Paul KAGAME bientôt conseiller juridique de Wladimir POUTINE ?

Vérité en Ukraine, mensonge au Rwanda ? Ceci est un roman ! Toute ressemblance avec des évènements vécus ne serait que pure et fort malencontreuse coïncidence ...

Wladimir POUTINE est en difficultés. Le résultat de l'enquête sur l'attentat commis au-dessus de l'Ukraine en 2014 contre l'avion de la Malaysinan (MH 17) vient de tomber : ce sont des missiles russes provenant de la 53e brigade anti-aérienne russe  basée à Koursk qui ont été utilisés : « le missile sol-air BUK qui a abattu l'avion de ligne au-dessus de l'Ukraine en 2014 provenait d'une unité militaire russe.

 

 

Les enquêteurs "ont conclu que le missile Bouk-Telar qui a abattu MH17 provenait de la 53e brigade anti-aérienne basée à Koursk, en Russie", a annoncé l'enquêteur néerlandais Wilbert Paulissen. "La 53e brigade fait partie des forces armées russes", a-t-il ajouté au cours d'une conférence de presse aux Pays-Bas[1] ». On comprend immédiatement que les militaires de la 53e brigade anti-aérienne russe basée à Koursk (Russie) sont soupçonnés d’avoir tirés leurs propres missiles. N’imaginant pas que ces soldats ont agi sans l’ordre de leur chef, on attend des explications d’un Wladimir POUTINE qu’on imagine quelque peu embarrassé.

Loin d’avoir la prétention de conseiller un chef d’état aussi prestigieux qui, de plus, a fait dans le passé la preuve d’une certaine habileté, je me dois quand même de lui signaler un exemple à suivre et une méthode qui, dans un cas semblable, a fait ses preuves (tout au moins jusqu’à aujourd’hui).

Le 6 avril 1994, deux missiles ont abattu un avion transportant deux chefs d’état africains et leur suite à Kigali (Rwanda). Circonstances aggravants - ce qui, fort heureusement, n’est pas le cas en Ukraine - cet attentat a déclenché au moins un génocide (aujourd’hui on parlerait plutôt de deux génocides). Très rapidement, dans les semaines qui ont suivi, les missiles qui ont abattu cet avion ont été identifiés, numéro de série à l’appui, comme étant des missiles de fabrication soviétique, vendus à l’Ouganda qui les avait « confiés », probablement à cet effet, à l’Armée de Paul Kagame. On aurait pu penser que, à l’instar de Wladimir Poutine, aujourd’hui embarrassé, Paul Kagame aurait pu se trouver un brin en danger devant cette affaire veille de 24 ans.

Or, il n’en est rien : Kagame plastronne. A la tête du Rwanda depuis 24 ans et pour au moins seize années encore, « Patron de l’Afrique » pour une année, il est reçu somptueusement dans les capitales du monde entier. Bardé de diplômes honoris causa et, à l’instar de Bokassa ou d’Amine Dada, croulant sous les médailles, il se rend en grande pompe à des salons de start-up !

S’imaginer un seul instant que Kagame pourrait être « embarrassé » serait sans compter avec l’Ubwenge[2] et les indéfectibles alliés du général-président-à-vie (alliés de Kagame, certes, mais pas des rwandais, précisons-le). L’un et les autres ont fait miracle auprès de la justice internationale pour qu’elle enterre ce dossier. Là, Kagame ne peut pas grand-chose pour Poutine mais, après tout, ce dernier possède lui aussi, comme certains alliés de Kagame, droit de véto à l’ONU

Après cet enterrement onusien scandaleux, ne demeurait plus que la procédure française diligentée à la demande des familles des membres d’équipage de l’avion abattu. Et là, Kagame a fait merveille en matière d’enfumage. Poutine peut s’en inspirer. Il lui suffit de quelques ingrédients soigneusement mitonnés et mis en place en Russie mais surtout au Sarkoland, pays où se tiendra l’instruction judiciaire:

  1. Un comité d’experts russes - provenant de préférence des services spéciaux - chargés de publier au sujet de cet attentat un rapport mettant en cause n’importe qui d’autre que la Russie en s’inspirant du rapport Mutsinzi mais en se gardant toutefois d’utiliser, comme Mutsinzi, des documents trop grossièrement falsifiés ;
  2. un cabinet d’instruction ouvert largement aux avocats de la défense et cela irait encore mieux si les avocats allaient jusqu'à tutoyer les juges d'instruction ;
  3. un consultant international Bernard Coutecher habitué à mettre de l'huile dans des rouages judiciaires bien grippés,
  4. une ordonnance d’expertise bien comprise et encore mieux rédigée, s’inspirant largement des conclusions du rapport mitonné au § 1 ci-dessus ;
  5. des enquêteurs aux ordres pour réentendre et « ajuster »  comme il convient les témoignages donnés initialement par les témoins acoustiques directs;
  6. des experts, pas forcément assermentés mais judicieusement choisis,
  7. un expert en acoustique prêt à exercer ses talents à plus de 7000 kms du lieu des faits (Il y a de la place en Sibérie voire en Oural si on veut un relief vraiment différent de celui du crash) ;
  8. utiliser pour cette expertise des missiles « semblables » mais non conformes aux armes utilisées lors des faits (Malagardis et d’autres, qui en voient partout ou qui se prétendent spécialistes, pourraient fournir des Mistral, par exemple…) ;
  9. Une presse à l’affût, dument stipendiée par la défense pour annoncer, en les déformant, les pseudo-résultats de cette expertise dès avant que les parties civiles en aient eu connaissance ;
  10. un concert de blancs-menteurs de tous poils qui s’échineront au cours des prochaines décennies à faire dire à cette expertise ce qu’elle n’aura pas dit malgré tous les efforts de l’expert.Avec tout cela, Wladimir POUTINE devrait parvenir à faire admettre à l’ensemble des milieux « bien-pensants » et aux citoyens mal informés que les tirs de missiles ne sont pas partis de la colline où on les a observés mais bien plutôt du camp le plus proche d’on ne sait quelle ONG, Croix Rouge ou Ordre de Malte par exemple .
  11. Car, enfin, il faut savoir : si la traçabilité des missiles utilisés pour abattre le Vol MH 17 désigne les tireurs, pourquoi en irait-il autrement pour les tireurs ayant abattu le Falcon 50 du président Habyarimana ? Vérité en Ukraine, mensonge au Rwanda ?
  12.  

 

[1] http://www.rtl.fr/actu/international/le-missile-qui-abattu-le-vol-mh17-provenait-d-une-unite-militaire-russe-7793515554

[2] Concept et sport national spécifiquement rwandais qui consiste à rouler son interlocuteur dans la farine,. Les rwandais qui l’utilisent volontiers traduisent ubwenge  par « intelligence » . Je le traduirais plus volontiers par « rouerie ».

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