaillant, la province – pardon, les régions – se vengent.  Si l’on a pu voir des expositions de Claude Dityvon à Roubaix, La Rochelle, Brest, Clermont-Ferrand ou dans l’Ile de la Réunion, on attend toujours la grande rétrospective parisienne.  Mais peu importe finalement puisque la Bibliothèque universitaire d’Angers expose chaque année Dityvon dans « sa » galerie, à à peine deux heures de TGV de l’officielle capitale !

La Galerie Dityvon  produit chaque année  une exposition inédite de l’œuvre du photographe grâce au fantastique et obstiné  travail de fourmi de Chris Dityvon qui inlassablement scanne les dizaines de milliers de tirages que Claude a produits dans son laboratoire. On attend avec impatience la prochaine exposition. Merci Chris !

Michel Puech 

 

Exposition « Les héros du moment » de Claude Dityvon

Horaires : 8h30-22h30 du lundi au samedi

57, quai Félix Faure | CS 40053 | 49055 Angers cedex 2

Piéton | 11 avenue François Mitterrand

Tram | Saint-Serge - Université

Bus ligne 3 et 7 | Arrêt Mitterrand

Bus ligne 9 | Arrêt Berges de Maine

Le très beau site du photographe avec de nombreuses photos :  http://www.claude-dityvon.fr

 

 © Michel Baret © Michel Baret
[CUISINE]

Ce reportage a été réalisé le 16 oct. 2014, à l’occasion du vernissage de l’exposition, grâce à la participation aux frais des lecteurs de A l’œil.

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