Visa 2008: 20 ans de photojournalisme !

   

 

 

 

Guerre de Corée par David Douglas Duncan

Cette année, une trentaine d'expositions seront accessibles gratuitement jusqu'au 14 septembre, dans plusieurs lieux somptueux de Perpignan. J'ai déjà retenu de voir, évidemment celle de l'américain David Douglas Duncan, un des plus grands photographes du siècle passé, célèbre pour ses reportages sur la guerre de Corée (1950-1953).


Je ne manquerai pas non plus de voir le "Mai 68" de Göksin Sipahioglu qui avant d'être en 1973 le fondateur de l'agence Sipa a été un jeune photojournaliste correspondant de la presse turque. J'emporte d'ailleurs son livre sur "la révolution parisienne" publié en avril dernier aux éditions Scali, pour lui faire dédicacer; puisqu'on m'assure que malgré ses 80 ans passés, "le vieux turc" sera là.

 

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La guerre de Corée vue par David Douglas Duncan, et le Darfour photographié par Jan Grarup.

 

Au menu je suis sûr également d'aller admirer les images de Jan Grarup, Stanley Greene, Yuri Kozyrev, de Poveda... Mais, je ne vais pas vous détailler tout le programme. Il est. Et je vous rendrai compte de mes visites ici, "A l'œil".

 

Mais, ce que je préfère dans ce festival, ce sont ces incroyables nocturnes projections sur un écran géant de 25 mètres de large ou Thomas Bart, Jean-Louis Fernandez, Laurent Langlois, Emmanuel Sautai les réalisateurs de la société Abax Communication font des merveilles pour valoriser les photos. Ces gens là contribuent à vous graver à vie sur la rétine le boulot des photo-reporters. C'est parfois follement émouvant comme, en 2006 où fut rendu un hommage au travail de Mark Grosset picture editor et historien de la photographie russe etsoviétique décédé le mois précédent. Nul doute que la rétrospective des vingt ans de festival fera encore couler quelques larmes, en particulier pour Alexandra Boulat, décédée en octobre dernier à 45 ans. Ses proches présenteront ses clichés préférés.

 

Jean-François LeroyPour rire, jaune souvent, il y aura aussi les tonitruantes interventions de l'infatiguable Jean-François Leroy qui déclare aujourd'hui à l'AFP : ""Nous étions fatigués de voir les festivals de photo qui existaient et qui traitaient toujours le photojournalisme comme un accessoire". Dans l'éditorial du programme 2008 il écrit : “On va monter un nouveau festival, entièrement dédié au photojournalisme. Les ricanements. “Ils sont fous ! Ils se prennent pour qui ? L’incrédulité. Ils vont se ramasser. Les frémissements. Ouais, initiative intéressante. Mais ils ne tiendront pas la distance. Les encouragements. Pourquoi vous n’ouvririez pas un centre de presse, pour permettre aux agences et photographes d’officialiser leurs rencontres, et leurs projets ?

 

Je n'étais présent ni à la première édition de Visa pour l'image, ni même à dix-sept autres. En 1989, j'avais temporairement quitté le photojournalisme pour filer attendre l'arrivée de la photographie dans les réseaux de télécommunications. Mais de 1970 à 1986, je baignais dans l'argentique comme reporter, puis comme "chef des infos" - on ne disait pas picture editor à l'époque - avant de devenir un petit patron d'agence de presse. C'est dire que j'ai un peu connu ce qu'on appelle curieusement "l'âge d'or du photojournalisme", ce temps qui aurait précédé la naissance de Visa pour l'image.

 

Fin des années 80, la photographie n'était qu'argentique, et toute idée de manifestation autour du photojournalisme relevait encore de l'utopie. Le photojournalisme n'était qu'un mot connu des professionnels de la profession, et quand dans un dîner en ville vous racontiez que vous vendiez des photos à des magazines, l'assistance restait bouche béante. C'était l'époque où "les trois sœurs" (Sygma, Gamma, Sipa) régnaient en maitresses sur les flux de dollars entre Paris et les magazines américains et allemands.

 

Les reporters, les vendeurs, les acheteurs étaient des inconnus, et pratiquement aucun amateur n'avait l'idée de téléphoner à un magazine pour proposer contre de l'argent une image... Ce sont les reporters eux-mêmes ou leurs patrons qui se livraient au sport dit de "la raflette" consistant à acheter une somme dérisoire la bobine détrempée d'un soldat argentin naufragé du Belgrano pour en faire contre des milliers de francs la "couv'" de Paris-Match.

 

 

Ci-dessous: Mai 68 vu par Goksin SipahiogluMai 68 vue par Goksin Sipahioglua

Pourtant ça sentait déjà le roussi...

 

En décembre 1989, l'année de naissance de Visa pour l'image, feu le magazine Photo reporter - qui si mes souvenirs sont bons succèdait au mensuel Reporter Objectif - on peut lire sous la plume de Philippe Combenègre: "Les reportages coûtent tellement chers aux agences que les magazines par souci d'économie préfèrent utiliser des photos d'archives libres de droits d'auteurs". Et le web n'était pas né !

 

Crise de l’information, crise du journalisme, crise du photojournalisme ? L’image, dans la manière dont elle est utilisée, est-elle encore porteuse d’information ? Transmet-elle encore un savoir ?” s'interroge Jean Lelièvre en introduction au colloque annuel qui réunit depuis cinq ans une belle salle et de solides participants pour "tchacher" de la question... Il y a toujours matière.

 

"Qui me disait , commentant un article consacrant la mort de Life, que se mourait également la photographie ?... L'information par la photo est donc mal en point." s'interrogeait déjà un Monsieur Picaud, dans une revue spécialisée aujourd'hui disparue : Reporter Objectif in son numéro de septembre 1973 ! On voit que le sujet est inépuisable ! A Perpignan cette année on entendra donc, comme toujours, chanter les louanges et siffler les critiques sur la production actuelle...

 

Une chose est sûre, personnellement, je ne bouderai pas mon plaisir de voir les travaux de l'année, car là-bas, grace à toute l'équipe de Visa pour l'image et ses sponsors on peut voir, ce qu'on n'a pas assez vu dans les magazines et sur les écrans. Réconfortant.

 

Je vous ferai partager mon plaisir.

La suite ?

Perpignan, le 31 aoû 2008

C'est parti pour la 20e !

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