Abjecte délectation, la couverture médiatique du FN

Abjecte délectation, la couverture médiatique du FN

            La couverture médiatique du FN est un rituel. Qui est célébré ? Un Jean-Marie Le Pen qui se répète jusqu’à la nausée. L’holocauste ne fut qu’un détail, l’occupation s’est bien déroulée au vu de la surface à administrer, etc. Se pose vite la question de la liberté d’expression. Où sont les bornes ? Quand une personne n’est plus cohérente avec ce qu’elle dit. On ne peut pas dire tout et son contraire. Principe de contradiction. Nous sommes tous cartésiens. Lorsque J-M. Le Pen se dit victime d’un traitement inhumain, il se désavoue. Et dans un dialogue, la seule chose à laquelle nous n’avons pas droit, c’est la contradiction. Pourquoi prendre en compte la souffrance de cet homme ? Le même qui nous enjoint à faire si peu de cas de celle des victimes de la Shoah ? Mais le plus abject ici ce ne sont pas ses propos, c’est le cinéma autour de lui. Le mépris doit aller en priorité à ceux qui contribuent à son sinistre spectacle. La liste ? Ici, les savants fous sont la Droite, la Gauche, les média, et les électeurs… nous sommes bien en démocratie non ? Retour sur la Genèse d’un organisme politique génétiquement modifié.

            Tant à droite qu’à gauche, on a cru pouvoir capitaliser sur le vote FN. Avant l'ère Sarkozy, l'utilisation d'idées FN permettait de ratisser plus large lors des élections. C’était ponctuel. Vous n’avez pas oublié « Le bruit et l’odeur ». Accroche putassière certes, mais il y a des clients…La bascule s’opéra sur les conseils de Buisson. Ses idées devinrent non plus des moyens pour assurer des victoires électorales, mais des fins en soi. Il y avait là un socle permanent pour structurer le discours politique. C'est la droitisation. Sarkozy s’imaginait que c’était tout bénéfice. Sa politique pour être appliquée ne réclamait aucun budget, l'électorat étant payé en mots. Un débat sur l’identité, c’est gratuit à organiser. Qu’importe la propagation de la flamme sur nos têtes, en 2007 le jeu en vaut la chandelle. Sauf qu’il y a eu une erreur d’interprétation des scores électoraux. Primo, le FN n’avait pas reculé face à Sarkozy, c’était le retrait de la mer avant un tsunami. Secundo, le problème n’a jamais été de faire baisser le vote FN. Si la victoire est emportée sur son terrain, c’est une défaite. Qui a gagné en 2012 ? Le PS s’est aussi imaginé pouvoir profiter de la montée du FN sur deux tableaux. D’abord en écartant les centristes d’une droite trop occupée à faire du pied aux frontistes. Ensuite en exerçant un chantage à la présence au second tour. Toutes les gauches doivent se fédérer, la France est en danger. Bien voyons ! Et à cause de qui ? Il a fallu un avril 2002 aux socialistes pour saisir que le FN siphonnait aussi leur électorat. Arroseur arrosé par la stratégie mitterrandienne. Ouverture des média à Jean-Marie Le Pen. Je confirme, un pyromane en allumant un feu n’a pas échoué à l'éteindre. 

            Il n’y a pas de dédiabolisation du FN, parce qu’il aurait fallu en premier lieu qu’il y ait eu diabolisation. En choisissant les sujets de prédilections du FN, les média lui ont servi de porte-étendard. Les premières causes de mortalité ne sont ni les terroristes, ni les sauvageons. La bataille des chiffres est remportée par les accidents de voitures, de travails, les cancers. Et sur le fait de savoir s’il fallait lui donner la parole, la question ne se pose pas avec Dieudonné. Pour quelle raison devrait-elle se poser avec Le Pen ? Attention, sujet casse-gueule. D’un côté vous avez un humoriste dont on juge les blagues racistes, et de l’autre nous avons un homme politique. Si le premier est nocif pour la société, pour quelle raison ne pas imposer la même cure médiatique au second ? Question de cohérence. Ne sommes nous pas tous cartésiens ? Au lieu d’obéir aux principes dont il se réclame, le monde médiatique a préféré jouer la comédie. Après chaque dérapage, c’est le même cinéma. La petite phrase, le dérapage. Suivi de l’émoi. Vient ensuite la défense de l’accusé. C’est lui la victime et non ceux qui sont visés par ses propos. Il est le seul à parler français dans ce pays. Sa parole a été travestie. Ce n’était qu’une première phase. Celle de la désensibilisation. Une fois le public accoutumé, on clame la fin d’une dictature. Celle du politiquement correcte. Maintenant il est même de bon ton et vendeur d’avoir son néo-réac dans une rédaction. Et le succès d’un Zemmour nous ramène à notre liste pro FN. Pour la compléter, il nous manque plus qu’à évoquer le peuple.

            Le poids du FN est fonction de ses performances électorales. Le FN c’est à la fois les dirigeants, les encartés, et les électeurs. Et la dernière variable de cette équation est la plus vitale pour cet organisme. Il ne s’agit pas seulement du budget du parti. Plus le poids électoral du parti augmente, plus il lui sera témoigné à lui et à ses idées de la considération. Qui voudrait s’aliéner une aussi grande part du marché ? Cercle vicieux où l'électeur FN est le petit dieu. Tout puissant derrière l’écran télé, il n'a à répondre de rien. Il est dans son bon droit. Le FN est légal. Il est exonéré de son choix. Il souffre. Même quand il vote pour le FN, il ne vote pas pour le FN. C’est un message. C’est la faute du système qui n’a pas su répondre à ses attentes. Ce traitement médiatique conforte l’électeur dans son attitude. Il est enfin reconnu et célébré. Respectable parce qu’il est une menace. Le doigt sur le bouton nucléaire avec son bulletin. Il a le monde à ses pieds prêt à faire ses quatre volontés. Et cette délicate attention n’a que pour seul effet de renforcer le vote frontiste. Qui n’est pas enclin à répéter ce qui lui fait plaisir ? Un sage ? Celui qui sait que le plaisir n’est pas identique au bien. Que trop souvent le plaisir est annonciateur de souffrances. Mais l’on préfère se gargariser avec des mots. Jeter en l’air « populaire » comme si être populaire justifiait tout. Comme si être populaire, c’était être forcément bien. Il n’y a pas que Jean-Marie Le Pen qui ait un problème avec l’histoire. Le XXème est un pense-bête. Ce qui a mis notre monde à la renverse était populaire. Ce qui était populaire était fondé sur une souffrance. Et pour quel résultat ? Et les causes étaient-elles des excuses ? Ne me parlez pas du drame de la récidive. Le FN est le fruit d’une surenchère collective. Se trouvent mêlés à ce processus, politiques, média, et citoyens. Nous sommes tous prévenus. Quand il sera crié « adjugé, vendu », il faudra en payer le prix. Vade retro Satanas !

 

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