© Philippe Rochot © Philippe Rochot

Philippe Rochot, grand reporter de France Télévision, expose « Mes 40 ans de reportage », pendant que Gabriel Debray monte « La guerre, titre provisoire », une pièce de Miguel Angel Sevilla, dans le sympathique lieu de création « Le local » à Paris 11ème.

 © Geneviève Delalot pour A l'oeil © Geneviève Delalot pour A l'oeil


« Il y aura toujours des conflits… » dit Philippe Rochot qui croyait, en débutant sa carrière à France Inter dans les années 1970, qu’il verrait la paix au Proche-Orient… « Hélas, 40 ans après, ça s’est plutôt aggravé. » dit-il dans un de ses petits rires malicieux.

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Guerre du Kippour, conflit du Liban, révolution Islamique,  guerre  Irak-Iran, Afghanistan,  Somalie, Rwanda… Philippe Rochot connaît la guerre, et vous, vous le connaissez pour l’avoir vu mille fois dans la petite lucarne d’Antenne 2, puis de France2 vous raconter les tenants et les aboutissants des conflits de la planète.

De la guerre, il en connait aussi le prix. 105 jours durant, il a été otage avec son équipe (Jean-Louis Normandin, Georges Hansen, Aurel Cornea) d’un groupe terroriste de Beyrouth. Il enquêtait en 1986 sur la mort de Michel Seurat, otage, dont les ravisseurs avaient annoncé l’exécution.

Aujourd’hui, après avoir quitté la télé,  il peut enfin s’occuper de ses photographies.  « La photographie est ce qui nous reste quand le petit écran s’est éteint. J’ai toujours préféré l’image fixe à l’image vidéo car elle est le résumé de l’événement vécu. » Etonnantes paroles pour un homme de télévision ! «  J’ai donc régulièrement emporté avec moi un boitier et un objectif afin d’éterniser les temps forts de mes 40 années de reportage. »

Cela nous vaut une belle exposition actuellement à Paris dans un lieu étonnant : l’Usine Spring Court, 5 passage Piver  dans le 11ème. Un lieu que les photographes connaissent bien, car l’agence Magnum y eu ses bureaux à la fin du siècle dernier. « J’y passe pas mal de temps » dit Philippe Rochot « pour faire visiter l’exposition et parler avec les gens. »

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L’exposition de Philippe Rochot est comme lui : modeste. Elle nous propose des images en toute simplicité et ce dénuement va bien avec  son regard. Voilà un reporter qui ne prend pas les gens de haut, qui visiblement les écoute, et sait se faire accepter. Il respecte l’autre. Ses portraits sont ses meilleures images. Elle respire la confiance du photographié et la générosité de cœur du photographe.

De 2000 à 2006, il est en poste à Pékin pour France 2. Cela nous vaut de nombreuses photos d’Asie, en couleur. « L’Asie est en couleur, et c’est là que j’ai commencé à photographier en numérique. »

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Mais attention,  Philippe Rochot, en journaliste, sait saisir l’instant historique.  Qu’on en juge par cette image d’équipe TV au milieu des cadavres sur le front Iran-Irak, par ces chars syriens entrant dans Beyrouth,  ou par ce frère aîné d’un enfant de 12 ans appelé Ben Laden montant un pur sang arabe !  Il faut l’écouter raconter ses images  à Jean-Louis Vinet de WGR, radio des grands reporters (Lien  bas de page)

 

« La guerre, titre provisoire »

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« Je pose toujours la question  de la représentation du monde et de la responsabilité du public.  » déclare le metteur en scène Gabriel Debray «  Je constate que les mots ne perdent pas leurs sens, mais qu’ils sont usés, les images semblent saturées, c’est vrai pour la presse écrite, plus largement pour l’audiovisuelle. La question du regard. La façon dont on traduit l’actualité, dont on représente le monde… C’est de là que part mon envie de créer cette pièce. »

« La guerre titre provisoire » de Miguel Angel Sevilla est une pièce sur l'engagement. Serge, reporter de guerre, blessé, au milieu des gravats d'un hôtel en ruines s'adresse à lui-même, à la face du monde, devant sa caméra, sa dernière compagne.

Il questionne son rôle de témoin et son engagement. Tourmenté, il se débat et met en scène ses contradictions avec pour seul témoin « l'œil qui le filme ». Dans une exaltation fantasque due aux effluves de l'alcool, il dénonce la guerre et son traitement médiatique.

Je ne veux pas de photo. Là où je suis tous les gravats se ressemblent. C’est la célèbre question du point de vue. Un bombardier, pris en photo de près ou de loin n’est pas un bombardier qui te lâche une bombe sur la gueule ! Un bombardier pris en photo est une image comme une autre et on est finalement dans le domaine de l’esthétique ! - Extrait

Intimité et démesure, poétique et politique s'entremêlent comme on peut également le lire sous la plume d’un Jean Hatzfeld dans « L’air de la guerre », d’un Jean-Paul Mari dans « La tentation d’Antoine » ou d’un Sorj Chalandon dans « Le quatrième mur » où il convoque le théâtre pour évacuer l’horreur du massacre de Sabra et Chatila.

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« Je suis acteur, je n’ai pas vécu ça… Ma vie n’est pas en danger sur scène…» dit Vincent Viotti, qui joue les deux rôles de la pièce : le reporter et l’acteur. Il a la cinquantaine des reporters de la « génération Sarajevo ». Il est devenu Serge le reporter en regardant « Rapporteur de guerre » de Patrick Chauvel, « War reporter » de James Nachtwey, en  lisant aussi.

Et puis, il a rencontré ceux qui vont sur le terrain, en particulier Olivier Voisin, ce photographe mort en Syrie l’an dernier. Ils ont eu des conversations sur la façon d’être, le comportement en reportage, l’esprit... « On voulait absolument évité le pathos… Mais, à deux ou trois reprises dans la pièce il est aussi question de l’intimité de Serge,  de la femme laissée à Paris… Olivier nous avait dit textuellement : un reporter de guerre ne va jamais se plaindre. Cette réflexion m’a beaucoup servi. Quand je suis dans l’intime, je ne pars pas dans le pathos, je suis là et je vis le texte. »

« J’ai bien aimé la pièce » confie Philippe Rochot  « Il y a des passages qui m’ont fait sourire comme celui sur la relation entre le reporter sur le terrain et sa rédaction à Paris. »

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 La vérité est parcellaire et l’audience décisive, la communication une exigence radicale, la vitesse son alliée indispensable, l’analyse est tout de suite soupçonnée de bla, bla, bla ! - Extrait.

« Il faut que quelqu’un le fasse » c’est le surnom d’un professeur de Serge à l’école de journalisme. Et puis le journaliste enseignant est parti en reportage et il est mort. Et « Il faut que quelqu’un le fasse » a son nom sur une stèle à Bayeux a écrit Miguel Angel Sevilla qui a été en résidence d’écriture à côté de Bayeux. Il a évidemment arpenté le mémorial des reporters, là où depuis le dernier Prix des correspondants de guerre, Olivier Voisin a son nom. Et la pièce lui est dédiée.

« Mets-toi au courant » s’est dit Miguel Angel Sevilla, l’auteur de la pièce, qui précise « Si je veux écrire quelque chose je me demande en quoi, moi, je suis concerné. »

Miguel Angel Sevilla est né en 1945 dans la plus petite province d’Argentine, celle de Tucuman. Son père est marchand de journaux. Il voit la presse, et à 12 ans est marqué par une photo où un policier tire sur la foule. Etudiant en France, il épouse une française mais revenu en Argentine, sur les conseils du directeur de l’Alliance française, il devra s’exiler en 1975. Le journaliste Maurice Jaeger qui travaillait pour la Gaceta de Tucuman vient d’être retrouvé mort dans un lac à la sortie de la ville… Il est l’un des 98 journalistes disparus et assassinés pendant la dictature militaire.

Il y a décidément trop de monde sur les stèles du Mémorial des reporters à Bayeux, mais l’inspiration de cette pièce montre qu’acteur, homme de lettre, metteur en scène ne les oublient pas.  Le monologue de Serge sonne juste, car tout reporter se pose à un moment ces questions.
Et parmi toutes, celle du public :

Pourquoi nous aussi, comme lui dans un sens, on tient tellement à donner des images, à représenter ? Et à représenter la guerre ! C’est vrai après tout pourquoi représenter la guerre ? Surtout quand il y a la guerre !!! - Extrait

Comment voulez-vous la voir, l’entendre ou la lire la guerre ? Venez vous poser la question, en commençant par visiter l’exposition de Philippe Rochot, puis entendre cette guerre au titre provisoire, mais éternel objet de reportage.

Michel Puech   

Je vous recommande d'écouter sur le même sujet les reportages Jean-Louis Vinet de WGR, la radio des grands reporters, vous y retrouverez Philippe Rochot, Gabriel Debray, Miguel Angel Sevilla et Vincent Viotti


PRATIQUE

Exposition de Philippe Rochot
Tous les jours jusqu’au 8 décembre 2013 de 14h à 18h - entrée libre.
Adresse: Usine Spring Court 5 passage Piver  75011 Paris
Le blog de Philippe Rochot : http://philrochot.wordpress.com

Théâtre : La guerre titre provisoire
Pièce de Miguel Angel Sevilla, interprétée par Vincent Viotti, mise en scène : Gabriel Debray , création lumière : Jacques Boüault , création sonore : Anton Langhoff

Bande annonce réalisée par Jéronimo Berg : https://vimeo.com/76262947

Jusqu’au au 22 décembre (Vendredis à 20h30, samedis à 20h30, dimanches à 17h. Plein tarif : 12 €
Rencontres-débat bord plateau : Dimanche 1er décembre après la représentation de 17h avec Philippe Rochot, grand reporter et dimanche 8 décembre après la représentation de 17h : Ofer Zalzberg, senior analyst pour le programme Moyen-Orient d'International Crisis Group, organisation non gouvernementale, indépendante et à but non lucratif, qui oeuvre pour la prévention et la résolution des conflits armés (sous réserve). 
Dimanche 15 décembre après la représentation de 17h :  Alain Dubat et de Jean Paul Chaussé, tous deux Journalistes Reporters d'Images, grands reporters cameraman.
Dimanche 22 décembre après la représentation de 17h : Miguel Angel Sevilla et de Gabriel Debray, respectivement auteur et metteur en scène de la pièce.
Informations : Théâtre Le Local – 01 46 36 11 89 – infos@le-local.net
Adresse : 18 rue de l’Orillon 75011 Paris
http://www.le-local.net


Le livre
La Guerre titre provisoire de Miguel Angel Sevilla – Editions de l’Amandier 2013 – 10 Euros

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« A l’œil » s'intéresse essentiellement au photojournalisme, à la photographie comme au journalisme, et à la presse en général. Il est tenu par Michel Puech, journaliste honoraire (carte de presse n°29349) avec la collaboration de Geneviève Delalot, et celle de nombreux photographes, journalistes, iconographes et documentalistes. Qu'ils soient ici tous remerciés. Tous les textes et toutes les photographies ou illustrations sont soumis à la législation française, en particulier, pour les droits d'auteur. Aucune reproduction même partielle n'est autorisée hormis le droit de citation.

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