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Billet de blog 16 oct. 2014

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Rwanda : c’est la République qu’on accuse !

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Rwanda : c’est la République qu’on accuse !

En accusant la France d’avoir été complice voire d’avoir participé directement au génocide rwandais de 1994, Kagame  et ceux qui le suivent dans cette voie rejettent tout simplement le système de gouvernement démocratique que les occidentaux veulent - ou voulaient  -  imposer à l’Afrique.

En provoquant la « révolution sociale » de 1959 -62, la Belgique autant que l’Eglise catholique auraient ont pris la lourde responsabilité d’amener la majorité du peuple rwandais, c’est à dire les hutu, au pouvoir. La République rwandaise était née au grand dam des anciens monarques et grands féodaux tutsi qui émigrèrent en masse. L’instauration de la République s’accompagnait des massacres de tutsi , ce qui permet aujourd’hui à Kagame de prétendre que le génocide a commencé là où a commencé la République rwandaise pour ne prendre fin qu’à son arrivée au pouvoir en 1994, pouvoir dictatorial qui dans la pratique ne s’apparente en rien à une république.

Outre la Belgique et l’Eglise catholique, la principale accusée par Kagame est la France. Mais qu’est-ce que la France en 1990 au moment où le pouvoir socialiste, plus soucieux de servir la République que la Nation française, vient de prononcer le discours de La Baule ? Le contrat passé entre Mitterrand et Habyarimana est clair : « Je t’aide à faire face à l’agression que les émigrés de Coblence – pardon de Kampala – conduisent à ta frontière mais, en contrepartie, tu démocratises ton régime, tu introduis le multipartisme et tu engages sur ces bases des négociations avec la minorité tutsi ». Il s’agit donc bien de protéger voire de développer la République contre le retour de la féodalité.

Le multipartisme fut instauré à Kigali en 1991 et installé en 1992. Le Rwanda avait dès lors un premier ministre opposant au président Habyrimana. Nous étions en cohabitation, stade supérieur de la démocratie et dans le même temps les négociations avec le FPR s’ouvraient à Arusha. En contribuant à mettre tout cela en place nous n’avions pas le sentiment de commettre ce qui était pour Kagame le crime des crimes. En effet cette République enfin démocratique confiant le pouvoir à la majorité des Rwandais , c’est-à-dire mathématiquement parlant aux hutu, avait à ses yeux le tort immense d’enlever toute légitimité au combat armé qu’il avait enclenché, seul moyen pour lui de parvenir au pouvoir absolu de la minorité tutsi, c’est-à-dire au pouvoir absolu entre ses mains à lui.

Dès lors l’obsession de Kagame fut le retrait des Français. Ce fut son principal objectif à Arusha : obtenir que ces foutus démocrates de Français retournent dans leurs collines à eux et lui laissent le champ libre au Rwanda. Autant le FPR négociait avec acharnement ce retrait sur les tapis d’Arusha, autant sur le terrain, il s’ingéniait à éviter tout affrontement avec l’Armée française : surtout ne pas donner au Français le moindre prétexte à s’impliquer directement dans les combats ! (On se souvient de février 93 où un mince rideau de troupes françaises disposé au nord de Kigali a été suffisamment dissuasif pour sauver la capitale sans avoir à combattre). Kagame avait bien compris que, contre la République française, il obtiendrait beaucoup plus facilement une victoire diplomatique qu’une victoire militaire..

Le reste fut pour Kagame une promenade de santé, s’il ne le fut pas pour son peuple. Une fois les Français partis, il suffisait d’éliminer Habyarimana et, en provoquant des massacres interethniques judicieusement organisés, de justifier l’assaut final. De plus, pour réduire le rapport ethnique hutu/tutsi  et assoir la dictature sans partage que l’on connait au Rwanda depuis 1994, il n’hésita pas à massacrer allégrement tout ce qui lui tombait sous la main et à pousser hors du Rwanda  tous ceux qui courraient trop vite pour être massacrés intramuros.  Ils ne seront massacrés qu’un peu plus tard, au Congo.

En 2014, les pêcheurs burundais éberlués du Lac Rweru  recueillent les cadavres des démocrates rwandais qui descendent la Nyabarongo par dizaines, ficelés dans des sacs de toile.  http://www.jambonews.net/actualites/20141017-lac-rweru-le-burundi-fait-son-devoir-les-associations-rwandaises-insistent/ En 1994, on retrouvait dans les chutes de Rusumo des cadavres en provenance de l’est du Rwanda conquis par le FPR. Et celui-ci, pour mieux détourner l’attention, hurlait au génocide commis par les seuls Interhamwe. En 2014, de la même façon, il nie que les corps repêchés dans les filets burundais proviennent du Rwanda : rien de changé sous le soleil des Mille Collines : les coupables  sont les autres  et Kagame jouit – encore un peu - de l’impunité absolue qui a été installée et lui est encore plus ou moins assurée par les blancs menteurs.

Or, si les cadavres de 1994 ont préparé la prise de pouvoir par Kagame, ceux de 2014 préparent le maintien de sa dictature au-delà de 2017, date à laquelle son second mandat de président prenant fin, Kagame n’aurait constitutionnellement pas le droit de se présenter à nouveau….sauf si un nouveau chaos venait à l’amener à s’afficher à nouveau en sauveur, un sauveur aux mains pleines de sang, comme par le passé !

Le seul crime de la République française  a été de vouloir maintenir la République rwandaise ou plutôt de vouloir maintenir le Rwanda en République. Kagame le dictateur, Kagame le plus grand criminel actuellement au pouvoir a très astucieusement transformé  l’instauration de la République puis la préservation de cette République en cause unique du génocide.

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