Sarajevo: « Ce que leurs yeux ont vu… »

Dans le cadre de la mission du centenaire de 14-18, Sarajevo est à l’honneur. Alizé Le Maoult, comédienne, réalisatrice mais également photographe rend un hommage aux reporters qui ont couvert les guerres de l’ex-Yougoslavie. 45 portraits sont exposés en marge du premier festival de la fondation Warm.

James Nachtwey photographié par Alizé Le Maoult James Nachtwey photographié par Alizé Le Maoult
Dans le cadre de la mission du centenaire de 14-18, Sarajevo est à l’honneur. Alizé Le Maoult, comédienne, réalisatrice mais également photographe rend un hommage aux reporters qui ont couvert les guerres de l’ex-Yougoslavie. 45 portraits sont exposés en marge du premier festival de la fondation Warm.


Après des cours de théâtre à Paris et New York, des études de cinéma à New York, Alysé Le Maoult apprend le cinéma auprès de réalisateurs renommés. Elle collabore à l’écriture de plusieurs films, en particulier avec Ademir Kenovic pour lequel elle doit, alors que la guerre se termine, convoyer 600 000 francs à Sarajevo pour les frais du film.

« Sarajevo m’a tant donné, c’est un juste retour… » écrit-elle dans la présentation de son exposition. Mais, ce sont aussi les photographes qui lui ont tout donné, à commencer par leurs images. Et c’est un tour de force car les photojournalistes sont parfois très sourcilleux de leur image. Eux qui ont vu les pires horreurs que l’homme puisse faire à l’homme, ont parfois des égos de midinette.

Mais Alizé Le Maoult est sympathique, vive, débrouillarde et simple. Des qualités qu’apprécient les reporters. Après avoir obtenu le prêt d’un Leica par l’illustre maison, et trouver un mécène anonyme pour payer les billets d’avion, elle a couru ces derniers mois après ces coureurs d’actu pour les photographier aux quatre coins du monde, dos au mur.

Aska et le loup de Ivo Andric

Aska ne pensait à rien. Seules, une force inattendue, une habileté incroyable et diversité de mouvements sortaient de son petit corps fait de l’élixir de la joie de vivre mais condamné à une mort inévitable et immédiate. La seule chose qu’elle savait c’est qu’elle était vivante et qu’elle vivrait tant qu’elle dansait, et le mieux possible. Ce n’était plus une danse mais un miracle ».
« Nous ignorons la vigueur et les possibilités que chaque être vivant cache en lui. Nous ne nous rendons même pas compte de ce que nous sommes capables de faire. Nous existons et nous disparaissons sans connaître ce que nous aurions pu être et faire d’autre. On ne le découvre qu’aux moments grands et exceptionnels tels que celui où Aska dansait pour sa vie déjà perdue. Son corps ne s’en fatiguait plus et sa propre danse créait des nouvelles forces pour une nouvelle danse. Aska dansait donc. Elle représentait des figures nouvelles qu’aucun maître de l’école de ballet ne connaissait ».

Milomir Kovacevic

Jacqueline Larma cite Julia Larma, 5 ans: ” Où que tu ailles tu prends ton cœur avec toi “.

Rikard Larma: J’ai appris ce qu’est le journalisme grâce aux correspondants étrangers qui étaient à Sarajevo : le journalisme c’est la conscience de l’humanité.

 

« Ce que leurs yeux ont vu… » par Alizé Le Maoult

Sarajevo m’a tant donné, c’est un juste retour…

Tout a commencé en 1995 à la fin guerre, où le cinéma m’emmène à Sarajevo sur le film d’Ademir Kénovic « Le Cercle parfait ». Je prends la mesure de la guerre, de ses conséquences et je croise ceux qui témoignent des drames des habitants de cette ville multiculturelle. Le tournage du film est une expérience humaine qui marquera mon esprit et mes sens pour la vie.

Je reviens régulièrement à Sarajevo. Mais le 6 avril 2012, c'est pour commémorer le début de la guerre. Etrange anniversaire. Ils sont tous là, tous les reporters réunis au Holiday Inn vingt ans après. J’immortalise ces retrouvailles uniques, en faisant quelques portraits de photographes qui ont parcouru toutes les guerres. L’émotion est immense. Trois ans de siège, les liens sont forts…

Les images de ces photographes nous donnent à voir l’Histoire. Nous parcourons le monde à travers leurs yeux. Mais qui sont ces femmes et ces hommes qui témoignent sans relâche, souvent au péril de leur vie, pour nous informer, pour nous dire avec leurs images « On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas » ?

Je suis donc allée à la rencontre de tous les photographes de toutes nationalités qui ont couvert le conflit en ex-Yougoslavie, pardon à ceux que je n’ai pas pu encore rencontrer. Quarante-six portraits réalisés entre septembre 2013 et juin 2014, dans 9 pays, 17 villes, de Barcelone à Zagreb, en passant par Sarajevo, New York et Oslo… Quelque soit le jour ou l’heure du rendez-vous, le soleil, la pluie, le vent ou la neige, un seul dispositif, mon appareil photo et un mur trouvé au hasard.

Le mur, métaphore des villes que l’on construit au fil du temps et à l’heure de la paix, et que l’on détruit au fil des guerres. Les murs protègent. Les murs abritent. Sur le terrain les photographes sont souvent « au pied du mur » ou « dos au mur ». Ici c’est devant mon objectif. Un portrait frontal sans artifice, les yeux dans les yeux.

Je dédie cette exposition à Anja Niedringhaus, qui a commencé sa carrière à Sarajevo, nous avions rendez-vous à Genève, mais elle a été tuée en Afghanistan le 4 avril 2014.

Alizé Le Maoult

Exposition jusqu’au 10 juillet à l’Hôtel Europe de Sarajevo

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