Interview imaginaire aux pieds de Notre Dame

En hommage aux soldats d’hier et aux soldats du feu d’aujourd’hui.

Debout sur les bords de Seine, les yeux fixés sur cette flèche en flamme, le vieil homme s’était figé en une statue de sel. Seules les larmes coulaient  silencieusement le long de ses joues marquées par le temps. A quoi pensait-il ? A qui pensait-il ? A la femme de Loth devant Sodome en flammes ?

Je m’approchai doucement, redoutant de troubler son chagrin. C’est lui qui tourna doucement la tête, sans dissimuler.  « Voyez-vous, jeune homme – dit-il -  le 19 aout 1944, je me trouvais exactement ici, au même endroit. Avec mon groupe de combat, nous essuyions des  rafales  de mitrailleuse lourde qui avaient stoppé la charge folle que nous menions depuis le Tchad. C’était pour moi un de ces instants de doute qu’un soldat connait de temps en temps au combat. Je me disais que nous nous étions trop avancés, que nous avions foncé stupidement, beaucoup trop vite, comme toujours avec Leclerc! Nous allions nous faire avoir car les Allemands étaient encore très forts dans Paris. Je cherchais le meilleur moyen de décrocher et de mettre mes hommes à l’abri. J’en avais suffisamment perdus depuis quatre ans…

Et puis, brusquement, de l’autre côté de la Seine, les cloches de Notre Dame  vinrent en soutien. Le gros bourdon m’a saisi au creux de  l’estomac : « En avant, Dieu le veut ! ». Soudainement,  mille années de soldats de France, de Baudoin de Jérusalem aux chasseurs de Driant, furent à mes côtés, à nos côtés.

Alors, nous sommes passés et Paris fut libéré !

« Aujourd’hui, je pleure sur ma France parce que nos petits-enfants auraient bien besoin des cloches de Notre Dame pour les soutenir dans le combat qu’ils ont à mener. Que Dieu nous les conserve» pria-t-il !

Et les soldats du feu avancèrent et les cloches furent sauvées.

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